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Les coalitions anti-françaises (1792-1815)

Sept coalitions en vingt-trois ans : de Valmy à Waterloo, comment des puissances rivales ont fini par tenir ensemble, des subsides britanniques au traité de Chaumont et au concert européen de 1815.

Une Europe contre la Révolution (1792-1797)

On parle volontiers des « sept coalitions » comme d'une série bien ordonnée, chacune naissant de la précédente et mourant sur un champ de bataille. La réalité est plus décousue. Le décompte traditionnel, que reprend cet article, varie d'ailleurs selon les historiens, notamment pour les années 1792-1797. Ce que l'on appelle coalition désigne à chaque fois une alliance de circonstance entre des puissances qui se méfient autant les unes des autres qu'elles redoutent la France : des traités de subsides, des armées qui ne se coordonnent pas, des paix séparées signées dès qu'un souverain y trouve son compte.

Tout commence avec la Révolution. Le 20 avril 1792, la France déclare la guerre au roi de Bohême et de Hongrie, c'est-à-dire à l'Autriche, bientôt rejointe par la Prusse. Les armées prussienne et autrichienne entrent en Champagne, mais elles sont arrêtées à Valmy le 20 septembre 1792, et la victoire de Jemappes, le 6 novembre, ouvre aux Français la Belgique. L'exécution de Louis XVI, le 21 janvier 1793, achève de convaincre les cours européennes qu'il s'agit d'une affaire commune. Au début de février, la Convention déclare la guerre à la Grande-Bretagne et aux Provinces-Unies ; l'Espagne, la Sardaigne, Naples et d'autres États se joignent à l'ensemble. C'est la Première Coalition.

Panorama peint de la bataille de Valmy : des cavaliers en uniforme se rassemblent devant un moulin à vent, entre la fumée des canons et de longues lignes d'infanterie dans la plaine
Horace Vernet, La Bataille de Valmy, 20 septembre 1792, 1826. Château de Versailles. Domaine public, Wikimedia Commons.

La coalition paraît redoutable ; elle se délite pourtant très vite. Les Français, qui ont levé des masses de volontaires puis instauré la levée en masse en août 1793, repoussent les armées ennemies. La victoire de Fleurus, le 26 juin 1794, leur rend la Belgique. Les puissances, en outre, n'ont pas les mêmes buts : la Prusse et l'Autriche ont l'œil sur la Pologne, dont les partages occupent leurs chancelleries autant que la France. La Prusse signe la paix à Bâle le 5 avril 1795, l'Espagne le 22 juillet suivant. Reste l'Autriche, que Bonaparte bat en Italie en 1796-1797 et qui accepte la paix de Campo-Formio, le 17 octobre 1797. Seule la Grande-Bretagne, protégée par la Manche et par sa flotte, demeure en guerre.

La Deuxième Coalition et la paix d'Amiens (1798-1803)

La Deuxième Coalition naît de l'expédition d'Égypte. En s'installant en Méditerranée orientale, la France inquiète la Russie, l'Empire ottoman et la Grande-Bretagne, que Nelson a rassurée en détruisant la flotte française à Aboukir, le 1ᵉʳ août 1798. En 1799, la Grande-Bretagne, la Russie, l'Autriche, l'Empire ottoman et le royaume de Naples sont engagés contre la République. Les débuts sont favorables aux coalisés : le général russe Souvorov chasse les Français d'Italie du Nord au printemps et à l'été.

Le retournement vient de Suisse. Les 25 et 26 septembre 1799, Masséna écrase à Zurich un corps russe, et le tsar Paul Iᵉʳ, mécontent de ses alliés autrichiens et britanniques, retire son pays de la guerre. Quand Bonaparte, revenu d'Égypte, devient Premier consul après le 18 Brumaire, la coalition est déjà amputée de son membre le plus puissant. Il franchit les Alpes au printemps 1800 et l'emporte à Marengo le 14 juin ; Moreau bat les Autrichiens à Hohenlinden le 3 décembre. L'Autriche signe la paix de Lunéville le 9 février 1801, qui confirme les gains français sur la rive gauche du Rhin.

Restait Londres. Les deux adversaires sont épuisés : la France a besoin de commerce, la Grande-Bretagne de souffler après huit ans de guerre. Le traité d'Amiens est signé le 25 mars 1802. Il ne règle presque rien. La Grande-Bretagne doit évacuer Malte, qu'elle garde ; Bonaparte continue d'étendre son influence en Italie, en Suisse, aux Pays-Bas. Le 18 mai 1803, les Britanniques déclarent de nouveau la guerre. Quelques semaines plus tard, les troupes françaises occupent le Hanovre, possession du roi d'Angleterre, et rassemblent près de Boulogne une armée destinée à franchir la Manche. Le 18 mai 1804, Napoléon devient empereur ; William Pitt, qui revient à la tête du gouvernement britannique au mois de mai, va se consacrer à reconstituer contre lui une alliance continentale.

1805 : la Troisième Coalition, de Boulogne à Austerlitz

Pitt sait que la Grande-Bretagne ne peut pas vaincre la France sur terre. Son instrument est l'argent : des subsides pour armer les puissances du continent. Un traité anglo-russe est signé à Saint-Pétersbourg le 11 avril 1805 ; l'Autriche, humiliée par Lunéville et inquiète de l'extension de l'influence française en Italie, où Napoléon s'est fait couronner roi en mai, rejoint l'alliance à l'été, avec la Suède et Naples. Ils comptent sur une attaque convergente : des armées autrichiennes en Bavière et en Italie, des colonnes russes en renfort.

Napoléon réagit avec une rapidité que l'on ne lui connaissait pas encore à cette échelle. Il lève le camp de Boulogne à la fin d'août, fait marcher la Grande Armée vers le Danube et enferme l'armée du général Mack dans Ulm, qui capitule le 20 octobre. Le lendemain, à l'autre bout de l'Europe, la flotte franco-espagnole est détruite au large du cap Trafalgar par Nelson, qui y trouve la mort. La mer appartient désormais à la Royal Navy et le projet d'invasion de l'Angleterre est définitivement enterré, sans que cela change rien sur le continent.

Grande toile lumineuse : un trois-ponts aux voiles gonflées au centre, entouré de mâtures brisées, de fumée et de naufragés agrippés aux débris
Joseph Mallord William Turner, La Bataille de Trafalgar, 1822-1824, huile sur toile. Royal Museums Greenwich, domaine public, Wikimedia Commons.

Napoléon entre à Vienne le 13 novembre, puis bat à Austerlitz, le 2 décembre 1805, les armées russe et autrichienne, sous les yeux des deux empereurs. L'Autriche demande la paix. Le traité de Presbourg, du 26 décembre, lui enlève la Vénétie, l'Istrie et la Dalmatie, et le Tyrol, qui passe à la Bavière ; la Bavière et le Wurtemberg deviennent royaumes. Le tsar retire ses troupes. Pitt, qui voyait s'effondrer son œuvre, meurt le 23 janvier 1806. Quelques mois plus tard, le 6 août, François II renonce à la couronne du Saint-Empire romain germanique, que ses prédécesseurs portaient depuis des siècles : le 12 juillet, seize princes allemands s'étaient déjà réunis dans la Confédération du Rhin sous le protectorat de Napoléon.

Prusse et Russie : la Quatrième Coalition (1806-1807)

La Prusse, qui était restée neutre en 1805, voit dans la Confédération du Rhin un défi et dans l'offre faite à la Grande-Bretagne de lui restituer le Hanovre, qu'elle venait de recevoir de Napoléon, une trahison. Elle forme avec la Russie, la Grande-Bretagne et la Saxe la Quatrième Coalition, lance un ultimatum le 1ᵉʳ octobre 1806 et part en campagne, sûre de la supériorité de son armée, héritière de Frédéric le Grand. Le 14 octobre, la Grande Armée écrase les Prussiens à Iéna et à Auerstedt ; Napoléon entre à Berlin le 27. En l'espace de quelques semaines, la monarchie prussienne cesse pratiquement d'exister comme puissance militaire.

Napoléon tire de cette victoire une arme nouvelle. Par le décret de Berlin, du 21 novembre 1806, il déclare les îles Britanniques en état de blocus et interdit tout commerce avec elles : c'est le Blocus continental, qui entraînera pour l'Empire des guerres de plus en plus lointaines. La campagne se poursuit en Pologne contre les Russes, par un hiver glacial. La bataille d'Eylau, les 7 et 8 février 1807, est sanglante et ne tranche rien. Friedland, le 14 juin, donne enfin la victoire à Napoléon, et le tsar Alexandre Iᵉʳ demande à négocier.

Deux souverains se rencontrent sur un radeau surmonté d'un pavillon au milieu d'un fleuve, entourés de leurs états-majors sur les rives
Gioacchino Giuseppe Serangeli, Entrevue de Napoléon et d'Alexandre Iᵉʳ sur le Niémen, 25 juin 1807, huile sur toile. Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. Domaine public, Wikimedia Commons.

Les traités de Tilsit, signés le 7 juillet avec la Russie et le 9 avec la Prusse, bouleversent la carte de l'Europe centrale. La Prusse perd environ la moitié de son territoire. Avec ses provinces polonaises, Napoléon crée le duché de Varsovie, confié au roi de Saxe, et avec les terres prussiennes de l'ouest, auxquelles s'ajoutent d'autres, le royaume de Westphalie pour son frère Jérôme. La Russie, elle, ne perd rien ; elle devient l'alliée de la France et accepte de se joindre au Blocus. C'est l'apogée du système napoléonien, mais ses fondations sont plus fragiles qu'il n'y paraît, car aucun des deux empereurs n'a abandonné ses ambitions.

L'Autriche seule, puis l'Europe soumise (1809-1811)

La Cinquième Coalition est la moins coalisée de toutes : en 1809, l'Autriche, sûre de pouvoir profiter de l'enlisement de Napoléon en Espagne, attaque presque seule, avec le soutien financier de Londres. La Russie, alliée de la France depuis Tilsit, reste à l'écart. Après l'échec d'Essling, en mai, Napoléon remporte Wagram les 5 et 6 juillet, et l'Autriche signe la paix de Schönbrunn le 14 octobre, qui lui coûte des territoires et une partie de ses provinces adriatiques. Le détail de cette campagne figure dans l'article consacré à la campagne d'Autriche de 1809. Du côté britannique, l'expédition de Walcheren, envoyée à l'été sur l'Escaut pour menacer Anvers, tourne au fiasco, ravagée par la maladie, et se replie en décembre.

Les années qui suivent sont celles de la plus grande extension de l'Empire. Napoléon épouse en 1810 l'archiduchesse Marie-Louise, fille de l'empereur d'Autriche, et l'Autriche devient pour un temps une alliée prudente. Mais l'armée française est occupée à l'ouest par la guerre d'Espagne et de Portugal, où les troupes de Wellington, soutenues par Londres, jouent un rôle croissant, et le Blocus, que la Russie finit par ne plus respecter à partir de la fin de 1810, creuse l'écart entre les deux empereurs. La guerre de 1812 contre la Russie, que l'on ne range pas dans la liste des sept, en est la suite directe.

La Sixième Coalition (1813-1814)

La catastrophe de Russie bouleverse l'équilibre. Le 30 décembre 1812, le général prussien Yorck signe avec les Russes la convention de Tauroggen, qui neutralise son corps. Le 28 février 1813, la Russie et la Prusse concluent l'alliance de Kalisch, et Frédéric-Guillaume III déclare la guerre à la France à la mi-mars. Napoléon a reconstitué une armée, en grande partie de conscrits, avec laquelle il gagne à Lützen, le 2 mai, et à Bautzen, les 20 et 21 mai, sans pouvoir transformer ces succès en victoire décisive faute de cavalerie. Un armistice est signé le 4 juin. La Grande-Bretagne, par les accords de juin, finance les armées russe et prussienne.

Tout se joue alors à Vienne. Le chancelier Metternich propose sa médiation, puis constate l'intransigeance de Napoléon, qui refuse de céder sur le fond. L'Autriche déclare la guerre le 12 août 1813. La Grande Armée gagne encore à Dresde, les 26 et 27 août, mais les coalisés, qui ont décidé d'éviter les engagements directs avec l'Empereur pour s'en prendre à ses lieutenants, resserrent l'étau. À Leipzig, du 16 au 19 octobre 1813, la « bataille des Nations », Napoléon est battu par les armées russe, autrichienne, prussienne et suédoise ; la Bavière, quelques jours plus tôt, avait quitté la Confédération du Rhin pour rejoindre les coalisés. L'Allemagne est perdue.

Peinture : des souverains et des officiers en grand uniforme se rencontrent sur un champ de bataille jonché de débris et de drapeaux, entourés de soldats
Johann Peter Krafft, L'Annonce de la victoire après la bataille de Leipzig, 1839. Deutsches Historisches Museum, Berlin. Domaine public, Wikimedia Commons.

En novembre, les alliés lui font transmettre à Francfort, par le baron de Saint-Aignan, des propositions de paix fondées sur les frontières « naturelles » de la France, le Rhin, les Alpes et les Pyrénées. Napoléon tarde à répondre et, lorsqu'il accepte en décembre, les conditions ne sont plus les mêmes. Les alliés franchissent le Rhin au tournant de l'année. La campagne de France, de janvier à mars 1814, est sans doute sa plus brillante sur le plan tactique : Champaubert, Montmirail, Montereau, autant de succès arrachés à des armées bien supérieures en nombre. Mais le congrès de Châtillon, ouvert en février, échoue, et le traité de Chaumont, daté du 1ᵉʳ mars 1814, lie la Grande-Bretagne, l'Autriche, la Russie et la Prusse pour vingt ans, afin de poursuivre la guerre jusqu'au bout et d'en garantir ensuite les résultats.

Paris capitule les 30 et 31 mars, et les souverains alliés y entrent. Le Sénat prononce la déchéance de l'Empereur le 2 avril ; Napoléon abdique le 6 avril, puis signe le traité de Fontainebleau, le 11, qui lui laisse la souveraineté de l'île d'Elbe. Le traité de Paris, du 30 mai 1814, ramène la France à peu près à ses frontières de 1792 et ne lui impose ni indemnité ni occupation : les vainqueurs ménagent le gouvernement de Louis XVIII qu'ils viennent de rétablir.

La Septième Coalition et Vienne (1815)

Au congrès de Vienne, ouvert à l'automne de 1814, les puissances alliées se disputent les dépouilles de l'Empire, et la Pologne et la Saxe suscitent des tensions assez vives pour que Talleyrand, qui représente la France, y trouve de quoi se faire entendre. C'est dans ce climat que Napoléon quitte l'île d'Elbe et débarque au golfe Juan, le 1ᵉʳ mars 1815. Dès le 13 mars, les puissances le déclarent hors la loi. Le 25, la Grande-Bretagne, l'Autriche, la Prusse et la Russie renouvellent à Vienne le traité de Chaumont, chacune s'engageant à fournir 150 000 hommes. La Septième Coalition se forme ainsi en moins d'un mois, ce qui montre à quel point l'Europe s'est habituée à agir ensemble.

Napoléon tente de frapper avant que les armées russe et autrichienne n'arrivent, en attaquant en Belgique l'armée anglo-alliée de Wellington et l'armée prussienne de Blücher. Ligny, le 16 juin, tourne à son avantage, mais à Waterloo, le 18 juin, les deux armées alliées se rejoignent et le battent. Il abdique une seconde fois le 22 juin, et les Britanniques l'envoient à Sainte-Hélène, où il arrive en octobre. Les épisodes de cette campagne sont racontés dans l'article sur les Cent-Jours.

La seconde paix de Paris, signée le 20 novembre 1815, est plus sévère que la première : la France est ramenée à ses frontières de 1790, paie une indemnité de 700 millions de francs et doit supporter une occupation militaire alliée, qui prend fin en 1818. Le même jour, les quatre puissances renouvellent leur alliance, et la France les rejoint officiellement à Aix-la-Chapelle, en novembre 1818, comme cinquième puissance du « concert européen ».

Pourquoi les coalitions ont fini par l'emporter

Pendant vingt ans, la France a eu l'avantage sur chaque coalition prise isolément. La raison tient moins au génie d'un homme, même si celui de Napoléon pèse lourd après 1799, qu'à la nature de ces alliances : chaque puissance cherchait à préserver ses propres intérêts, et il suffisait de les battre l'une après l'autre. La Prusse en 1795, la Russie en 1799 et en 1807, l'Autriche en 1797, en 1801, en 1805, en 1809 : chaque paix séparée fait tomber l'ensemble. La Grande-Bretagne seule est constante, par sa géographie et par ses finances, et c'est elle qui paie. Elle verse des subsides considérables aux puissances du continent, et la Royal Navy lui garantit la maîtrise des mers.

En 1813-1814, les coalisés ont tiré les leçons de ces échecs. Ils ont renoncé aux armées indépendantes qui se faisaient battre l'une après l'autre au profit d'une coordination effective, fondée sur le plan de Trachenberg, qui évitait l'affrontement direct avec Napoléon et privilégiait ses maréchaux. Surtout, ils ont décidé de ne plus signer de paix séparée : le traité de Chaumont leur interdit de traiter isolément avec l'ennemi, et cet engagement tient jusqu'en 1815. Napoléon, de son côté, avait affaibli sa position par ses propres choix : l'enlisement en Espagne, la guerre de Russie, l'hostilité des peuples que le Blocus et la conscription avaient pressurés, et le refus des paix honorables qui lui furent proposées au cours de ces mois.

L'héritage est durable. Les vainqueurs de 1815 ne cherchent plus seulement à vaincre la France : ils veulent éviter qu'une puissance quelconque ne domine à nouveau le continent. Ils fondent, à Vienne puis à Aix-la-Chapelle, un équilibre qui, malgré les révolutions de 1830 et de 1848, évitera pendant près d'un siècle une guerre générale en Europe. Des historiens, dont Paul Schroeder, y voient une transformation profonde de la manière dont les États conçoivent la sécurité collective ; il faut y ajouter l'épuisement général d'un continent qui sortait de plus de vingt ans de guerre.

Pour aller plus loin

  • Thierry Lentz, Nouvelle histoire du Premier Empire, 4 vol., Fayard, 2002-2010.
  • Paul W. Schroeder, The Transformation of European Politics, 1763-1848, Oxford University Press, 1994.
  • Charles Esdaile, Napoleon's Wars. An International History, 1803-1815, Allen Lane, 2007.
  • Munro Price, Napoleon. The End of Glory, Oxford University Press, 2014.

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