Cavalier de la guerre de Sept Ans, sujet de Frédéric le Grand, il devient figure emblématique de la résistance prussienne après l’humiliation d’Iéna-Auerstedt. Allié russe puis britannique, il pousse toujours en avant — parfois imprudemment. Sa jonction avec Wellington à Waterloo achève l’Empire napoléonien.
Suédois, Russe, Prussien — une carrière tourmentée
Né en 1742 en Mecklembourg, Blücher sert d’abord dans l’armée suédoise — capturé par les Prussiens, il change de camp et gravit les grades sous Frédéric II. La vieillesse semble le mettre à la retraite ; la Révolution française réveille l’Europe. En 1806, à Iéna et Auerstedt, l’armée prussienne s’effondre en une journée. Blücher, furieux, refuse la défaite psychologique : il combat en retraite, se rend avec honneur après des charges désespérées. Napoléon le traite comme prisonnier d’élite ; Blücher nourrit une haine personnelle de l’Empereur français.
Les années suivantes le voient alterner disgrâce et rappel. En 1813, à l’heure de la campagne de Leipzig, le vieux maréchal redevient indispensable : les soldats l’aiment pour son franc-parler, sa témérité, sa capacité à remonter le moral après Lützen ou Bautzen. Alexandre Ier et Frédéric-Guillaume III comptent sur lui pour tenir la ligne prussienne quand les diplomates tergiversent.
Ligny, Wavre et la marche vers Waterloo
En juin 1815, Blücher commande les Prussiens en Belgique. À Ligny, le 16, Napoléon le bat sérieusement — le maréchal évite de peu d’être piétiné lors d’une charge de cuirassiers, anecdote qui nourrit sa légende de témérité. Évacué sur une charrette, il hurle à ses états-majors de continuer la marche vers le nord. Grouchy, derrière les Français, manque d’intercepter la jonction ; Blücher, malgré les contusions, impose la manœuvre qui sauvera Wellington.
Le 18, après des heures de route boueuse, les corps de Bülow et d’autres arrivent sur le flanc de Plancenoit puis sur la droite française. Blücher ne cherche pas la manœuvre savante : il veut l’écrasement. Ses soldats crient « Vorwärts ! » — d’où le surnom « Marschall Vorwärts ». La Garde recule ; l’armée française se disloque. Blücher entre à Paris avec des sentiments de vengeance qu’on doit freiner diplomatiquement.
Dernières années et mythe prussien
Blücher reçoit titres et domaines ; il meurt en 1819, presque octogénaire, idolâtré par une Prusse qui se reconstruit sur le mythe de 1813-1815. Les historiens allemands du XIXe siècle en font un héros national brutalement anti-français ; les spécialistes modernes nuancent : imprudences, erreurs de coordination, mais un sens du timing offensif qui a compté à Waterloo.
Pour Empire Napoléon, Blücher incarne l’allié qui ne se laisse pas impressionner par la légende napoléonienne : ni Tilsit ni Fontainebleau ne l’ont domestiqué. Son ombre complète celle de Wellington — l’Angleterre de la mer, la Prusse de la marche forcée — pour refermer le piège de 1815.
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