Bataille Victoire française

Montmirail

11 février 1814 · Montmirail, Marne, Champagne

Le 10 février 1814 au soir, le 9ᵉ corps russe n'existe plus et Napoléon n'a pas dormi. Le lendemain, à l'ouest de Montmirail, il se retourne contre deux autres corps de l'armée de Silésie : le Russe Osten-Sacken, qui remonte vers l'est sans savoir ce qui l'attend, et le Prussien Yorck, qui descend du nord par Château-Thierry. Entre seize et vingt mille Français — pour beaucoup des conscrits de la classe 1815 encadrés par la Vieille Garde — tiennent le carrefour et empêchent la jonction. La journée se joue autour d'une ferme et d'un hameau, Marchais et les Grenaux, pris et repris jusqu'à la nuit. C'est la deuxième victoire des Six-Jours, et celle qui coûta le plus cher aux deux camps.

Forces en présence

Issue : Victoire française : Sacken et Yorck sont rejetés sur Château-Thierry sans avoir pu opérer leur jonction

Drapeau tricolore (1794)

France

  • Napoléon Ier
  • Ney
  • Mortier
  • Lefebvre
  • Ricard
  • Friant
  • Nansouty

De 16 000 à 20 000 hommes selon les relations (20 000 au maximum pour Chandler et Petre, 27 153 pour Nafziger) et 36 canons : division Ricard du 6ᵉ corps, 1ʳᵉ division de Vieille Garde de Friant, divisions de Jeune Garde de Ney, cavalerie de la Garde de Nansouty et Guyot ; division Michel et gardes d'honneur de Defrance arrivés avec Mortier dans l'après-midi

Pertes : Environ 2 000 tués et blessés, soit près d'un huitième des engagés (2 000 selon Chandler et Petre, 2 000 à 2 100 selon Bodart) ; Nansouty, Michel et Boudin de Roville blessés, la division Ricard réduite de moitié

Pavillon blanc-bleu-rouge de l’Empire russeDrapeau du royaume de Prusse (modèle de 1803)

Russie · Prusse

  • Osten-Sacken
  • Yorck von Wartenburg
  • Lieven
  • Pirch

De 23 000 à 30 000 hommes et une centaine de bouches à feu : 18 000 Russes et 90 canons sous Osten-Sacken selon Chandler (14 000 et 80 selon Nafziger, 20 000 selon Müffling), auxquels s'ajoutent 9 000 Prussiens et 16 canons avec Yorck von Wartenburg

Pertes : De 3 700 à 4 000 hommes selon les comptes : 2 000 Russes tués et blessés, 800 prisonniers, 6 drapeaux et 13 canons selon Petre ; environ 3 000 Russes dont un millier de prisonniers selon la relation française ; 877 Prussiens dans la seule 1ʳᵉ brigade d'infanterie, soit le quart de sa force

Drapeaux : David Liuzzo, Wikimedia Commons

Coordonnées de la bataille

Montmirail

Coordonnées 48,8958° N · 3,4807° E

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Récit de la bataille

Le lendemain de Champaubert

Le 10 février au soir, le 9ᵉ corps d'Olsoufiev a cessé d'exister et Napoléon n'attend pas que le champ soit relevé. Dès dix-neuf heures, il lance la cavalerie de Nansouty vers l'ouest avec ordre d'occuper Montmirail avant le jour. Marmont reste en arrière, du côté d'Étoges, pour surveiller Blücher ; l'Empereur, lui, se retourne contre les deux corps qui remontent de l'ouest et du nord. La division Ricard se met en marche à trois heures du matin, la Jeune Garde de Ney à six heures. Napoléon arrive à Montmirail vers huit heures et, contre son habitude, n'attaque pas : il attend que ses colonnes soient là.

La raison tient à la carte. Montmirail est un carrefour : la grande route de La Ferté-sous-Jouarre à Vertus y croise celle qui descend de Château-Thierry. Osten-Sacken arrive par la première, Yorck par la seconde, et ni l'un ni l'autre n'a encore rejoint son voisin. Tenir le croisement, c'est les empêcher de se donner la main et pouvoir les battre l'un après l'autre. Toute la journée du 11 février tiendra dans cette idée simple et dans la question de savoir si les conscrits français tiendront assez longtemps pour qu'elle serve.

Deux armées à battre séparément

Les comptes d'effectifs divergent, comme souvent pour cette campagne. Chandler et Petre créditent Napoléon de vingt mille hommes au maximum, l'infobox française retient une quinzaine de mille et trente-six canons, Nafziger monte jusqu'à 27 153. En face, Sacken aligne dix-huit mille hommes et quatre-vingt-dix bouches à feu selon Chandler, quatorze mille et quatre-vingts selon Nafziger, vingt mille selon Müffling ; Yorck ajoute neuf mille Prussiens et seize canons. Ce qui est sûr, c'est que les Alliés sont les plus nombreux et, surtout, les mieux pourvus en artillerie.

Côté français, la journée repose sur un assemblage disparate : la 1ʳᵉ division du 6ᵉ corps, celle de Ricard, faite pour l'essentiel de jeunes conscrits de la classe 1815 — les « Marie-Louise » — ; la 1ʳᵉ division de Vieille Garde de Friant ; la cavalerie de la Garde sous Nansouty et Guyot ; les deux divisions de Jeune Garde amenées par Ney. Mortier n'arrivera qu'en cours d'après-midi avec la division de Vieille Garde de Michel et les gardes d'honneur de Defrance. Sacken, de son côté, ne juge pas utile d'attendre Yorck. Vers neuf heures, les patrouilles s'accrochent à l'est de Viels-Maisons ; vers dix heures, il déploie le 6ᵉ corps au sud de la route, vers L'Épine-aux-Bois, et le 11ᵉ corps de Lieven au nord, sur les fermes des Chouteaux, de La Chaise et des Grenaux.

Carte gravée du XIXᵉ siècle de la bataille de Montmirail : la route de La Ferté à Montmirail traverse le champ, les villages de Marchais, L'Épine-aux-Bois, Les Grenaux, Le Tremblay et Fontenelle sont marqués, les unités françaises en bleu, russes en vert et prussiennes en violet
Alexander Keith Johnston, Battle of Montmirail, 11th February 1814, atlas de l'Histoire de l'Europe d'Archibald Alison, Blackwood, Édimbourg, vers 1850. Tout le dispositif s'y lit : Sacken déployé au sud de la grande route autour de L'Épine-aux-Bois et de Marchais, Friant et Guyot face à lui, Michel et Defrance remontant vers Le Plénois et Bailly contre les Prussiens de Pirch et de Horn. Domaine public, Wikimedia Commons.

Marchais, pris et repris

Vers onze heures, un détachement russe enlève Marchais, hameau et grosse ferme à flanc de coteau, au sud de la route. À midi, Napoléon y envoie Ricard. Ce qui suit est le combat le plus féroce de la semaine : le village change cinq fois de mains, les murs de la ferme de la Cour d'Airain passent d'un camp à l'autre à la baïonnette, et l'historien Jean Colin relèvera qu'on en retira plus de quatre cents corps. La division Ricard y laisse la moitié de son monde ; deux jours plus tard, elle ne comptera plus que huit cents hommes sous les armes.

Ce sont, pour beaucoup, des garçons de dix-huit ou dix-neuf ans, mal équipés, qui n'ont pas trois mois de service. Ils tiennent. Napoléon les laisse tenir et garde la Garde immobile, l'arme au pied, pendant que la matinée s'écoule : il veut Mortier avant de frapper, et il veut que Sacken engage le plus de monde possible au sud de la route, là où le Russe croit décider de la bataille.

Les Grenaux : la Garde tranche

Vers quatorze heures, l'Empereur juge que le moment est venu. Sacken a glissé l'essentiel de ses forces vers Marchais ; sa gauche, au nord de la route, n'est plus tenue que par les fermes. Friant attaque avec la Vieille Garde, appuyé par la cavalerie de la Garde de Guyot ; Nansouty charge le long de la chaussée, et il faut un retour offensif de la cavalerie de Vassiltchikov pour rétablir un instant la liaison avec Yorck. Vers seize heures, six bataillons de la Garde reprennent la ferme des Grenaux à la baïonnette ; les dragons de la Garde de Pierre d'Autancourt et les gardes d'honneur conduits par Ségur tombent sur la batterie russe.

Marchais cède vers dix-sept heures. Ricard débouche du Tremblay, deux bataillons de Vieille Garde menés par le maréchal Lefebvre entrent dans le village, et les brigades russes sont rejetées dans les ravins et le bois de Courmont, où les dragons les reprennent encore ; le rapport de Ricard parle de cinq à six cents prisonniers. La cavalerie de Defrance achève la journée en chargeant les colonnes qui décrochent.

Grande toile : au crépuscule, des grenadiers de la Vieille Garde en bonnet à poil chargent à la baïonnette dans la fumée, une aigle au milieu d'eux, tandis que de longues colonnes d'infanterie montent à droite sous un ciel chargé
Horace Vernet, La Bataille de Montmirail, 1822, huile sur toile, National Gallery, Londres (NG2965). Vernet l'a peinte pour le duc d'Orléans, dans une série de quatre batailles ; refusée au Salon de 1822, elle fut montrée dans son atelier avant d'être admise à celui de 1824. La lumière de fin de journée dit l'essentiel : la décision tombe tard, et c'est la Vieille Garde qui la donne. Domaine public, Wikimedia Commons.

Yorck couvre la retraite

Pendant ce temps, les Prussiens descendent, mais lentement. Vers quinze heures ou quinze heures trente, les brigades de Pirch et de Horn atteignent Fontenelle-en-Brie. Elles arrivent au moment précis où Mortier débouche sur le champ : la division de Vieille Garde de Michel se porte au-devant d'elles et les arrête. La 1ʳᵉ brigade d'infanterie prussienne pousse encore vers La Meulière, sans pouvoir déboucher ; Pirch est blessé, le colonel Losthin prend sa place.

À la nuit, Sacken demande à Yorck d'attaquer pour lui couvrir un chemin de retraite. C'est tout ce que les Prussiens peuvent encore faire. Les Russes se dégagent dans l'obscurité par Viffort et gagnent Château-Thierry ; les chevau-légers lanciers polonais de la Garde poussent jusqu'à Viels-Maisons. Le champ reste aux Français, mais l'armée de Silésie n'est pas détruite : elle recule, en désordre, et elle recule ensemble.

Les comptes de la journée

Les pertes françaises sont évaluées de manière remarquablement constante : deux mille hommes chez Chandler comme chez Petre, deux mille à deux mille cent chez Bodart, soit environ un huitième des engagés. Nansouty, Michel et Boudin de Roville sont blessés. Du côté allié, l'éventail est plus large : Petre compte deux mille tués et blessés russes, huit cents prisonniers, six drapeaux et treize canons ; Chandler arrondit à quatre mille pour l'ensemble ; Nafziger donne une fourchette qui va de quinze cents Russes et neuf canons jusqu'à trois mille tués et blessés, sept cent huit prisonniers, vingt-six pièces et deux cents voitures. La version française retient environ trois mille Russes, soit près de seize pour cent de l'effectif, dont un millier de prisonniers.

Un chiffre, lui, ne varie pas : la 1ʳᵉ brigade d'infanterie prussienne perd huit cent soixante-dix-sept hommes, le quart de sa force. Rapportée aux effectifs en présence, Montmirail est la journée la plus chère des Six-Jours, pour le vainqueur comme pour les vaincus — et la seule où la Vieille Garde ait dû payer de sa personne pour emporter la décision.

Ce qui reste de Montmirail

Napoléon poursuit dès le lendemain vers Château-Thierry, puis se retourne une dernière fois contre Blücher à Vauchamps le 14 février. En six jours, il a battu séparément quatre corps alliés. Mais l'inaction de Macdonald à l'ouest a laissé filer ce qui restait de Sacken et de Yorck, et la victoire du 11 février, si nette sur le terrain, n'a pas eu le résultat stratégique que l'Empereur en espérait : l'armée de Silésie se recompose et repart de l'avant moins d'une semaine plus tard. Elle a tout de même semé entre Russes et Prussiens une méfiance durable, et c'est peut-être là son effet le plus concret.

Le souvenir, lui, a bien tenu. Une colonne commémorative, élevée sur la route de Paris, rappelle la journée aux abords du champ, et une table d'orientation la commente à Marchais-en-Brie. Surtout, Horace Vernet en a tiré en 1822 l'une des grandes images de la campagne de France — toile aujourd'hui à la National Gallery de Londres, où les bonnets à poil de la Vieille Garde avancent dans un jour qui tombe. Huit semaines après Montmirail, le 6 avril 1814, Napoléon abdiquait à Fontainebleau.

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