Bataille Victoire française

Bautzen

20-21 mai 1813 · Bautzen, sur la Sprée (Lusace)

Les 20 et 21 mai 1813, Napoléon attaque l'armée russo-prussienne retranchée sur la Sprée, autour de Bautzen. Après avoir fixé l'ennemi le premier jour, il compte sur Ney pour le déborder par le nord et lui couper la retraite ; mais la manœuvre manque de mordant, et les coalisés se retirent en bon ordre. La victoire coûte à chaque camp quelque 20 000 hommes.

Forces en présence

Issue : Victoire française incomplète

Drapeau tricolore (1794)Drapeau du royaume d’Italie (1805-1814)

France · Confédération du Rhin · Italie

  • Napoléon
  • Ney
  • Soult
  • Oudinot
  • Marmont
  • Macdonald

De 140 000 à 180 000 hommes selon les estimations, dont une partie seulement engagée

Pertes : Environ 20 000 hommes, jusqu'à 25 000 selon certains auteurs

Pavillon blanc-bleu-rouge de l’Empire russeDrapeau du royaume de Prusse (modèle de 1803)

Russie · Prusse

  • Wittgenstein
  • Blücher
  • Barclay de Tolly
  • Miloradovitch
  • Kleist

Environ 96 000 à 97 000 hommes

Pertes : Environ 20 000 hommes selon la plupart des estimations, 11 000 à 14 000 selon d'autres

Drapeaux : Sodacan, CC BY-SA 3.0 ; David Liuzzo, Wikimedia Commons

Coordonnées de la bataille

Bautzen

Coordonnées 51.1814°, 14.4242°

Récit de la bataille

Après Lützen

Battus à Lützen le 2 mai 1813, les Russes et les Prussiens se sont retirés sans être poursuivis : Napoléon n'a presque plus de cavalerie depuis la Russie. Ils repassent l'Elbe par Dresde, puis, après quelques hésitations des Prussiens, qui voudraient couvrir Berlin, se regroupent autour de Bautzen, en Lusace, du 10 au 13 mai. L'arrière-garde de Miloradovitch retient pendant ce temps le corps de Macdonald. Le 16 mai, les troupes de Barclay de Tolly les rejoignent. Wittgenstein, qui commande toujours l'armée coalisée, décide de livrer bataille sur une position forte, tout près de l'Autriche, dont on espère l'entrée en guerre.

Napoléon a pris quelques jours pour remettre son armée en état, installer des dépôts à Dresde et jeter des ponts sur l'Elbe. Il divise ensuite ses forces. Le maréchal Ney, avec plusieurs corps, remonte vers le nord comme pour menacer Berlin ; l'Empereur, avec l'armée principale et la Garde, suit les coalisés vers l'est. Quand il comprend, après un combat d'arrière-garde le 15 mai, que l'ennemi l'attend à Bautzen, il ordonne à Ney de redescendre par Hoyerswerda pour tomber sur le flanc droit de la coalition.

La ligne de la Sprée

Les coalisés se sont établis sur la rive droite de la Sprée, sur un front d'une quinzaine de kilomètres. Au sud, des collines ; au nord, un pays d'étangs et de marais. En première ligne, le corps de Miloradovitch tient les hauteurs de part et d'autre de la ville de Bautzen. Derrière, la position principale, renforcée de redoutes, est confiée à Kleist, Blücher et Yorck ; à l'extrême droite, en terrain plat et sans point d'appui, se trouve Barclay. La Garde russe forme la réserve, et le tsar Alexandre et le roi Frédéric-Guillaume III ont leur quartier général au village de Wurschen.

Les coalisés alignent environ 96 000 à 97 000 hommes. Napoléon en réunit beaucoup plus, de 140 000 à 180 000 selon les estimations en comptant les corps de Ney, même si une partie seulement combattra. La veille de la bataille, le 19 mai, Barclay et Yorck tentent d'intercepter Ney en marche : à Königswartha, Barclay surprend et détruit en grande partie la division italienne du général Peyri, qui est fait prisonnier, mais Yorck se heurte au corps de Lauriston, et tous deux doivent regagner leurs lignes.

20 mai : le passage de la Sprée

Le plan de Napoléon tient en deux temps. Le premier jour, il attaque de front pour fixer l'ennemi et l'obliger à engager ses réserves ; le second, Ney, arrivé du nord, doit déborder la droite coalisée et couper sa retraite. Vers midi, l'artillerie française ouvre le feu. À droite, le corps d'Oudinot s'attaque aux hauteurs tenues par les Russes, sans succès décisif ; au centre, Macdonald échoue d'abord devant Bautzen. Marmont franchit alors la Sprée sous la protection de soixante canons et refoule les troupes du prince Eugène de Wurtemberg. Sa division Compans pénètre par l'arrière dans Bautzen, que les Russes évacuent en hâte.

Plus au nord, au centre dont le maréchal Soult a reçu le commandement, le corps de Bertrand est tenu en échec pendant des heures par Kleist, soutenu par Blücher. La prise du village de Burk par la division Bonnet oblige enfin Kleist à reculer, et toute la ligne de la Sprée est franchie. Dans l'après-midi, l'avant-garde de Ney s'empare du passage de Klix, au nord, sans franchir la Sprée ce jour-là. Au sud, Oudinot a gagné du terrain, et le tsar, persuadé que le danger principal vient de ce côté, y envoie des renforts.

Gravure coloriée : des cavaliers en habit blanc et casque à cimier noir chargent au milieu de fantassins en habit bleu, coiffés de bonnets à poil ou de shakos ; au premier plan, un canon renversé et des soldats tombés, à droite un drapeau frappé d'un aigle, et au loin des lignes de troupes sur les collines
Die Schlacht bei Bautzen den 20. May 1813, gravure coloriée publiée à Nuremberg par Friedrich Campe. Bibliothèque nationale de France, collection Hennin, domaine public.

21 mai : Ney au nord

Le combat reprend vers 6 heures du matin. Au sud, Oudinot attaque de nouveau. Contre l'avis de Wittgenstein, qui craint de dégarnir sa droite, le tsar renforce encore Miloradovitch, qui rejette Oudinot jusqu'à la Sprée. Napoléon refuse de secourir son maréchal : c'est au nord que la bataille doit se décider. Au centre, les deux camps se contentent pour l'essentiel d'une violente canonnade.

Au nord, Ney pousse devant lui Barclay, qui réclame en vain des renforts. Dès 10 heures, la division Souham occupe le village de Preititz, sur les arrières de Blücher. Mais le reste des troupes de Ney avance avec prudence, et Kleist, envoyé par Blücher, reprend Preititz. Au lieu de pousser droit vers l'arrière des coalisés et leur ligne de retraite, Ney s'acharne sur le village, qu'il ne reprend qu'au milieu de l'après-midi. Beaucoup d'historiens lui reprocheront d'avoir perdu de vue l'objectif de la manœuvre ; d'autres soulignent que les ordres de Napoléon et de Berthier étaient bien laconiques pour une mission aussi décisive.

Vers 14 heures, Napoléon lance enfin son centre. Soult fait donner l'assaut aux hauteurs de Kreckwitz, clé de la position de Blücher, par les troupes de Bertrand, qui les enlèvent après un combat acharné. Pris de trois côtés, Blücher se replie à temps et rejoint Yorck. Vers 16 heures, le tsar ordonne la retraite générale. Les Russes et les Prussiens se retirent en bon ordre vers l'est ; la cavalerie de Latour-Maubourg ne parvient pas à entamer leurs carrés. Le corps de Reynier, que Napoléon n'avait pas rappelé à temps, n'est arrivé qu'en début d'après-midi.

Bilan

Napoléon reste maître du terrain, mais la victoire est incomplète et coûteuse. Selon les estimations les plus courantes, chaque camp a perdu environ 20 000 hommes en comptant les combats du 19 mai ; d'autres auteurs avancent jusqu'à 25 000 hommes côté français et seulement 11 000 à 14 000 chez les coalisés. D'après une anecdote souvent rapportée, l'Empereur, frappé par le nombre de blessés parmi ses jeunes soldats, les aurait soupçonnés de s'être mutilés volontairement pour échapper au combat et aurait voulu faire des exemples ; son chirurgien Larrey l'en aurait dissuadé.

Le lendemain, 22 mai, près de Reichenbach, un boulet perdu tombe à quelques mètres de Napoléon : il tue le général Kirgener et blesse mortellement le grand maréchal du palais Duroc, l'un de ses plus proches amis, qui meurt le jour suivant. Faute de cavalerie, la poursuite tourne court. Le 25 mai, Wittgenstein cède le commandement de l'armée coalisée à Barclay de Tolly. Le 4 juin, Napoléon accepte l'armistice de Pläswitz. Il le regrettera : la trêve profite surtout à ses adversaires, qui s'y renforcent, et l'Autriche entre en guerre contre lui en août. Sur l'Arc de triomphe de l'Étoile, la bataille figure sous le nom de Wurschen, le village où les souverains alliés avaient établi leur quartier général.

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