Bataille Défaite française

Leipzig

16-19 octobre 1813 · Leipzig, Saxe (Allemagne)

La bataille de Leipzig, livrée du 16 au 19 octobre 1813 et appelée en Allemagne la « bataille des Nations », oppose Napoléon aux armées coalisées de Russie, de Prusse, d'Autriche et de Suède. Plus d'un demi-million d'hommes s'y affrontent : c'est la plus grande bataille des guerres napoléoniennes. Après une première journée indécise et une journée d'assaut général, le 18 octobre, Napoléon ordonne la retraite ; l'explosion prématurée du pont de l'Elster, le 19, coupe son arrière-garde, où périt le maréchal Poniatowski. La défaite fait s'effondrer la Confédération du Rhin et ouvre la route de la France aux coalisés.

Forces en présence

Issue : Défaite française décisive

Drapeau tricolore (1794)Drapeau du duché de VarsovieDrapeau de l’État saxon (jusqu’en 1815)Drapeau du royaume d’Italie (1805-1814)

France · Pologne · Saxe · Italie · Confédération du Rhin

  • Napoléon
  • Murat
  • Ney
  • Marmont
  • Macdonald
  • Poniatowski

190 000 à 210 000 hommes et environ 700 canons selon les sources

Pertes : 38 000 à 45 000 tués et blessés, au moins 15 000 prisonniers, plus de 20 000 blessés abandonnés et ~300 canons

Pavillon blanc-bleu-rouge de l’Empire russeDrapeau du royaume de Prusse (modèle de 1803)Noir et jaune des HabsbourgDrapeau d’État suédois

Russie · Prusse · Autriche · Suède

  • Schwarzenberg
  • Blücher
  • Bernadotte
  • Bennigsen
  • Barclay de Tolly

Environ 200 000 hommes le 16 octobre, plus de 300 000 et 1 200 à 1 500 canons le 18

Pertes : Environ 54 000 hommes, dont ~20 000 Russes, 16 000 Prussiens et 14 000 Autrichiens

Drapeaux : TRAJAN 117, CC BY-SA 3.0 ; Sodacan, CC BY-SA 3.0 ; David Liuzzo, Wikimedia Commons

Coordonnées de la bataille

Leipzig

Coordonnées 51,3138° N · 12,4071° E

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Le site aujourd’hui — Leipzig

Carte tactique interactive

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16 oct.09:00

L’attaque de Barclay au sud

Les colonnes de Barclay de Tolly se mettent en marche avant l’aube et, vers 9 heures, l’artillerie ouvre le feu de la Pleiße jusqu’à Liebertwolkwitz. Kleist attaque Markkleeberg, que tiennent Poniatowski et Augereau ; les Russes et Prussiens d’Eugène de Wurtemberg enlèvent Wachau, où commande Napoléon, mais ne peuvent s’y maintenir ; Gortchakov et Klenau échouent devant Liebertwolkwitz. Entre les rivières, le corps de Merveldt reste bloqué devant Connewitz.

Napoléon a établi son poste de commandement sur le Galgenberg : ce sera le point le plus au sud qu’il atteindra pendant la bataille.
Armées
FrançaisSaxonsPolonaisPrussiensRussesAutrichiensSuédoisBritanniques
Types
■Infanterie⬡Cavalerie●Artillerie★Garde

Positions reconstituées d’après les récits de la bataille et calées sur l’emplacement réel des villages, aujourd’hui pour la plupart des quartiers de Leipzig. Les horaires, que les sources ne donnent pas toujours de façon concordante, sont indicatifs, et les effectifs varient beaucoup selon les auteurs. Chaque phase recadre la carte sur le secteur où se joue l’action.

Récit de la bataille

De la Russie à l'Allemagne

Au début de 1813, la Grande Armée ne s'est pas relevée du désastre de Russie, où elle a perdu quelque 400 000 hommes et 200 000 chevaux. Le général Yorck, qui commande le contingent prussien, signe dès le 30 décembre 1812 la convention de Tauroggen avec les Russes ; la Prusse s'allie à la Russie par le traité de Kalisch et déclare la guerre à la France en mars 1813. Devant l'avance russe, les Français abandonnent le duché de Varsovie, évacuent Berlin et se replient sur l'Elbe.

En quelques mois, Napoléon lève une nouvelle armée, mais elle se compose en grande partie de jeunes conscrits sans expérience, et la cavalerie, décimée en Russie, reste son point faible. Il bat les Russes et les Prussiens à Lützen le 2 mai et à Bautzen les 20 et 21 mai, sans pouvoir exploiter ces victoires faute de cavaliers. En juin, il accepte l'armistice de Pläswitz et la médiation de l'Autriche. Les négociations échouent : le 12 août, l'Autriche déclare à son tour la guerre à la France.

Le plan de Trachenberg

Pendant l'armistice, les souverains de Russie et de Prusse rencontrent au château de Trachenberg, en Silésie, le prince héritier de Suède, Charles-Jean, qui n'est autre que l'ancien maréchal Bernadotte. Complété avec les Autrichiens, le plan qui en sort prévoit trois armées : l'armée de Bohême du prince de Schwarzenberg, la plus forte, l'armée de Silésie de Blücher et l'armée du Nord de Bernadotte, bientôt rejointes par l'armée de Pologne de Bennigsen. Le principe est simple : éviter la bataille quand Napoléon commande en personne, reculer devant lui et frapper ses maréchaux isolés.

La méthode fonctionne. Napoléon remporte encore une grande victoire à Dresde, les 26 et 27 août, mais le corps de Vandamme, lancé à la poursuite des vaincus, est écrasé à Kulm les 29 et 30 août. Oudinot est battu à Großbeeren le 23 août en marchant sur Berlin, Macdonald sur la Katzbach le 26 août par Blücher, Ney à Dennewitz le 6 septembre. Les alliés allemands de la France vacillent : des unités saxonnes passent à l'ennemi, les Westphaliens désertent, et le 8 octobre, par le traité de Ried conclu en secret avec l'Autriche, la Bavière rompt son alliance avec Napoléon.

La concentration autour de Leipzig

Début octobre, les coalisés resserrent l'étau. Blücher franchit l'Elbe à Wartenburg le 3 octobre et marche vers le sud, Bernadotte le suit, tandis que Schwarzenberg débouche de Bohême. Menacé d'être coupé de la France, Napoléon quitte la région de Dresde et concentre son armée autour de Leipzig, grande ville de Saxe, où il espère livrer la bataille décisive que ses adversaires lui refusent depuis deux mois. Le 14 octobre, au sud de la ville, les cavaliers de Murat et ceux de l'avant-garde de Schwarzenberg s'affrontent autour de Liebertwolkwitz, dans ce qui est souvent présenté comme l'un des plus grands combats de cavalerie de l'histoire, avec près de 14 000 cavaliers. L'issue est indécise, mais la cavalerie française y perd encore des forces précieuses.

Le terrain dicte la bataille. Trois cours d'eau, l'Elster blanche et la Pleiße à l'ouest et au sud, la Parthe au nord, découpent les environs de Leipzig en secteurs séparés. En tenant la ville et ses ponts, Napoléon peut déplacer ses troupes d'un secteur à l'autre plus vite que ses adversaires. Mais derrière lui, une seule route mène vers l'ouest : la chaussée de Lindenau, qui traverse sur une digue les prairies marécageuses de l'Elster.

Les forces en présence

Carte en noir et blanc des environs de Leipzig avec les rivières, les villages et les positions des armées française et coalisées le 18 octobre 1813
Les positions du 18 octobre 1813 autour de Leipzig, carte de l'encyclopédie allemande Meyers Konversations-Lexikon. Domaine public, Wikimedia Commons.

Les estimations varient beaucoup d'un auteur à l'autre. Napoléon réunit autour de Leipzig environ 190 000 à 210 000 hommes, Français pour la plupart, mais aussi Polonais du prince Poniatowski, Italiens et Allemands de la Confédération du Rhin, surtout Saxons et Wurtembergeois, avec quelque 700 canons. Ses corps sont commandés par les maréchaux Ney, Marmont, Macdonald, Augereau, Victor et Poniatowski, et par les généraux Bertrand, Lauriston, Reynier et Souham ; Murat dirige la cavalerie, et la Garde impériale forme la réserve.

Les coalisés, eux, ne sont pas tous présents dès le premier jour. Le 16 octobre, ils alignent environ 200 000 hommes, avant tout l'armée de Bohême de Schwarzenberg ; avec l'arrivée des armées de Bernadotte et de Bennigsen, ils dépassent les 300 000 hommes et disposent de 1 200 à 1 500 canons. Russes, Autrichiens, Prussiens et Suédois combattent côte à côte, sous les yeux de trois souverains : le tsar Alexandre Ier, l'empereur François Ier d'Autriche, beau-père de Napoléon, et le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III. Plus d'un demi-million d'hommes vont s'affronter pendant quatre jours : c'est la plus grande bataille des guerres napoléoniennes.

Les plans des deux camps

Napoléon fait porter son effort au sud. Il y dispose, selon une estimation, de 138 000 hommes et 488 canons face à quelque 130 000 soldats de l'armée de Bohême, et veut écraser celle-ci avant que les autres armées coalisées ne referment le cercle. Au nord, Marmont et Ney doivent contenir l'armée de Silésie, que l'Empereur croit encore loin ; à l'ouest, Bertrand couvre Lindenau.

Le plan initial de Schwarzenberg prévoit d'attaquer par les terres basses et marécageuses entre l'Elster et la Pleiße pour tourner la droite française et marcher droit sur Leipzig. Le tsar juge ce terrain impraticable et fait modifier le projet. Seuls les quelque 35 000 Autrichiens de Merveldt et du prince de Hesse-Hombourg attaqueront entre les rivières ; les corps de Kleist, de Wittgenstein et de Klenau, sous le commandement de Barclay de Tolly, aborderont de front les positions françaises à l'est de la Pleiße. Gyulay doit menacer Lindenau, et Blücher avancer depuis le nord-ouest. L'armée de Bohême se retrouve ainsi répartie sur trois champs de bataille séparés par des rivières et des marais.

Le 16 octobre : Wachau et Liebertwolkwitz

Carte ancienne du champ de bataille au sud de Leipzig, avec les villages de Markkleeberg, Wachau et Liebertwolkwitz et les rectangles noirs et blancs des unités
Plan de la bataille de Wachau, au sud de Leipzig, le 16 octobre 1813, publié en 1901 dans Die deutschen Befreiungskriege de Hermann Müller-Bohn. Domaine public, Wikimedia Commons.

Le 16 octobre, la pluie des jours précédents a détrempé le sol. Les colonnes de Barclay se mettent en marche avant l'aube et, vers 9 heures, l'artillerie ouvre le feu sur les villages que tiennent les Français, de la Pleiße jusqu'à Liebertwolkwitz. Napoléon a établi son poste de commandement sur le Galgenberg, une légère hauteur entre Wachau et Liebertwolkwitz.

À gauche des coalisés, les Prussiens de Kleist attaquent Markkleeberg, défendu par Poniatowski et Augereau ; le village change de mains à plusieurs reprises dans la journée. Au centre, les Russes et les Prussiens du prince Eugène de Wurtemberg enlèvent Wachau, où Napoléon commande en personne, mais doivent l'abandonner sous le feu de l'artillerie française, supérieure. À droite, Gortchakov et les Autrichiens de Klenau ne parviennent pas à prendre Liebertwolkwitz, que défendent Macdonald et Lauriston, et perdent le Kolmberg. Vers midi, la ligne coalisée est si éprouvée que Schwarzenberg doit envoyer à Barclay les réserves autrichiennes du prince de Hesse-Hombourg.

Napoléon attend pourtant pour lancer sa contre-attaque. Il compte sur le corps de Marmont, qu'il a appelé du nord ; mais Marmont est accroché à Möckern par l'armée de Silésie, arrivée plus tôt que prévu. Vers 14 heures, l'Empereur ordonne l'attaque générale avec les troupes dont il dispose. Drouot rassemble une grande batterie, que les sources évaluent de cent à cent cinquante pièces, et qui ravage les lignes russes. Macdonald tente de déborder la droite coalisée, mais il est repoussé, car les premiers renforts russes sont arrivés.

La grande charge de Murat

Mêlée de cavalerie dans la fumée : des cosaques en tunique rouge chargent sabre au clair, menés par un officier sur un cheval blanc
Carl Rechlin, La Charge des Cosaques de la Garde à Leipzig (1845). Au centre, sur un cheval blanc, leur chef Vassili Orlov-Denissov. Le tableau porte la date du 4 octobre 1813, selon le calendrier julien alors en usage en Russie, soit le 16 octobre. Domaine public, Wikimedia Commons.

Vers 15 heures, Murat lance dans la brèche ouverte par l'artillerie une masse de 8 000 à 10 000 cavaliers français, italiens et saxons. La charge crève le centre coalisé près de Wachau et pousse jusqu'aux abords de la hauteur où se tiennent les souverains alliés et Schwarzenberg. Mais Murat n'a pas prévu de réserve, et ses escadrons, lancés en colonnes massives, sont pris de flanc par de petites formations de cavalerie russe, prussienne et autrichienne, parmi lesquelles le régiment des Cosaques de la Garde du tsar. L'infanterie russe, formée en carrés, tient bon. Les cavaliers français refluent jusqu'à leur propre artillerie. Une attaque de l'infanterie de Lauriston sur Güldengossa échoue à son tour.

Au soir, les Français ont gagné du terrain au sud, mais la percée décisive n'a pas eu lieu. Napoléon n'a plus de troupes fraîches à engager, et la nuit met fin aux combats. Ce jour-là, pour sa conduite à la tête du 8e corps, le prince Poniatowski reçoit le bâton de maréchal d'Empire : c'est le seul étranger à obtenir cette dignité.

Connewitz et Dölitz, entre les rivières

Illustration en noir et blanc : des fantassins se ruent baïonnette en avant vers le portail d'un château, au milieu des morts et des blessés
Richard Knötel, les Polonais à l'assaut du château de Dölitz le 16 octobre 1813, illustration publiée en 1901 dans Die deutschen Befreiungskriege de Hermann Müller-Bohn. Domaine public, Wikimedia Commons.

Entre l'Elster et la Pleiße, l'attaque autrichienne tourne court. Parti de Gaschwitz à 8 heures, le corps de Merveldt ne peut déployer son artillerie sur ce terrain marécageux. À Connewitz, le premier pont a été détruit, le second barricadé, et les tirailleurs français postés dans les maisons de l'autre rive clouent les assaillants sur place. À la mi-journée, la plupart des 28 000 Autrichiens restent inactifs à l'ouest de la Pleiße, pendant que leurs camarades se battent durement à l'est. Merveldt lui-même s'avance par malchance jusqu'aux lignes saxonnes et polonaises, où il est blessé et fait prisonnier.

Plus au sud, à Dölitz, les Autrichiens enlèvent le manoir qui fait face au village, mais les Polonais contre-attaquent, et la lutte s'éternise de part et d'autre du bief du moulin. Vers 15 heures, les Autrichiens parviennent enfin à amener des canons, qui incendient le moulin tenu par les Polonais. Vers le soir, la situation devient critique pour les Français de ce secteur, jusqu'à l'arrivée du 3e corps de Souham, rappelé du nord, qui stabilise le front. À la nuit, Dölitz reste aux mains des Français.

Möckern, au nord

Carte ancienne du secteur nord de Leipzig, avec les villages de Möckern, Wiederitzsch et Breitenfeld et les positions des troupes
Plan de la bataille de Möckern, au nord de Leipzig, le 16 octobre 1813, publié en 1901 dans Die deutschen Befreiungskriege de Hermann Müller-Bohn. Domaine public, Wikimedia Commons.

Au nord, la journée tourne à l'avantage des coalisés. Sans attendre l'armée du Nord, Blücher marche sur Leipzig. Marmont, qui venait de recevoir l'ordre de se porter vers Wachau et avait déjà quitté une meilleure position plus au nord, décide d'attendre l'attaque à Möckern avec quelque 17 000 hommes. Le village, avec son château, ses jardins et ses murs percés de meurtrières, forme une véritable forteresse, et l'artillerie française occupe de bonnes positions sur les hauteurs à l'est.

Le corps prussien de Yorck, environ 20 000 hommes, ne peut attaquer que de front, car l'Elster couvre le flanc du village. Assaut après assaut, les Prussiens finissent par emporter Möckern en fin de journée ; les combats durent jusque dans la nuit. Les pertes sont terribles : quelque 7 000 hommes pour le seul corps de Yorck selon certains auteurs, 9 000 tués et blessés chez les coalisés et 7 000 chez les Français, plus 2 000 prisonniers, selon d'autres. Plus à l'est, à Wiederitzsch, la petite division polonaise de Dąbrowski résiste longtemps aux Russes de Langeron, qui finissent par prendre le village au prix de lourdes pertes. Ney, qui a fait marcher une partie de ses troupes au secours de Marmont avant de les renvoyer vers le sud, arrive trop tard pour peser à Wachau. À l'ouest, Bertrand repousse l'attaque de Gyulay sur Lindenau.

Le premier jour s'achève sur un résultat indécis. Les Français ont obtenu de petits succès à Wachau et à Lindenau, subi un échec à Möckern ; les coalisés ont perdu environ 20 000 à 30 000 hommes, les Français autour de 25 000. Mais le temps travaille contre Napoléon : il n'attend plus que les 14 000 hommes de Reynier, alors que Bernadotte et Bennigsen approchent avec quelque 145 000 hommes.

Le 17 octobre, un dimanche de répit

Le 17 octobre, un dimanche, les combats s'interrompent presque partout. Au nord seulement, les Russes de Sacken chassent de Gohlis les Polonais de Dąbrowski, et Blücher, élevé la veille au rang de feld-maréchal, pousse jusqu'aux portes de Leipzig. Les coalisés reçoivent les armées de Bennigsen et de Bernadotte et décident d'attaquer le lendemain matin. Au soir, selon une estimation, ils disposent de 306 000 hommes et d'environ 1 200 canons, contre 160 000 hommes et 630 canons pour Napoléon.

L'Empereur tente une ouverture politique. Il renvoie sur parole le général Merveldt, fait prisonnier la veille, porteur de propositions pour les souverains alliés : il offrirait de rendre les forteresses qu'il tient sur l'Oder et la Vistule si on le laissait se replier derrière la Saale, et d'ouvrir des négociations de paix. Les coalisés ne donnent pas suite. Napoléon resserre alors son dispositif en évacuant Wachau et Liebertwolkwitz, et fait reconnaître la route de Lindenau et de Weißenfels en vue d'une éventuelle retraite.

Le 18 octobre : l'assaut de toutes parts

Lithographie : Napoléon, en redingote, se tient près d'un feu au pied d'une charpente de moulin, entouré d'officiers à pied et à cheval
Napoléon près de Leipzig au matin du 18 octobre 1813, lithographie publiée en 1853 dans Sachsens neun denkwürdige Jahre de Franz Lubojatzky. British Library, domaine public, Wikimedia Commons.

Le 18 octobre, l'armée française forme un demi-cercle autour de Leipzig : Poniatowski tient la Pleiße de Connewitz à Dölitz, le centre forme un saillant à Probstheida, la gauche s'étend jusqu'à la Parthe et se replie au nord de la ville. Napoléon établit son poste de commandement près du moulin à tabac Quandt, sur une hauteur entre Stötteritz et Probstheida. Les trois souverains alliés et Schwarzenberg suivent la bataille depuis une autre hauteur, au sud-est, qu'on appellera plus tard le Monarchenhügel, la « colline des monarques ».

Les coalisés attaquent en six colonnes, avec leur effort principal à l'est de Leipzig. Les distances sont telles que leurs mouvements ne peuvent guère être coordonnés. Au sud, la colonne du prince de Hesse-Hombourg enlève un moment Dösen, Dölitz et Lößnig, où les Hongrois de Bianchi se distinguent, mais la Jeune et la Vieille Garde la rejettent. Pour soutenir ce secteur, Schwarzenberg y appelle le corps de Gyulay, dégarnissant ainsi l'ouest de Leipzig. De son côté, Bertrand finit par chasser les Autrichiens de Gyulay des abords de Lindenau : la route de la retraite est ouverte.

Probstheida, le cœur de la bataille

Peinture : des colonnes d'infanterie montent à l'assaut d'un village en flammes, dominé par une tour d'église en ruine
Ernst Wilhelm Straßberger, L'Assaut de Probstheida le 18 octobre 1813. Stadtgeschichtliches Museum Leipzig, domaine public, Wikimedia Commons.

Les combats les plus sanglants se livrent à Probstheida, village situé au sud-est de Leipzig et clé de la position française. Barclay y lance environ 60 000 hommes en deux colonnes, sous Kleist et Wittgenstein, sur l'insistance des souverains et malgré les réserves de Kleist. Les Français se sont retranchés derrière les hauts murs des jardins, appuyés par une artillerie nombreuse et de fortes réserves d'infanterie.

Les chasseurs prussiens tentent d'emporter le village d'un élan, puis les assauts se succèdent. L'artillerie de la Garde impériale prend peu à peu le dessus, les cuirassiers de Murat chargent les lignes prussiennes affaiblies, et seules les contre-charges de la cavalerie russe sauvent l'infanterie. Un troisième assaut, mené par les Russes du général Raïevski, prend pied dans les jardins, mais la Garde impériale, arrivée à temps, le rejette. Probstheida, défendu sous la direction personnelle de Napoléon, ne tombe pas. Plus à l'est, la colonne de Bennigsen, qui n'attaque que l'après-midi, prend Zuckelhausen et Holzhausen, mais échoue devant Stötteritz.

Schönefeld, Paunsdorf et les défections

Au nord-est, l'armée du Nord de Bernadotte, forte d'environ 95 000 hommes selon certaines sources, franchit la Parthe à Taucha, renforcée par le corps russe de Langeron, que lui prête Blücher. À Schönefeld, le 6e corps de Marmont défend le village avec acharnement, jusqu'à manquer de munitions ; le 3e corps vient le relever. Le village est pris et repris plusieurs fois et brûle entièrement, avant de rester aux Russes de Langeron.

À Paunsdorf, une compagnie britannique de fusées à la Congreve, rattachée à l'armée du Nord, tire sur le village et sème le désordre chez les défenseurs ; son chef, le capitaine Richard Bogue, est tué d'une balle à la tête. C'est dans ce secteur que se produit l'événement le plus commenté de la journée. Dès le matin, à Mockau, une brigade de cavalerie saxonne est passée aux Russes ; dans l'après-midi, près de Paunsdorf, une grande partie de l'infanterie saxonne du corps de Reynier change de camp à son tour, ainsi que des cavaliers wurtembergeois. Les chiffres avancés vont de 3 000 à plus de 5 000 Saxons. La portée militaire de cette défection est discutée : certains historiens la jugent faible, d'autres récits y voient une cause du recul de la ligne française à Paunsdorf. Elle frappe en tout cas les esprits, et l'on parlera longtemps en France de la « trahison » des Saxons.

Au soir du 18 octobre, les coalisés n'ont conquis que peu de terrain, mais les Français sont à bout. Leur artillerie n'aurait plus que 20 000 coups à tirer. Napoléon juge la bataille perdue.

La décision de la retraite

Selon une tradition locale, Napoléon aurait donné l'ordre de la retraite dans l'après-midi, au moulin à tabac, puis se serait endormi sur un siège de campagne avant de regagner Leipzig à la nuit. Pendant la nuit, le gros de l'armée évacue en silence Connewitz, Probstheida, Stötteritz et Reudnitz, traverse la ville et franchit l'Elster sur l'unique pont de pierre qui ouvre la chaussée de Lindenau, en direction de Weißenfels. De faibles arrière-gardes occupent les villages pour masquer le mouvement ; les murs des jardins et des cimetières proches de la porte de Grimma sont percés de meurtrières.

Une arrière-garde d'environ 30 000 hommes, avec notamment les corps de Macdonald, de Poniatowski et de Lauriston, doit tenir Leipzig assez longtemps pour permettre au reste de l'armée, à l'artillerie et aux bagages de passer. Les avant-postes coalisés ne s'aperçoivent pas de la retraite pendant la nuit.

Le 19 octobre : les combats dans Leipzig

Peinture : devant les remparts et les clochers d'une ville, des soldats se battent et des voitures se pressent vers une porte fortifiée
Ernst Wilhelm Straßberger, Combat devant la porte de Grimma, le 19 octobre 1813, avec à gauche l'église de l'université. Stadtgeschichtliches Museum Leipzig, domaine public, Wikimedia Commons.

Les coalisés ne découvrent l'évacuation qu'au matin du 19 octobre. Dans la matinée, ils lancent un assaut concentrique sur Leipzig. Les Russes s'emparent du faubourg de Halle, les Prussiens de Bülow du faubourg de Grimma, Bennigsen de la porte Saint-Pierre, au sud. Les Français se défendent maison par maison, derrière des barricades, pendant que les habitants se terrent. Les chasseurs suédois participent eux aussi à l'assaut final.

Le pont de l'Elster

Peinture : une foule de soldats, de cavaliers et de voitures se presse sur un pont de bois devant des maisons, au moment où une explosion projette des hommes dans la rivière
Ernst Wilhelm Straßberger, L'Explosion du pont de l'Elster, le 19 octobre 1813. Stadtgeschichtliches Museum Leipzig, domaine public, Wikimedia Commons.

La retraite se poursuit jusqu'au début de l'après-midi. Napoléon a ordonné de faire sauter le pont de l'Elster, près de la porte de Ranstädt, après le passage de l'armée, pour ralentir la poursuite. Il l'a lui-même franchi, selon le monument qui rappelle l'événement, une demi-heure plus tôt. Vers 13 heures, alors que le pont est encore encombré de troupes en retraite et que l'arrière-garde se bat toujours dans la ville, la charge explose. Selon le récit le plus répandu, le général Dulauloy, chargé de l'opération, l'aurait confiée au colonel Montfort, qui l'aurait laissée à un caporal ignorant du calendrier prévu ; celui-ci aurait mis le feu trop tôt. Les circonstances restent discutées, et les ordres donnés semblent avoir été contradictoires.

Des milliers d'hommes se retrouvent pris au piège sur la rive est. Beaucoup tentent de traverser à la nage l'Elster, grossie par les pluies, et se noient ; les autres sont capturés. Le maréchal Macdonald parvient à passer à la nage. Les généraux Lauriston et Reynier sont faits prisonniers. En début d'après-midi, Leipzig est entièrement aux mains des coalisés.

La mort de Poniatowski

Peinture : le prince Poniatowski, en uniforme rouge, lance son cheval vers une rivière, entouré de soldats, sous un arbre penché
Horace Vernet, La Mort du prince Poniatowski (1816). Domaine public, Wikimedia Commons.

Parmi ceux qui ne passent pas se trouve le maréchal Poniatowski, neveu du dernier roi de Pologne, dont le corps couvrait la retraite. Déjà blessé, il tente de franchir l'Elster à cheval pour ne pas être pris et se noie. Son corps n'est retrouvé que le 24 octobre ; ramené plus tard en Pologne, il repose aujourd'hui dans la cathédrale du Wawel, à Cracovie. En apprenant sa mort, Napoléon écrit à sa sœur que « la perte que nous avons faite est bien grande ». À Sainte-Hélène, il aurait dit de lui qu'il était « le vrai roi de Pologne ».

Le bilan

Peinture : des souverains et des officiers en grand uniforme se rencontrent sur un champ de bataille jonché de débris et de drapeaux, entourés de soldats
Johann Peter Krafft, L'Annonce de la victoire après la bataille de Leipzig (1839). Deutsches Historisches Museum, Berlin, domaine public, Wikimedia Commons.

Le nombre des victimes reste incertain, et les chiffres varient selon les sources. On estime le plus souvent qu'environ 90 000 hommes ont été tués ou blessés en quatre jours, et le total des pertes, prisonniers compris, dépasse les 100 000. Pour les Français, les évaluations tournent autour de 38 000 à 45 000 tués et blessés, auxquels s'ajoutent au moins 15 000 prisonniers valides, plus de 20 000 blessés et malades laissés dans les hôpitaux de Leipzig, et quelque 300 canons. Les coalisés auraient perdu environ 54 000 hommes, dont une vingtaine de milliers de Russes, 16 000 Prussiens et 14 000 Autrichiens tués ou blessés. Plusieurs généraux français sont tués, dont Poniatowski, et plusieurs dizaines faits prisonniers.

La ville est submergée de blessés et de malades, dont beaucoup meurent faute de soins et d'hygiène, et une épidémie de typhus emporte ensuite nombre de soldats et d'habitants. Les cadavres sont si nombreux que les habitants peinent à les enterrer ; certains sont encore visibles l'année suivante.

De Hanau au Rhin

Les coalisés, épuisés, ne poursuivent pas vigoureusement l'armée française, et Schwarzenberg refuse une poursuite par la cavalerie, ce que lui reprocheront plusieurs historiens. Napoléon regagne le Rhin avec les débris de son armée. Les 30 et 31 octobre, à Hanau, il se heurte aux Bavarois et aux Autrichiens du général Wrede, forts d'environ 40 000 hommes, qui veulent lui barrer la route, et passe en force. Mais il laisse derrière lui, enfermés dans les forteresses d'Allemagne et de Pologne, plus de 100 000 hommes et deux maréchaux de grande valeur, Davout à Hambourg et Gouvion-Saint-Cyr à Dresde.

L'Allemagne napoléonienne s'effondre. Le Wurtemberg rejoint les coalisés le 2 novembre, Bade le 20 novembre, puis Nassau et la Hesse ; la Confédération du Rhin disparaît. Le roi de Saxe, resté fidèle à Napoléon, est fait prisonnier et son royaume placé sous administration alliée. À son retour à Paris, l'Empereur aurait résumé la situation d'une formule : « Il y a un an, toute l'Europe marchait avec nous ; aujourd'hui, toute l'Europe marche contre nous. » Au début de 1814, les coalisés envahissent la France. Paris tombe le 31 mars, et Napoléon abdique le 6 avril.

La mémoire de la « bataille des Nations »

Immense monument de pierre en forme de tour massive, qui se reflète dans un long bassin bordé de pelouses
Le monument de la Bataille des Nations, à Leipzig, inauguré le 18 octobre 1913. Photo Fred Romero, 2015, CC BY 2.0, Wikimedia Commons.

Les Français parlaient à l'époque de la bataille de « Leipsick ». En Allemagne, le nom de Völkerschlacht, la « bataille des Peuples » ou « des Nations », apparaît dès le 22 octobre 1813 dans un article de l'écrivain Achim von Arnim, et il s'impose au moment du centenaire. Pendant des décennies, le 18 octobre est fêté dans les États allemands comme l'anniversaire d'une renaissance nationale.

Le champ de bataille, aujourd'hui en grande partie absorbé par la ville, est jalonné de monuments. Le premier grand mémorial, un obélisque de fonte, est élevé en 1847 sur le Monarchenhügel. Au Galgenberg, une pierre de 1852 marque le poste de commandement de Napoléon le 16 octobre ; elle porte une référence au livre de Job : « Tu viendras jusqu'ici, tu n'iras pas au-delà ». Le Napoleonstein est inauguré en 1857 à l'emplacement du moulin à tabac Quandt, et le monument de l'explosion du pont, en 1863. Entre 1861 et 1864, l'écrivain Theodor Apel fait poser à ses frais 44 bornes de grès qui signalent les positions des armées ; on en compte aujourd'hui 50, marquées d'un « N » pour les troupes napoléoniennes et d'un « V » pour les coalisés.

Bloc de granit rose portant le nom de Napoléon, surmonté d'une sculpture de chapeau, entouré d'une grille dans un parc
Le Napoleonstein, inauguré en 1857 à l'emplacement du moulin à tabac Quandt, où se tenait Napoléon le 18 octobre 1813. Photo Martin Geisler, 2010, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons.

Pour le centenaire, deux édifices sont inaugurés. La Russische Gedächtniskirche, église orthodoxe élevée à la mémoire d'environ 22 000 soldats russes tombés à Leipzig, est consacrée les 17 et 18 octobre 1913. Le 18 octobre 1913, en présence de l'empereur Guillaume II, est inauguré le monument de la Bataille des Nations, commencé en 1898 sur les plans de l'architecte Bruno Schmitz. Haut de 91 mètres, c'est l'un des plus grands monuments d'Europe ; sa crypte se veut le tombeau symbolique des combattants tombés dans la bataille. À quelques centaines de mètres de là, près du Napoleonstein, se dressait le moulin d'où Napoléon suivait les combats.

Obélisque noir sur un socle de pierres, dans une pelouse bordée d'arbres
L'obélisque du Monarchenhügel, élevé en 1847 à l'endroit d'où les souverains alliés suivirent la bataille le 18 octobre 1813. Photo Giorno2, 2021, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons.

Au sud de la ville, le Torhaus de Dölitz, pavillon d'entrée du château disputé en 1813, est le dernier bâtiment encore debout à avoir joué un rôle important dans la bataille ; il abrite un musée de figurines d'étain. Pour le bicentenaire, en octobre 2013, une reconstitution réunit quelque 6 000 participants venus de 28 pays devant environ 35 000 spectateurs.

Monument de pierre à plusieurs degrés surmonté d'une boule de fonte, entouré d'une grille, devant un grand immeuble clair
Le monument de l'explosion du pont, inauguré le 19 octobre 1863 au bord de l'Elstermühlgraben ; la ville avait exigé qu'il ne porte aucune inscription hostile au peuple français. Photo Ajepbah, 2012, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons.

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