Bataille Victoire française

Wagram

5-6 juillet 1809 · Deutsch-Wagram, au nord-est de Vienne (Basse-Autriche)

La bataille de Wagram, livrée les 5 et 6 juillet 1809 dans la plaine du Marchfeld, au nord-est de Vienne, oppose Napoléon à l'armée autrichienne de l'archiduc Charles. Six semaines après l'échec d'Aspern-Essling, la Grande Armée franchit le Danube par surprise depuis l'île de Lobau. Ses attaques du soir sont repoussées, mais le 6 juillet Napoléon contient l'offensive autrichienne sur sa gauche grâce à une grande batterie, pendant que Davout enlève Markgrafneusiedl et tourne la gauche ennemie : l'archiduc ordonne la retraite. Plus grande bataille livrée jusqu'alors en Europe, avec plus de 300 000 combattants, cette victoire coûteuse mène à l'armistice de Znaïm et à la paix de Schönbrunn.

Forces en présence

Issue : Victoire française coûteuse mais décisive

Drapeau tricolore (1794)Drapeau du royaume d’Italie (1805-1814)Drapeau de l’État saxon (jusqu’en 1815)Couleurs bavaroises blanc et bleu

France · Italie · Saxe · Bavière · Confédération du Rhin

  • Napoléon
  • Davout
  • Masséna
  • Eugène de Beauharnais
  • Macdonald
  • Oudinot
  • Bernadotte

Plus de 150 000 hommes ; le 6 juillet, 140 500 fantassins, 28 000 cavaliers et 488 canons

Pertes : 6 901 tués et 26 757 blessés selon les états officiels ; 37 500 hommes selon I. Castle

Noir et jaune des Habsbourg

Autriche

  • Charles d'Autriche
  • Bellegarde
  • Hohenzollern
  • Rosenberg
  • Kollowrat
  • Klenau
  • Liechtenstein

Plus de 130 000 hommes ; le 6 juillet, 113 500 fantassins, 14 600 cavaliers et 414 canons

Pertes : 41 250 hommes, dont 7 500 prisonniers, selon I. Castle

Drapeaux : Sodacan, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons

Coordonnées de la bataille

Wagram

Coordonnées 48,2956° N · 16,5579° E

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Carte tactique interactive

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4 juil.22:00

Le passage sous l’orage

À la nuit tombée, sous un violent orage qui aveugle les observateurs autrichiens, l’armée française débouche par l’est de la Lobau, loin des redoutes d’Aspern et d’Essling. Entre 21 et 22 heures, les troupes d’assaut de Conroux, du corps d’Oudinot, traversent en barques et bousculent les avant-postes, sous la protection des batteries de l’île. Masséna aborde la rive vers 23 heures ; Davout suivra peu après 2 heures.

L’archiduc Charles, qui attendait un passage au nord de la Lobau comme en mai, n’envisage sérieusement une autre hypothèse que tard le 4 juillet.
Armées
FrançaisSaxonsItaliensBavaroisAutrichiens
Types
■Infanterie⬡Cavalerie●Artillerie★Garde

Positions reconstituées d’après les récits de la bataille et calées sur l’emplacement réel des villages du Marchfeld. Les horaires, que les sources ne donnent pas toujours de façon concordante, sont indicatifs. Le Ve corps autrichien, resté sur le Bisamberg, et l’armée de l’archiduc Jean, qui n’atteignit pas le champ de bataille, ne sont pas représentés.

Récit de la bataille

La cinquième coalition

En 1809, l'Empire français domine le continent, mais deux fronts l'affaiblissent. En Espagne, le remplacement des Bourbons par Joseph Bonaparte a déclenché une guerre acharnée, et la capitulation de Bailén, en juillet 1808, a montré que les armées impériales pouvaient être vaincues. Napoléon a dû y engager des forces considérables, qui manquent en Allemagne. L'Autriche, battue à Ulm et à Austerlitz, veut profiter de l'occasion. Poussée par les subsides britanniques, elle a réformé son armée, qu'elle confie à son meilleur chef, l'archiduc Charles, frère de l'empereur François Ier. Vienne compte sur des soulèvements nationaux en Allemagne et espère entraîner la Prusse.

Le 10 avril 1809, sans déclaration de guerre (l'archiduc s'est contenté d'en avertir la veille le maréchal Lefebvre), l'armée autrichienne franchit l'Inn et envahit la Bavière, alliée de la France. Napoléon est à Paris ; il a laissé le commandement à Berthier, remarquable chef d'état-major mais dépassé dans le rôle de commandant en chef, qui laisse deux corps entiers dans des positions isolées. Tout change quand l'Empereur arrive le 17 avril. En quelques jours, à Abensberg, Landshut, Eckmühl et Ratisbonne, il bat les Autrichiens, mais Charles parvient à sauver une armée encore capable de combattre et la replie au nord du Danube. Napoléon choisit alors de marcher sur Vienne, où il entre le 12 mai. Les ponts sur le Danube ont sauté.

Aspern-Essling, la première défaite

Napoléon, debout au bord du Danube avec deux officiers, tend le bras vers des blessés que l'on soigne au premier plan ; au fond, des troupes franchissent un pont de bateaux
Charles Meynier, Retour de Napoléon dans l'île de Lobau après la bataille d'Essling, 23 mai 1809 (Salon de 1812). Château de Versailles, domaine public, Wikimedia Commons.

Pour poursuivre l'archiduc, Napoléon doit franchir le fleuve. Il le fait en hâte, sur des ponts de bateaux fragiles, en s'appuyant sur la grande île de Lobau, en aval de Vienne. Le 21 mai, Charles attaque les troupes déjà passées sur la rive nord, autour des villages d'Aspern et d'Essling. Les Français tiennent, mais le 22, alors que leur contre-attaque progresse, le grand pont est emporté par la crue : ni renforts ni munitions ne peuvent plus passer. Napoléon ordonne la retraite sur la Lobau, qui s'achève à la nuit au prix d'une défense acharnée. La bataille a fait quelque 53 000 victimes, réparties presque également entre les deux camps. C'est la première défaite sérieuse de sa carrière.

Les pertes sont cruelles. Le maréchal Lannes, l'un de ses meilleurs chefs et un ami, a été mortellement blessé ; il meurt neuf jours plus tard. Le général Saint-Hilaire, l'un des meilleurs divisionnaires de l'armée, succombe lui aussi à ses blessures. Le général Espagne a été tué à la tête de ses cuirassiers, et le commandant de l'artillerie, Songis, gravement malade, doit quitter son poste quelques semaines plus tard.

Six semaines sur l'île de Lobau

Abasourdi par l'ampleur de l'échec, Napoléon reste d'abord trente-six heures dans une inaction inhabituelle. Puis il transforme la Lobau en une immense base militaire : hôpitaux pour ses 20 000 blessés, magasins, casernements. Le général Songis, puis son successeur Lariboisière, installent sur l'île une batterie de 124 canons et répartissent d'autres pièces sur les îlots et les rives, autant pour couvrir Vienne que pour laisser l'ennemi dans l'incertitude sur le point de passage. À partir du 1er juin, le général Bertrand dirige la construction de deux ponts solides entre la rive sud et l'île, protégés en amont par des palissades contre les barges que les Autrichiens pourraient lancer au fil de l'eau. Des ponts pivotants et des embarcations de débarquement sont préparés pour franchir le dernier bras du fleuve. Grâce à une flottille capturée et à de nouveaux patrouilleurs, les Français ont fin juin la maîtrise presque complète du Danube, et Napoléon peut écrire dans le bulletin du 2 juillet que le fleuve n'existe plus pour l'armée française.

L'Empereur rassemble aussi ses renforts : l'armée d'Italie du prince Eugène, le corps de Marmont, qui a combattu en Dalmatie, la division bavaroise du général Wrede. Peu avant le passage, le maréchal Masséna fait une chute de cheval et se blesse gravement au pied ; ne pouvant plus monter en selle, il refuse pourtant de renoncer à son commandement et décide de conduire son corps depuis une calèche, au grand soulagement de l'Empereur.

L'archiduc Charles face à Napoléon

Dans le camp autrichien, la victoire d'Aspern a remonté le moral des troupes, mais pas celui de leur chef. L'archiduc sait qu'il n'a pas pu exploiter sa supériorité numérique, qu'aucun soulèvement général n'a éclaté en Allemagne, que la Prusse ne bouge pas, que le débarquement britannique promis en Europe du Nord se fait attendre et que la Russie, alliée de la France depuis 1807, se montre de plus en plus agressive envers les troupes autrichiennes de Galicie. Il pense que la monarchie a tout intérêt à négocier et prévient son frère que « la première bataille perdue est un arrêt de mort pour la monarchie ». François Ier refuse à plusieurs reprises. Au sein du haut commandement, l'atmosphère est délétère : le général Hiller, qui critique ouvertement la stratégie de Charles, démissionne le 4 juillet en invoquant sa santé. Fin juin, l'archiduc écrit à son oncle, le duc Albert de Saxe-Teschen, qu'il portera encore un coup aux Français s'il le faut, mais en ne risquant rien, ou le moins possible.

Charles s'attend à ce que Napoléon repasse au même endroit qu'en mai, au nord de la Lobau. Il y fait élever une ligne de seize redoutes, pour l'essentiel entre Aspern et Groß-Enzersdorf, qu'il ne prolonge curieusement pas vers le sud-est le long du fleuve : la ligne peut être tournée. Le 3 juillet, il renonce pourtant à défendre la rive et replie son armée sur les hauteurs qui dominent la plaine du Marchfeld : le plateau de Wagram, derrière le ruisseau du Russbach, et les hauteurs du Bisamberg, deux positions qui couvrent ses routes de retraite vers la Moravie et la Bohême et que ses officiers d'état-major Wimpffen et Grünne réclamaient depuis des semaines. Il ne veut pas combattre dans les bois et les terrains coupés des bords du Danube, propices au combat en ordre dispersé où les Français excellent, ni dans la plaine rase, idéale pour la cavalerie française, plus nombreuse. Le 4 juillet à 7 heures, il écrit à son frère l'archiduc Jean, dont l'armée est près de Presbourg, que la bataille qui se prépare « décidera du sort de notre dynastie », et lui ordonne de se rapprocher en marchant sur Marchegg. Retardé par de violents orages, le message ne parvient à Jean que vingt-trois heures plus tard.

Les forces en présence

Carte gravée autrichienne de 1809 montrant le Danube, l'île de Lobau, la plaine du Marchfeld et les lignes des deux armées
Karl Timlich, carte de la bataille de Groß-Enzersdorf du 6 juillet 1809, publiée à Vienne chez la veuve P. Rehm et datée du 31 juillet 1809. Bibliothèque nationale Széchényi, Budapest, domaine public, Wikimedia Commons.

En six semaines, Napoléon a réuni autour de Vienne une armée française, allemande et italienne de plus de 150 000 hommes. Avec les renforts arrivés dans la nuit du 5 au 6 juillet, elle compte, selon les décomptes, environ 140 500 fantassins, 28 000 cavaliers et 488 canons, sans compter 8 500 hommes et 129 pièces laissés en garnison sur la Lobau. Elle comprend le IIe corps d'Oudinot, le IIIe corps de Davout, le IVe corps de Masséna, l'armée d'Italie du prince Eugène avec les corps de Macdonald et de Grenier, le IXe corps saxon de Bernadotte, le XIe corps de Marmont, la division bavaroise de Wrede, la Garde impériale et la réserve de cavalerie du maréchal Bessières.

L'armée autrichienne dépasse les 130 000 hommes au début de la bataille. Pour la seconde journée, elle ne peut plus aligner que 113 500 fantassins, 14 600 cavaliers et 414 canons, sans les 13 000 hommes de l'archiduc Jean, attendus sur la gauche. Ses corps sont commandés par Bellegarde (Ier), Hohenzollern (IIe), Kollowrat (IIIe), Rosenberg (IVe), Reuss (Ve) et Klenau (VIe), avec l'avant-garde de Nordmann et la réserve du prince de Liechtenstein, grenadiers et cavalerie. Plus de 300 000 hommes vont s'affronter : aucune bataille européenne n'avait encore réuni autant de combattants.

La nuit du 4 juillet : le passage du Danube

Artillerie et cavalerie françaises franchissant un long pont de bateaux sur le Danube, avec au premier plan une foule d'officiers à cheval
Jacques Swebach, l'armée française franchit le Danube sous la conduite de Napoléon avant la bataille de Wagram, en juillet 1809. Domaine public, Wikimedia Commons.

Plutôt que de renouveler le passage de mai, Napoléon fait déboucher le gros de son armée par l'est de la Lobau, contournant ainsi les redoutes d'Aspern, d'Essling et d'Enzersdorf. Le 4 juillet à la nuit tombée, sous un orage violent qui aveugle les observateurs autrichiens, l'opération commence. Le IIe corps d'Oudinot passe le premier : entre 21 et 22 heures, les troupes d'assaut du général Conroux traversent en barques et bousculent les postes autrichiens, sous la protection d'un tir d'artillerie massif depuis l'île. Masséna aborde la rive vers 23 heures ; peu après 2 heures, les quatre divisions d'infanterie de Davout et trois divisions de cavalerie s'engagent à leur tour sur leurs ponts. La construction de la tête de pont se déroule comme prévu ; seule la garnison du château de Mühlleiten tient jusqu'à l'aube.

Face à ce déferlement, l'avant-garde autrichienne du général Nordmann, écrasée par les batteries de la Lobau, recule vers le nord en laissant des détachements au château de Sachsengang et à Groß-Enzersdorf. Plutôt que de donner l'assaut au château, Oudinot le fait bombarder par ses obusiers ; ses deux bataillons autrichiens se rendent vers 8 heures. Napoléon vient lui-même reconnaître Groß-Enzersdorf et fait tirer par les grosses batteries de la Lobau quelque mille projectiles sur le village, qui s'embrase. Klenau tente de dégager les défenseurs, mais la cavalerie de Marulaz l'arrête. Le colonel Sainte-Croix l'emporte alors à la tête du 46e de ligne et y prend 400 prisonniers, tandis que la division Boudet occupe Essling presque sans combat. À 10 heures, la tête de pont est solidement établie.

Le 5 juillet : le déploiement dans le Marchfeld

Fidèle à son plan, l'archiduc refuse de combattre dans la plaine et ordonne à Nordmann et à Klenau de se replier. Les Français avancent vers le nord en colonnes de bataillons, Masséna à gauche, Oudinot au centre, Davout à droite. L'infanterie de Nordmann, formée en masses compactes efficaces contre la cavalerie mais vulnérables au canon, fond sous le feu de l'artillerie : de 12 000 fantassins, il ne lui en reste guère plus de 6 000 en état de combattre quand elle atteint Markgrafneusiedl. Le prince de Liechtenstein, envoyé à son secours avec cinq régiments de cavalerie, reste passif.

Vers 15 h 30, le IXe corps saxon de Bernadotte arrive près du village d'Aderklaa. Vers 17 heures, la brigade de cuirassiers autrichiens du général Roussel d'Hurbal, un émigré français, reçoit la charge téméraire de 400 chevau-légers saxons par une salve de pistolets tirée à trente mètres, qui les met en fuite. Le reste de la cavalerie saxonne charge alors, brise les cuirassiers et les poursuit jusqu'à ce qu'une autre brigade les dégage. Liechtenstein ramène ensuite l'essentiel de sa cavalerie en arrière de la ligne Wagram-Gerasdorf.

Le soir, les deux armées se font face. L'armée autrichienne s'étire sur un arc d'environ dix-neuf kilomètres : Klenau à l'extrême droite, Kollowrat au centre droit, Bellegarde et Hohenzollern derrière le Russbach, au centre, et Rosenberg à gauche, autour de Markgrafneusiedl ; les grenadiers et la cavalerie de réserve sont en seconde ligne près de Wagram. Vers 18 heures, l'armée française est entièrement déployée : Masséna à gauche, entre le Danube et Süßenbrunn, les premiers éléments de Bernadotte près d'Aderklaa, l'armée d'Italie au centre, Oudinot face au village de Baumersdorf, Davout au-delà de Glinzendorf, la Garde et la cavalerie de réserve en seconde ligne. Napoléon occupe la position centrale, sur une ligne bien plus courte que celle de son adversaire.

Les attaques du soir

Napoléon veut exploiter la faiblesse apparente du centre autrichien avant qu'il ne soit renforcé, empêcher Charles de s'esquiver dans la nuit et séparer ses ailes avant l'arrivée de l'archiduc Jean. À 18 heures, il ordonne une attaque immédiate. Après un bombardement, entre 19 heures et 19 h 30, Oudinot lance une partie de son corps contre le IIe corps de Hohenzollern, retranché sur le plateau avec 68 canons. La division Frère franchit le Russbach et atteint le village de Baumersdorf, une trentaine de maisons de bois et un pont, bientôt en flammes, que la brigade Hardegg continue de défendre. Oudinot lance alors sur la droite le 57e de ligne, surnommé « le Terrible », et le 10e léger. Pris sous la mitraille et la fusillade, le 10e léger se débande quand Hohenzollern charge en personne à la tête de 500 chevau-légers, et entraîne le 57e dans sa fuite. Les deux régiments ne se reforment qu'en arrivant devant les rangs de la Garde, près de Raasdorf.

Plus à l'ouest, le général Macdonald, qui commande un corps de l'armée d'Italie, lance ses hommes à l'assaut du plateau. Masquée par la fumée de Baumersdorf en feu, la petite division franco-saxonne de Dupas se glisse par hasard entre les Ier et IIe corps autrichiens et marche sur Deutsch-Wagram ; Macdonald la soutient en personne avec la division Lamarque, suivie des divisions de Grenier. Des artilleurs autrichiens abandonnent leurs pièces et deux régiments reculent en désordre, mais Bellegarde intervient en personne pour refuser son flanc, et la fumée ralentit l'avance. Dans la confusion, des Français prennent pour des Autrichiens les Saxons en uniformes blancs et tirent sur eux. L'archiduc Charles, présent en personne, rétablit l'ordre ; une vigoureuse contre-attaque d'infanterie et de cavalerie rejette les assaillants au-delà du Russbach. Légèrement blessé en prenant lui-même la tête d'un régiment, il a évité avec Bellegarde une crise dangereuse.

Vers 21 heures, Bernadotte lance à son tour ses Saxons sur Deutsch-Wagram par l'ouest. Ils entrent dans le village mais sont arrêtés près de l'église. Dans les rues enfumées, tous parlent allemand et presque tous portent l'uniforme blanc : des Saxons tirent sur d'autres Saxons. Vers 22 h 30, le général Hartitzsch amène des troupes saxonnes fraîches ; ignorant que des alliés sont déjà dans le village, il fait ouvrir le feu sur des hommes en blanc qui en sortent et qui sont en réalité des Saxons. Se croyant cernés, les Saxons du village s'enfuient, et toutes les tentatives pour les rallier à Aderklaa échouent. À droite enfin, Davout attaque Markgrafneusiedl vers 21 heures avec ses hommes fatigués par une journée de marche et de combat ; il y renonce dès 22 heures, ce que Napoléon lui reprochera, peut-être à tort.

La nuit du 5 au 6 juillet

Scène nocturne au clair de lune : Napoléon, assis sur une chaise près d'un feu de bivouac, les jambes étendues et la tête baissée, entouré d'officiers debout ; à gauche, un secrétaire écrit à une table
Adolphe Roehn, Bivouac de Napoléon sur le champ de bataille de Wagram pendant la nuit du 5 au 6 juillet 1809 (1810). Musée de l'Histoire de France, château de Versailles, domaine public, Wikimedia Commons.

Les combats s'éteignent vers 23 heures. La nuit est très froide ; dans les deux armées, les soldats allument des feux et mangent leurs maigres rations. Au quartier général de Raasdorf, les commandants de corps se réunissent autour de l'Empereur ; seul Bernadotte manque, occupé à rallier ses fuyards. Napoléon a échoué à percer le centre, mais il a fixé l'armée autrichienne et sait désormais que l'archiduc acceptera la bataille. Il prépare pour le lendemain une attaque principale contre la gauche autrichienne : le IIIe corps de Davout doit enlever Markgrafneusiedl, puis enrouler le flanc ennemi sur le plateau, tandis que les autres corps fixeront l'ennemi. Masséna reçoit l'ordre de se rapprocher d'Aderklaa, en laissant la seule division Boudet à Aspern pour garder les communications avec la Lobau. Marmont, deux divisions de l'armée d'Italie et les Bavarois de Wrede arrivent dans la nuit.

À Deutsch-Wagram, l'archiduc Charles, épuisé, est sans doute satisfait : à l'exception de l'avant-garde de Nordmann, ses corps sont presque intacts et se sont bien battus. Il décide de prendre l'initiative et, comme il l'écrira plus tard, de tomber sur l'ennemi par surprise, de tous côtés, au lever du jour. Vers minuit, il ordonne une attaque générale pour 4 heures, afin d'envelopper par les deux ailes une armée française déployée sur une dizaine de kilomètres, face à une ligne autrichienne d'environ dix-huit kilomètres. Klenau doit marcher sur Aspern, Kollowrat sur Breitenlee, les grenadiers sur Süßenbrunn ; Rosenberg doit attaquer Davout avec l'appui de l'archiduc Jean. Mais les ordres parviennent aux corps les plus éloignés vers 3 heures seulement, deux heures trop tard, et l'archiduc Jean ne quitte Presbourg, à quarante kilomètres, qu'à 1 heure du matin.

Le 6 juillet à l'aube : l'attaque de Rosenberg

À gauche, Rosenberg part à l'heure. Vers 4 heures, son IVe corps, 18 140 hommes et 60 canons, renforcé des restes de l'avant-garde et des 3 120 cavaliers de Nostitz, s'avance en trois colonnes ; malgré l'ordre de garder un silence absolu, les troupes marchent dans un certain désordre et à grand bruit. Vers 5 heures, il chasse les avant-postes français de Großhofen et attaque Glinzendorf. Davout, qui préparait sa propre offensive, a ses 31 600 fantassins, 6 200 cavaliers et 120 canons prêts à combattre : il contre-attaque aussitôt. Le canon interrompt le petit déjeuner de Napoléon, qui croit à l'arrivée de l'archiduc Jean, dont les renseignements français surestiment l'armée à 30 000 hommes au lieu de 13 000 ; il envoie vers Davout les cuirassiers de Nansouty et d'Arrighi, puis la Garde.

Voyant Rosenberg isolé, sans nouvelles de Jean et sans signe des corps de l'aile droite, l'archiduc Charles lui ordonne de revenir sur ses positions de Markgrafneusiedl. Vers 6 heures, c'est chose faite, au prix de 1 100 hommes. Napoléon, arrivé auprès de Davout, constate que l'archiduc Jean n'est pas en vue, renvoie ses réserves à Raasdorf en ne laissant à Davout que les cuirassiers d'Arrighi et une batterie de 12, et modifie le plan : au lieu d'un assaut de front, Davout lancera une partie de ses troupes contre le village et une autre en débordement par l'est, où la pente du plateau est douce. Il faut du temps pour déplacer les divisions et jeter des ponts pour l'artillerie sur le Russbach.

La crise d'Aderklaa

Gravure : des fantassins français à baïonnette forcent l'entrée d'une cour de ferme défendue par des soldats autrichiens
L. Mas, le 4e de ligne à l'assaut d'Aderklaa, gravure du XIXe siècle conservée au musée de l'Armée : la division Carra Saint-Cyr reprend le village le matin du 6 juillet. Domaine public, Wikimedia Commons.

Au centre, la situation est plus grave. Pendant la nuit, Bernadotte a évacué sans autorisation et sans prévenir l'Empereur le village d'Aderklaa, pivot de la ligne française, pour se replier à un kilomètre au sud-est. Parti peu après 3 heures, le Ier corps autrichien de Bellegarde, qui s'attendait à une forte résistance, trouve le village vide et l'occupe avec son avant-garde ; les douze bataillons de la division Fresnel s'installent derrière. La batterie saxonne de 26 pièces qui bombarde le village perd quinze canons en trois heures sous le feu de l'artillerie lourde de Wagram. Bellegarde, dont les ordres prescrivent d'attendre les grenadiers, n'exploite pas sa chance.

Vers 7 h 30, Masséna arrive dans sa calèche blanche, bien visible, avec deux de ses divisions. Napoléon monte à ses côtés pour discuter de la situation, puis ordonne de reprendre Aderklaa. Menée par le 24e léger et le 4e de ligne, suivis de la brigade de la Garde hessoise, la division Carra Saint-Cyr enlève le village, mais le feu de la seconde ligne de Bellegarde l'empêche de déboucher au-delà. Les Autrichiens ont alors dans ce secteur une supériorité temporaire, 44 000 hommes contre 35 000, que Bellegarde, fidèle à ses ordres, n'exploite pas. L'archiduc Charles, qui a vu la scène depuis son poste d'observation de Baumersdorf, accourt, organise lui-même une contre-attaque d'infanterie, de grenadiers et de chevau-légers, et chasse les Français, qui refluent avec les Saxons en déroute. La cavalerie de Lasalle et de Marulaz les couvre. Masséna lance alors la division Molitor ; pour traverser la foule des Saxons en fuite, il doit faire tirer sur eux. Molitor reprend Aderklaa vers 9 h 45 et le défend avec acharnement : il faut deux heures aux Autrichiens pour l'en chasser.

Près de Raasdorf, les fuyards et Bernadotte, qui chevauche en tête sans tenter de les rallier, tombent sur Napoléon. Après un bref échange, l'Empereur lui retire sur-le-champ son commandement. L'infanterie saxonne, désorganisée, ne jouera plus aucun rôle dans la bataille ; seules sa cavalerie et dix canons restent en état de combattre.

Klenau sur les arrières français

À l'extrême droite autrichienne, les deux corps chargés de l'enveloppement arrivent enfin, avec trois heures de retard. Parti de Leopoldau vers 7 h 30, Klenau, 14 000 hommes, se déploie entre Breitenlee et Hirschstetten face aux 4 600 hommes de la division Boudet. Les hussards autrichiens enlèvent une batterie de dix canons que Boudet avait avancée ; la division abandonne Aspern, puis Essling vers 10 heures, et se replie vers Groß-Enzersdorf pour couvrir les ponts de la Lobau. Klenau n'est plus qu'à cinq kilomètres des arrières de l'armée française et à portée des ponts vitaux. Mais il choisit la prudence : ses 14 000 hommes sont en partie sous le feu des grosses batteries de l'île, ses ordres lui prescrivent de rester aligné sur Kollowrat, et il se contente de canonner les convois, semant la panique parmi les fournisseurs civils. Kollowrat, lui, n'achève son déploiement entre Süßenbrunn et Breitenlee que vers 9 h 30 et, faute d'ordres, n'attaque pas la gauche française, pourtant très faible.

La charge de Bessières et la grande batterie

Napoléon occupe la position centrale d'un front de plus en plus courbé. Il presse Davout de hâter son attaque, mais l'urgence est de stabiliser sa gauche, et il ne veut pas encore engager ses précieuses réserves d'infanterie. Il ordonne à Masséna de rompre le contact à Aderklaa et de marcher vers le sud contre Klenau, en longeant le front ennemi, et décide de combler le vide ainsi créé par une énorme batterie. Pour gagner le temps nécessaire, il lance la cavalerie de Bessières.

Vers 11 heures, Bessières charge avec les seize escadrons de Nansouty, environ 2 800 carabiniers et cuirassiers, sur la jointure entre le IIIe corps autrichien et la réserve de grenadiers. Une première charge échoue près de Süßenbrunn ; la seconde brise un bataillon de frontaliers, puis se rabat sur l'artillerie autrichienne près d'Aderklaa. Presque sous les yeux de Napoléon, un boulet frôle la cuisse de Bessières, qui est désarçonné et emporté sans connaissance. La contre-charge de la cavalerie fraîche de Liechtenstein rejette les cavaliers français, et une charge tardive de la cavalerie légère de la Garde est repoussée à son tour. Sur l'ensemble de la journée, la seule division Nansouty perd 1 200 chevaux tués ou blessés. Mais Masséna a pu se dégager et la grande batterie a eu le temps de se mettre en place.

Cette grande batterie, le général Lauriston l'a rassemblée pendant la charge. Le bulletin de la Grande Armée parle de cent canons, certains auteurs de cent douze ; Masséna, témoin direct, en compte 84, soit les 60 pièces de l'artillerie de la Garde et 24 de l'armée d'Italie. L'artillerie à cheval de la Garde du colonel d'Aboville entre en action vers 11 heures, suivie des pièces de 12 de l'artillerie à pied de la Garde, sous Antoine Drouot, puis des canons de l'armée d'Italie. Déployée sur près de deux kilomètres, tirant à 350 ou 550 mètres sur un sol plat et détrempé où les boulets ricochent loin, la batterie fait des ravages : un seul boulet emporte parfois des files entières. Elle avance en continuant son feu et contraint Kollowrat à reculer. Les batteries autrichiennes de Wagram la prennent pourtant d'enfilade, et les servants tombent en si grand nombre que Napoléon demande des volontaires dans l'infanterie de la Garde pour les remplacer. Les mèches jetées enflamment les blés mûrs, où des blessés incapables de s'éloigner périssent brûlés vifs.

Masséna, lui, exécute sa marche de flanc avec son habileté coutumière. Couvertes par sa cavalerie et cachées en partie par les blés hauts, certaines de ses colonnes doivent parcourir huit kilomètres le long du front ennemi, sous le canon autrichien. Une charge de cavalerie ennemie arrive si près de sa calèche que ses aides de camp doivent tirer l'épée. Vers midi, après six kilomètres et demi parcourus en quatre-vingt-dix minutes, la cavalerie de Marulaz et la division Legrand sont en vue d'Essling.

Davout enlève Markgrafneusiedl

Napoléon sur un cheval blanc observe la bataille à la lunette, entouré de ses officiers, dans une plaine enfumée
Horace Vernet, Bataille de Wagram, 6 juillet 1809 (Salon de 1836). Galerie des Batailles, château de Versailles, domaine public, Wikimedia Commons.

À dix kilomètres à l'est, se joue la manœuvre qui doit décider de la journée. Markgrafneusiedl, au pied de l'escarpement, est une position solide : maisons de pierre, un moulin, un monastère et une ancienne église dont la tour domine la plaine. Après deux heures de duel d'artillerie, les canons français, plus lourds et mieux concentrés grâce aux feux croisés des IIIe et IIe corps, réduisent au silence la plupart des pièces autrichiennes et mettent le feu au village. Entre 9 h 30 et 10 heures, dans la fumée, Davout s'ébranle : les divisions Gudin et Puthod de front contre le village, celles de Friant et de Morand en débordement par l'est, soutenues par les dragons de Grouchy et la cavalerie légère de Montbrun.

La première attaque de Gudin et de Puthod est arrêtée par le feu. À l'est, une contre-attaque autrichienne met en difficulté la division Morand, jusqu'à ce que Friant lance une brigade sur le flanc des assaillants. Le général Nordmann, venu rétablir la situation, est mortellement blessé. Friant engage alors toute sa division et prend pied sur l'escarpement, en direction de la tour. Dans le village en flammes, on se bat maison par maison ; le cheval de Davout est tué sous lui et Gudin est grièvement blessé. Vers midi, la tour tombe, et Rosenberg reforme sa ligne plus en arrière sur le plateau. Davout lance alors sa dernière réserve, les cuirassiers d'Arrighi, mais au milieu des barricades ennemies ils ne peuvent, selon Arrighi lui-même, déployer un seul escadron, et se retirent après plusieurs charges inutiles, avec 300 hommes hors de combat.

L'archiduc Charles amène lui-même des renforts à son aile gauche et lance sa cavalerie. Les chevau-légers et hussards de Wartensleben bousculent la première ligne de Montbrun et s'emparent de dix pièces d'artillerie à cheval ; Montbrun contre-attaque, Grouchy engage ses dragons, et la mêlée tourne à l'avantage des Français, qui reprennent les canons. Les généraux autrichiens Nostitz et Rothkirch sont blessés. C'est le principal combat de cavalerie de la bataille. Vers 13 heures, Rosenberg commence à se retirer en combattant vers Bockfließ, à une dizaine de kilomètres au nord-ouest.

La colonne de Macdonald

Carte en noir et blanc de la bataille de Wagram avec le Danube, la Lobau, les villages du Marchfeld et les positions des corps français et autrichiens
Les positions vers la fin de la journée du 6 juillet 1809, carte tirée de l'ouvrage de l'historien américain William Milligan Sloane. Domaine public, Wikimedia Commons.

Vers 13 heures, Napoléon voit à la lunette que la fumée du combat a dépassé la tour de Markgrafneusiedl : Davout est en train d'enrouler la gauche autrichienne. Il ordonne l'attaque générale. Macdonald reçoit l'ordre de se porter vers Aderklaa, sur le terrain tenu par la grande batterie, pour enlever Süßenbrunn, à la jointure entre la réserve de grenadiers et le IIIe corps autrichien. Il dispose d'environ 8 000 hommes, vingt-trois bataillons usés par les combats de la veille, qu'il range en une formation inhabituelle d'environ 800 mètres sur 550 : huit bataillons déployés en ligne à l'avant, les quinze autres en colonnes pour pouvoir faire face à la cavalerie. Les restes de la grande batterie, la division Seras, la cavalerie de la Garde du général Walther sur la droite et les cuirassiers de Nansouty sur la gauche doivent l'appuyer.

L'artillerie autrichienne met hors de combat quinze canons d'accompagnement avant même qu'ils puissent tirer, puis s'acharne sur cette masse compacte, tandis que deux brigades autrichiennes la prennent de flanc à coups de salves. Réduite à guère plus de la moitié de son effectif, contrainte de former le carré contre trois charges de cavalerie, la colonne s'arrête à quelques centaines de mètres de Süßenbrunn. Macdonald appelle la cavalerie à charger une ligne ennemie qu'il juge en plein désarroi. Nansouty, resté trop loin, arrive quand les Autrichiens sont déjà formés en masses et que leurs canons se sont retirés. Walther, avec la cavalerie de la Garde toute fraîche, ne bouge pas : il n'a reçu d'ordre ni de Napoléon, trop loin, ni de Bessières, blessé. Vers 14 heures, l'attaque est à bout de souffle ; Napoléon notera avec amertume que c'est la première fois que sa cavalerie lui fait défaut. L'assaut a toutefois atteint son but essentiel : fixer les Autrichiens au centre et empêcher Charles de secourir sa gauche. Napoléon envoie en soutien les 5 500 Bavarois de Wrede et les fusiliers de la Jeune Garde ; appuyés par la Garde, les Bavarois prennent Süßenbrunn, alors que les Autrichiens sont déjà en pleine retraite.

La « colonne infernale » de Masséna

Le général Lasalle, en dolman de hussard, galope sabre au clair en tête de ses cavaliers
Édouard Detaille, le général Lasalle chargeant à Wagram. Le célèbre chef de la cavalerie légère est tué à la fin de l'après-midi du 6 juillet, à trente-quatre ans. Domaine public, Wikimedia Commons.

À gauche, Klenau voit venir vers lui ce qu'il appellera dans son rapport une « colonne infernale ». Vers 12 h 30, les premiers éléments de Masséna atteignent Essling, et le maréchal apprend le succès de Davout. La cavalerie de Marulaz enlève la batterie autrichienne qui bombardait les ponts du Danube ; des hussards autrichiens la reprennent, avant d'être chargés à leur tour par la cavalerie de Lasalle. Six semaines plus tôt, les Français avaient défendu Essling contre les assauts autrichiens ; il faut maintenant le reprendre, en particulier son grenier de pierre. La brigade Ledru des Essarts l'enlève vers 14 heures. Masséna reprend Aspern, pousse la division Molitor vers Breitenlee, que la division Durutte de l'armée d'Italie vient d'occuper, puis, sans ordres mais entendant le canon sur sa droite, continue vers Kagran et Leopoldau.

Près de Leopoldau, la cavalerie de Lasalle se heurte à deux bataillons autrichiens formés en masses. Peu avant 17 heures, en chargeant la seconde, le général Lasalle, l'un des meilleurs cavaliers de son temps, est tué d'une balle en pleine tête. On lui prêtait ce mot : « Tout hussard qui n'est pas mort à trente ans est un jean-foutre. » Marulaz, qui veut le venger à la tête du 8e hussards, est blessé à son tour. Sous le feu de l'artillerie autrichienne du Bisamberg, Masséna arrête la poursuite. Vers 17 heures, Klenau a réussi à dégager son corps et à l'abriter derrière le Ve corps autrichien, posté sur le Bisamberg.

La retraite autrichienne

Pendant que Klenau est chassé d'Essling, l'archiduc Charles reçoit enfin des nouvelles de son frère : l'archiduc Jean n'arrivera pas avant 17 heures, bien trop tard. Les corps du plateau de Wagram se battent depuis une dizaine d'heures, sa droite recule, il n'a plus aucune réserve. Continuer, c'est risquer la destruction de l'armée, et avec elle, à ses yeux, celle de la monarchie. Il ordonne une retraite en ordre.

Vers 13 heures, Oudinot, qui attend depuis le matin l'ordre d'attaquer, s'élance sans l'avoir reçu contre le IIe corps de Hohenzollern. Menacé sur son flanc par Davout, Hohenzollern se replie ; Oudinot enlève Baumersdorf, défendu avec bravoure par la brigade Hardegg. Plus à l'ouest, la division Pacthod de l'armée d'Italie, soutenue par la Garde royale italienne, remonte le Russbach sans être vue jusqu'à Deutsch-Wagram et surprend le flanc des grenadiers de d'Aspré ; avec l'appui de la division Tharreau, Wagram et Aderklaa tombent. Napoléon engage aussi le XIe corps frais de Marmont.

Vers 16 heures, toute l'armée autrichienne est en retraite. Elle l'exécute admirablement, par échelons, chaque corps couvrant son voisin, sous la protection de l'artillerie du général Smola. Les Français, qui marchent et combattent depuis plus de quarante heures sous la chaleur, avec peu d'eau et de vivres, suivent plus qu'ils ne poursuivent. Leur épuisement provoque même des paniques : vers 16 heures à Wagram, des fantassins dévalent l'escarpement et la Vieille Garde doit former le carré autour du quartier général ; une heure plus tard, l'apparition d'éclaireurs de l'archiduc Jean près de Glinzendorf sème la panique parmi les traînards et les fournisseurs. Jean, apprenant que la bataille est perdue, rebrousse chemin. Vers 18 heures, des éléments du 108e de ligne de Davout rattrapent encore des traînards autrichiens à Bockfließ. Vers 20 heures, tout combat a cessé.

Le bilan

Avec plus de 300 000 combattants et au moins 72 000 tués et blessés, Wagram est la plus grande bataille livrée jusqu'alors en Europe, et la plus sanglante des guerres de la Révolution et de l'Empire à cette date. La concentration d'artillerie sur une plaine découverte explique l'ampleur des pertes : chaque armée a tiré au moins 90 000 coups de canon en deux jours.

Le bulletin de la Grande Armée ne reconnaît que 1 500 morts et 3 000 à 4 000 blessés. Les états officiels français font en réalité état de 6 901 tués et 26 757 blessés, soit près d'un quart de l'armée ; d'autres estimations vont jusqu'à 17 000 tués et 25 000 blessés. Cinq généraux sont tués, dont Lasalle, ainsi que 238 autres officiers. Les services de santé sont débordés : la plupart des blessés ont été frappés par l'artillerie, dont les boulets infligent des blessures effroyables qui imposent souvent l'amputation, et beaucoup n'y survivent pas. La Garde, soignée en priorité, compte 1 200 blessés, dont la moitié reprend rapidement les rangs et 145 meurent de leurs blessures. Côté autrichien, un état officiel fait apparaître 51 626 hommes manquants au 11 juillet par rapport aux effectifs du 5, un chiffre qui inclut les combats de la retraite et la bataille de Znaïm ; l'historien Ian Castle estime les pertes autrichiennes de Wagram à 41 250 hommes, dont 7 500 prisonniers, et les pertes françaises à 37 500. Quatre généraux autrichiens sont tués ou mortellement blessés, dont Nordmann.

De Znaïm à la paix de Schönbrunn

Le 7 juillet au matin, Napoléon parcourt le champ de bataille. Après avoir lu le rapport de Macdonald, il l'embrasse et l'élève à la dignité de maréchal d'Empire : c'est le seul maréchal nommé sur un champ de bataille. Il reproche à Marmont sa lenteur et dit à Oudinot qu'il mériterait d'être fusillé pour avoir attaqué sans ordre. Oudinot et Marmont reçoivent pourtant eux aussi leur bâton quelques jours plus tard, à Znaïm ; une chanson de soldats résume l'affaire : « La France a nommé Macdonald, l'armée a nommé Oudinot, l'amitié a nommé Marmont. »

L'armée française, épuisée, ses caissons vidés par 90 000 à 100 000 coups de canon, ne reprend la poursuite que vers 14 heures. L'archiduc Charles se retire vers Znaïm avec une armée encore cohérente, emmenant des milliers de prisonniers français, quelques dizaines de canons et quelques aigles. Rejoint à Znaïm les 10 et 11 juillet, il demande un armistice sous sa seule responsabilité, sans l'autorisation de l'empereur François ; Napoléon l'accepte, contre l'avis de ses principaux lieutenants, dont Berthier. L'armistice de Znaïm, signé le 12 juillet, met fin aux combats. L'empereur François relève ensuite Charles de son commandement en chef.

Le traité de Schönbrunn, signé le 14 octobre 1809, est très dur pour l'Autriche. Elle cède Salzbourg à la Bavière, la Galicie occidentale au duché de Varsovie, le district de Tarnopol à la Russie, et à la France les territoires qui formeront les Provinces illyriennes, perdant tout accès à la mer ; elle perd plus de trois millions de sujets, paie une lourde indemnité et doit s'engager à réduire son armée à 150 000 hommes, promesse qui ne sera pas tenue. En 1810, l'empereur François rapproche l'Autriche de la France en donnant sa fille Marie-Louise en mariage à Napoléon. Berthier reçoit le titre de prince de Wagram. Bernadotte, écarté de l'armée, est élu l'année suivante prince héritier de Suède et mènera un jour son nouveau pays à la guerre contre la France.

Vainqueur incontesté, Napoléon n'a pourtant pas obtenu de succès écrasant : comme à Eylau, la victoire a coûté très cher, et les pertes autrichiennes ne dépassent que de peu les siennes, qui s'ajoutent aux 20 000 hommes perdus à Aspern-Essling. Plus de trente généraux ont été tués ou blessés, et beaucoup de vétérans sont tombés. Ses adversaires, eux, ont appris de leurs erreurs.

La mémoire de Wagram

Colonne commémorative ornée d'une statue de soldat au drapeau, au bout d'une allée pavée bordée de fleurs rouges
Le monument de la bataille de Wagram à Deutsch-Wagram, dessiné par le sculpteur Franz Seifert et inauguré le 4 juillet 1909 pour le centenaire. Photo CMatula, 2020, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons.

À Paris, l'avenue de Wagram, l'une des avenues qui convergent vers l'Arc de triomphe de l'Étoile, porte depuis 1864 le nom de la bataille, tout comme une place et une station de métro. En Autriche, le souvenir s'inscrit sur le terrain. À Deutsch-Wagram, une chapelle commémorative est fondée en 1859 pour le cinquantenaire, puis un monument du sculpteur Franz Seifert est élevé en 1909. La maison où l'archiduc Charles avait établi son quartier général, du 4 juin au 6 juillet 1809, abrite un musée ouvert en 1959, devenu en 2024 le musée Napoléon et musée de la ville. Le 3 juillet 1960, le champ de bataille a été jalonné de vingt monuments commémoratifs répartis sur quatorze sites ; réunis depuis avec ceux d'Aspern, ils sont aujourd'hui une trentaine dans quatorze communes. En 1835, lors d'un séjour à Vienne, Balzac se fit guider sur le champ de bataille de Wagram par le prince Frédéric de Schwarzenberg : il cherchait des détails pour ses Scènes de la vie militaire.

Obélisque blanc surmonté d'un aigle noir, portant la date des 5 et 6 juillet 1809 et un boulet, devant une maison de village
Pierre commémorative des 5 et 6 juillet 1809 à Aderklaa. Sa plaque rappelle qu'autour du village « l'armée saxonne, sous le maréchal français Bernadotte, trouva son tombeau ». Photo Earnest B, 2016, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons.

Sur la Lobau, intégrée depuis 1996 au parc national des Donau-Auen, la Napoleonstraße et des monuments rappellent le séjour de l'armée française : l'emplacement du quartier général de Napoléon, la poudrière, le cimetière des Français et, au sud de Groß-Enzersdorf, le lieu du passage des troupes.

Stèle de pierre gravée d'une croix et de l'inscription « Friedhof der Franzosen 1809 », ornée d'une couronne à ruban tricolore, dans un sous-bois
La stèle du cimetière des Français sur la Lobau, monument protégé de la ville de Vienne. Photo Erich Schmid, 2009, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons.

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