Bataille Défaite française

Trafalgar

21 octobre 1805 · Au large du cap Trafalgar (Andalousie, Espagne)

La bataille de Trafalgar, livrée le 21 octobre 1805 au large du cap du même nom, en Andalousie, oppose la flotte franco-espagnole du vice-amiral Villeneuve à la flotte britannique de Nelson. Attaquant sur deux colonnes perpendiculaires une ligne plus nombreuse mais mal entraînée, Nelson la coupe en trois et la détruit en quelques heures : dix-huit vaisseaux franco-espagnols sont pris ou détruits, aucun britannique n’est perdu. Nelson y est mortellement blessé par un tireur du Redoutable, et la tempête des jours suivants achève le désastre. Livrée le lendemain de la capitulation d’Ulm, alors que Napoléon a déjà renoncé à envahir l’Angleterre, la bataille ne change rien à la guerre sur le continent, mais assure pour dix ans la maîtrise des mers à la Royal Navy.

Forces en présence

Issue : Victoire navale britannique décisive

Drapeau tricolore (1794)Pavillon rouge et jaune de 1785

France · Espagne

  • Villeneuve
  • Gravina
  • Dumanoir
  • Álava

33 vaisseaux de ligne (18 français, 15 espagnols), environ 2 600 canons et près de 30 000 hommes

Pertes : 18 vaisseaux pris ou détruits le 21 octobre ; de 2 458 à plus de 4 000 morts selon les décomptes, plusieurs milliers de prisonniers

Union Flag du Royaume-Uni (1801)

Royaume-Uni

  • Nelson
  • Collingwood

27 vaisseaux de ligne, environ 2 150 canons et 17 000 hommes

Pertes : Aucun vaisseau perdu ; 458 morts, dont Nelson, et 1 208 blessés

Drapeaux : FDRMRZUSA, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

Coordonnées de la bataille

Trafalgar

Coordonnées 36,2500° N · 6,2000° O

Autres batailles Ouvrir dans OpenStreetMap
Le site aujourd’hui — Cap Trafalgar

Carte tactique interactive

Suivez le déroulement heure par heure — survolez ou touchez une unité pour ses détails.

19-20 oct.Départ

La flotte combinée quitte Cadix

Apprenant que Rosily arrive pour le remplacer, Villeneuve décide de sortir. Le 19 octobre, la frégate Sirius voit les premiers vaisseaux quitter la rade ; le calme ralentit la sortie, et la flotte n’est tout entière en mer que le 20. Elle fait route vers le détroit de Gibraltar. Nelson, qui tenait le gros de ses forces hors de vue au large, se lance à sa suite.

Le soir du 20, l’Achille aperçoit une force britannique qui suit la flotte combinée.
Armées
FrançaisEspagnolsBritanniques
Types
▲Vaisseaux

Positions schématiques : on ne connaît qu’approximativement l’emplacement des navires en mer. Le lieu du combat et la position britannique à l’aube sont ceux des sources ; l’ordre de la ligne franco-espagnole suit les ordres de bataille publiés et les points où les colonnes britanniques la percèrent. Les horaires, qui divergent parfois d’un quart d’heure selon les récits, sont indicatifs.

Récit de la bataille

Boulogne, ou le rêve d'invasion

En 1805, l'Empire français domine le continent, mais la Royal Navy tient les mers. Depuis la rupture de la paix d'Amiens en 1803, Napoléon a rassemblé autour de Boulogne une armée et une flottille destinées à franchir la Manche. Il lui manque l'essentiel : la maîtrise du détroit, fût-ce quelques jours, pour faire passer ses barges. Or les escadres françaises sont bloquées dans leurs ports, à Brest et à Toulon, par des escadres britanniques qui croisent au large.

La France dispose pourtant d'un allié naval : l'Espagne, dont les vaisseaux sont basés à Cadix et à Ferrol. Mais l'écart de qualité est profond. Une partie des meilleurs officiers de la marine française ont été exécutés ou ont quitté le service pendant la Révolution, et les équipages, maintenus au port par le blocus, manquent d'entraînement à la mer.

Le grand plan de 1805

Le plan de Napoléon est ambitieux. Les escadres de Toulon et de Cadix doivent forcer le blocus, se réunir aux Antilles pour y attirer les Britanniques, puis revenir en Europe, dégager la flotte de Brest et balayer ensemble la Manche. Réunie à la flotte de Ganteaume à Brest et à l'escadre d'Allemand, la force de Villeneuve aurait compté 59 vaisseaux de ligne.

Le vice-amiral Pierre-Charles de Villeneuve commande l'escadre de Toulon depuis la mort de Latouche-Tréville. Il réussit la première partie : profitant de ce que les Britanniques ont été écartés par le mauvais temps, il sort de Toulon, franchit le détroit de Gibraltar, rallie les Espagnols à Cadix et traverse l'Atlantique. Nelson, qui croit d'abord à une expédition vers l'Égypte, se lance à sa poursuite et le manque de quelques jours aux Antilles.

Portrait gravé en médaillon ovale : profil d'un officier en perruque poudrée et habit à col montant
Le vice-amiral Pierre-Charles de Villeneuve, commandant de la flotte combinée à Trafalgar. Portrait gravé, domaine public, Wikimedia Commons.

Finisterre, Ferrol, Cadix

Au retour, Villeneuve se heurte au large du cap Finisterre à l'escadre du vice-amiral Calder, le 22 juillet 1805. Le combat reste indécis, mais deux vaisseaux espagnols sont pris, et Villeneuve se réfugie à Ferrol. Il y reçoit l'ordre de gagner Brest. Craignant d'être guetté par les Britanniques, il met le cap au sud le 11 août et gagne Cadix, où il entre le 20 août.

La décision est lourde de conséquences. Le 25 août, faute de flotte, les corps de l'armée d'invasion lèvent le camp de Boulogne et marchent vers l'Allemagne, où ils vont affronter l'Autriche et la Russie. La menace d'invasion est levée avant même la bataille de Trafalgar.

Nelson devant Cadix

Rentré en Angleterre après deux ans de service en mer, le vice-amiral Horatio Nelson ne reste que vingt-cinq jours à terre. Il repart le 15 septembre à bord du Victory et prend, le 28 septembre, le commandement de la flotte qui bloque Cadix. Pour attirer l'ennemi au large, il tient le gros de ses vaisseaux hors de vue, à quelque 80 kilomètres des côtes, et laisse les frégates du capitaine Blackwood surveiller le port.

Sa flotte s'affaiblit pourtant avant la bataille : le 2 octobre, cinq vaisseaux partent se ravitailler à Gibraltar sous le contre-amiral Louis, puis sont détournés vers l'escorte d'un convoi ; Calder, rappelé pour passer en cour martiale après Finisterre, rentre avec son vaisseau amiral. D'autres navires arrivent, et le 15 octobre la flotte a retrouvé toute sa force.

Portrait d'un officier de marine aux cheveux poudrés, en uniforme bleu à épaulettes d'or, décorations sur la poitrine
Lemuel Francis Abbott, portrait de Horatio Nelson, 1798. Royal Museums Greenwich, domaine public, Wikimedia Commons.

« Des combats d'extermination » : les ordres de Napoléon

Napoléon, exaspéré par les résultats de la campagne, a perdu toute confiance en Villeneuve. Le 1er septembre, de Boulogne, il fait écrire par son ministre Decrès que l'Empereur veut éteindre « cet esprit de circonspection » reproché à sa marine, qu'il compte pour rien la perte de ses vaisseaux s'il les perd avec gloire, et qu'il attend de ses amiraux des « combats d'extermination ». À la mi-septembre, de nouvelles instructions ordonnent à la flotte combinée de sortir de Cadix, de rallier les vaisseaux espagnols de Carthagène et de débarquer des troupes à Naples. Napoléon désigne en même temps le vice-amiral Rosily pour remplacer Villeneuve.

À Cadix, les équipages manquent de plus de 2 000 marins, et les officiers redoutent la sortie. Au début d'octobre, un conseil de guerre réunit les commandants français et espagnols : unanimes pour sortir, ils jugent pourtant nécessaire d'attendre une occasion favorable. Les témoignages sur d'éventuels éclats entre officiers espagnols et français lors de ce conseil ne sont pas confirmés par toutes les sources.

La sortie des 19 et 20 octobre

Le 18 octobre, Villeneuve apprend que Rosily est arrivé à Madrid pour prendre sa place. Plutôt que d'être remplacé au port, il décide de sortir, sachant par ailleurs que plusieurs vaisseaux britanniques sont partis vers Gibraltar. Le 19 octobre au matin, la frégate britannique Sirius voit les premiers navires quitter la rade et prévient Nelson.

Le calme qui succède à une semaine de coups de vent ralentit la sortie : la flotte combinée, mal entraînée, ne se trouve tout entière en mer que le 20 octobre. Elle fait route vers le détroit de Gibraltar, d'abord sur trois colonnes, puis en une seule ligne. Le soir, l'Achille aperçoit une force britannique qui la suit.

Deux flottes face à face

Nelson aligne 27 vaisseaux de ligne, dont trois de 100 canons comme le Victory, portant quelque 2 150 canons et 17 000 hommes. Villeneuve en commande 33 — 18 français et 15 espagnols —, avec environ 2 600 canons et près de 30 000 hommes, marins et soldats. La flotte combinée compte les plus grands navires présents, dont le Santísima Trinidad espagnol, un géant de 130 canons, et deux vaisseaux de 112 canons, le Príncipe de Asturias et le Santa Ana.

La supériorité numérique ne compense pas l'écart de qualité. Les équipages britanniques, qui tiennent la mer depuis des mois, sont aguerris et tirent vite ; ceux de la flotte combinée comptent peu de marins expérimentés. Côté espagnol, Antonio de Escaño avait prévenu, dans un rapport sur l'escadre, qu'elle ferait « porter le deuil à la nation » en cas de combat. Le lieutenant général Federico Gravina commande les Espagnols, sous les ordres de Villeneuve.

Portrait d'un officier de marine en habit bleu à revers rouges et broderies d'or, portant l'écharpe bleue et blanche d'un ordre
Federico Gravina, commandant de l'escadre espagnole à Trafalgar, par un peintre anonyme. Museo Naval, Madrid, domaine public, Wikimedia Commons.

Le plan de Nelson

L'usage voulait que deux flottes se rangent en lignes parallèles et se canonnent bord contre bord, ce qui produisait souvent des combats indécis. Nelson veut au contraire une mêlée. Face à une ligne plus nombreuse, il l'attaquera sur deux colonnes, perpendiculairement : l'une vers le centre, l'autre vers l'arrière, afin de la couper en trois, d'écraser le centre et l'arrière avant que l'avant-garde ait pu faire demi-tour, et de s'emparer du vaisseau amiral. Pour gagner du temps, l'ordre de marche sera l'ordre de combat. Il laisse une large initiative à ses capitaines : aucun, écrit-il dans son mémorandum, ne peut beaucoup se tromper en plaçant son vaisseau bord à bord avec un vaisseau ennemi.

Le plan comporte un risque : pendant l'approche, les navires de tête recevront le feu de la ligne ennemie sans pouvoir y répondre. Nelson fait donc porter toute la toile disponible et compte sur la médiocrité du tir adverse. Villeneuve avait prévu cette manœuvre, annonçant dans ses instructions que l'ennemi chercherait à traverser sa ligne et à envelopper son arrière-garde ; mais il n'a rien préparé pour la contrer et conserve une ligne unique, de peur que ses officiers ne sachent pas manœuvrer en plusieurs groupes.

Estampe en couleurs : deux colonnes de vaisseaux britanniques s'avancent perpendiculairement vers une longue ligne ennemie courbée en croissant
Robert Dodd, Plan of the Attack by Lord Nelson, on the Combined Fleet, October 21st 1805 : les deux colonnes britanniques abordent le croissant formé par la flotte combinée. Domaine public, Wikimedia Commons.

Le matin du 21 octobre

À 5 h 40, la flotte britannique se trouve à environ 34 kilomètres au nord-ouest du cap Trafalgar, la flotte combinée entre elle et la côte. Vers 6 heures, Nelson donne l'ordre de se préparer au combat. Dans son journal, il écrit une prière demandant pour son pays « une grande et glorieuse victoire », et que l'humanité après la victoire soit le trait dominant de la flotte britannique.

Vers 8 heures, Villeneuve ordonne à sa flotte de virer de bord tous ensemble pour revenir vers Cadix. La manœuvre inverse l'ordre de la ligne : l'arrière-garde du contre-amiral Dumanoir se retrouve en tête. Le vent est faible et changeant ; il faut près d'une heure et demie pour exécuter l'ordre, et la flotte combinée forme désormais un croissant irrégulier, long de près de huit kilomètres, plein de trous. Selon un récit espagnol, le capitaine Churruca, lisant les signaux à la longue-vue, aurait lancé que l'amiral ne savait pas ce qu'il faisait et que la flotte était perdue.

Phare blanc sur un promontoire de rochers ocre, à côté d'une tour en ruine, sous un ciel bleu
Le cap Trafalgar aujourd'hui, avec son phare et une tour ancienne en ruine. La bataille se livra au large, à l'ouest et au nord-ouest du cap. Photo Maesi64, 2019, CC0, Wikimedia Commons.

« England expects… »

Vers 11 h 45, Nelson fait envoyer à sa flotte le signal resté célèbre : « L'Angleterre attend de chaque homme qu'il fasse son devoir ». L'officier chargé des signaux, John Pasco, a raconté que Nelson voulait d'abord écrire « England confides », « l'Angleterre a confiance » ; il proposa « expects », qui figurait dans le code des signaux, alors que « confides » aurait dû être épelé lettre à lettre. Nelson approuva : il avait encore à faire hisser le signal du combat rapproché.

À l'époque, « England » désignait couramment tout le Royaume-Uni : la flotte comptait de nombreux marins irlandais, écossais et gallois. Les deux colonnes s'avancent alors, très lentement faute de vent : Nelson sur le Victory en tête de la colonne du nord, au vent ; le vice-amiral Cuthbert Collingwood sur le Royal Sovereign en tête de celle du sud, sous le vent.

Midi : le Royal Sovereign perce la ligne

À midi, Villeneuve fait le signal d'engager le combat, et le Fougueux tire le premier coup sur le Royal Sovereign. Récemment caréné, le vaisseau de Collingwood a distancé le reste de sa colonne. Sous le feu du Fougueux, de l'Indomptable, du San Justo et du San Leandro, il perce la ligne juste derrière le Santa Ana, vaisseau amiral du vice-amiral espagnol Álava, et lui envoie dans la poupe une bordée dévastatrice. « Voyez comme ce brave Collingwood mène son vaisseau au combat ! » se serait exclamé Nelson ; au même moment, Collingwood aurait demandé à son capitaine ce que Nelson donnerait pour être là.

Pendant un quart d'heure, le Royal Sovereign se bat seul. Le Belleisle, qui le suit, est pris à partie par l'Aigle, l'Achille, le Neptune et le Fougueux, entièrement démâté et hors d'état de manœuvrer ; il garde pourtant son pavillon pendant trois quarts d'heure, jusqu'à l'arrivée des navires suivants.

Le Victory coupe la ligne

Pendant une quarantaine de minutes, le Victory avance sous le feu du Héros, du Santísima Trinidad, du Redoutable et du Neptune sans pouvoir répondre ; sa roue de gouvernail est emportée et il faut le gouverner depuis la barre, sous les ponts. Vers 12 h 30 ou 12 h 45 selon les sources, il coupe la ligne entre le Bucentaure, vaisseau amiral de Villeneuve, et le Redoutable. Passant tout près de la poupe du Bucentaure, il lui envoie une bordée d'enfilade, canons chargés de deux ou trois boulets et caronades de mitraille : elle aurait tué ou blessé de 200 à 400 hommes sur un équipage de 800 et mis le vaisseau amiral français hors de combat.

Laissant le Bucentaure aux vaisseaux suivants de sa colonne — le Temeraire, le Conqueror et le Neptune britannique —, le Victory se heurte au Redoutable, commandé par le capitaine de vaisseau Jean-Jacques Lucas.

Aquarelle aux tons chauds : une ligne de grands voiliers de guerre dans la fumée, l'un d'eux traversant la ligne ennemie
Nicholas Pocock, La bataille de Trafalgar : le Victory coupe la ligne française, 1810. Royal Museums Greenwich, domaine public, Wikimedia Commons.

Le Redoutable contre le Victory

Les deux navires s'accrochent, mâture contre mâture. L'équipage de Lucas, renforcé d'un fort détachement d'infanterie, se prépare à l'abordage. Selon son rapport, le feu de ses tireurs fait taire en moins d'un quart d'heure celui des gaillards du Victory. Une balle tirée de la hune d'artimon du Redoutable atteint Nelson à l'épaule gauche, traverse la colonne vertébrale et se loge dans le dos. « Ils ont fini par réussir, je suis mort », aurait-il dit. On le descend sous les ponts.

Les Français s'apprêtent à passer à l'abordage quand le Temeraire, deuxième vaisseau de la colonne, arrive par le bord opposé et balaie à la caronade le pont du Redoutable, où se massaient les équipes d'abordage. C'est un carnage. Vers 14 heures — 13 h 55 selon plusieurs sources —, le Redoutable, désemparé, avec son capitaine grièvement blessé et plus des quatre cinquièmes de ses 643 hommes hors de combat, amène son pavillon.

Combat naval : un vaisseau français aux voiles déchirées, pris entre deux vaisseaux britanniques qui le canonnent dans la fumée
Louis-Philippe Crépin, scène de la bataille de Trafalgar, 1807. Domaine public, Wikimedia Commons.
Sur le pont encombré d'un vaisseau, au milieu des marins et des soldats, un officier s'effondre, soutenu par des hommes, pendant que le combat continue dans la mâture
Denis Dighton, La Chute de Nelson, bataille de Trafalgar, 21 octobre 1805. Royal Museums Greenwich, domaine public, Wikimedia Commons.

La mêlée

Comme Nelson l'avait voulu, la bataille se défait en combats de vaisseau à vaisseau, où l'entraînement britannique fait la différence. Le Bucentaure, isolé et criblé, se rend ; Villeneuve est fait prisonnier. Le Santa Ana amène son pavillon vers 14 h 15. Le Santísima Trinidad, entouré par plusieurs vaisseaux britanniques, se rend à son tour, vers 14 h 35 selon une source, après trois heures de combat selon une autre.

À l'arrière de la ligne, les Espagnols se battent avec acharnement. Le brigadier Cosme Damián Churruca, commandant du San Juan Nepomuceno, et Dionisio Alcalá Galiano, commandant du Bahama, sont tués après avoir ordonné de ne pas se rendre ; Francisco Alsedo y Bustamante meurt également. Gravina est grièvement blessé.

Un énorme vaisseau espagnol démâté roule dans une mer agitée, entouré d'autres navires sous un ciel chargé
Richard Ball Spencer, Le Santísima Trinidad démâté à la bataille de Trafalgar, XIXe siècle, huile sur toile. Domaine public, Wikimedia Commons.
Sur le pont d'un vaisseau dévasté, des marins entourent un officier mortellement blessé, dans la fumée et les débris de la mâture
Eugenio Álvarez Dumont, La Mort de Churruca, huile sur toile, 3 × 6,3 m. Museo del Prado (dépôt à La Laguna), domaine public, Wikimedia Commons.

L'avant-garde de Dumanoir

En tête de la ligne depuis le virement de bord du matin, l'avant-garde du contre-amiral Dumanoir est restée longtemps hors du combat. Le vent tombé, il doit faire remorquer ses navires par des canots et n'arrive qu'à 14 h 30, trop tard pour peser. Il tente en vain d'isoler deux vaisseaux britanniques, le Spartiate et le Minotaur, puis, la bataille perdue, s'éloigne avec quatre vaisseaux français : le Formidable, le Scipion, le Duguay-Trouin et le Mont-Blanc. Ils seront pris le 4 novembre 1805 au large du cap Ortegal par l'escadre de Sir Richard Strachan.

Seuls l'Intrépide et le San Agustín reviennent vers le combat par le nord. Aussitôt pris sous le feu de plusieurs vaisseaux britanniques, ils se rendent après une heure de lutte.

La mort de Nelson

Dans l'entrepont du Victory, Nelson agonise pendant trois heures. Le chirurgien William Beatty l'entend murmurer « Dieu merci, j'ai fait mon devoir » ; son chapelain, Alexander Scott, rapporte comme derniers mots « Dieu et mon pays ». Il meurt vers 16 h 30. Avant de mourir, pressentant la tempête, il a ordonné à la flotte de mouiller.

Au même moment, Gravina signale aux navires encore capables de manœuvrer de se regrouper et de se retirer vers Cadix. Le Neptuno espagnol est le dernier à amener son pavillon, vers 17 h 15. Un quart d'heure plus tard, l'Achille français, en flammes, explose.

Dans la pénombre d'un entrepont, un homme blessé à la chemise blanche est étendu, soutenu et veillé par un groupe d'officiers et de marins
Arthur William Devis, La Mort de Nelson, 21 octobre 1805, 1807, huile sur toile, 1,96 × 2,62 m. Royal Museums Greenwich, domaine public, Wikimedia Commons.

La tempête

Dans la nuit se lève la tempête que Nelson avait prévue. Beaucoup de navires, gravement endommagés, sombrent ou s'échouent sur les hauts-fonds de la côte andalouse. Des prises sont reprises, parfois par les prisonniers eux-mêmes : sur l'Algésiras, 270 marins français gardés par 50 Britanniques se libèrent et ramènent le navire à Cadix ; l'équipage du Bucentaure reprend lui aussi son vaisseau, qui se brise ensuite sur les récifs.

Le 23 octobre, le capitaine Cosmao-Kerjulien sort de Cadix avec le Pluton, quelques vaisseaux français et espagnols et des frégates. Il reprend le Santa Ana et le Neptuno, mais la tempête lui coûte davantage : l'Indomptable se perd devant Rota avec 1 200 hommes à bord, dont une centaine seulement sont sauvés ; le Rayo, le San Francisco de Asís et le Neptuno sont perdus à leur tour. Les Britanniques, contraints d'abandonner leurs réparations, sabordent ou incendient les prises les plus abîmées, dont le Santísima Trinidad. Seules quatre prises atteindront l'Angleterre. « J'aimerais mieux livrer une autre bataille que de revivre une semaine comme celle qui l'a suivie », écrira Collingwood. Le 27 octobre, il propose de libérer ses prisonniers espagnols blessés ; le gouverneur de Cadix et Gravina libèrent en échange leurs prisonniers britanniques, et les Français se joignent à l'accord.

Vaisseaux désemparés, certains démâtés, luttant contre une mer déchaînée sous un ciel d'orage
Richard Ball Spencer d'après William John Huggins, La Tempête après la bataille de Trafalgar, XIXe siècle, huile sur toile. Domaine public, Wikimedia Commons.

Le bilan

La flotte combinée a perdu dix-huit vaisseaux le 21 octobre, dont dix-sept pris et un détruit ; les Britanniques n'en ont perdu aucun. Après la tempête et la sortie de Cosmao, une dizaine seulement de vaisseaux alliés se retrouvent à Cadix, et Rosily, à son arrivée, n'y trouve que cinq vaisseaux français.

Les pertes humaines varient selon les sources. Selon un premier décompte, la flotte combinée compte 2 458 morts et 2 781 blessés, les Britanniques 458 morts et 1 208 blessés. D'autres décomptes donnent pour la marine française 3 373 morts au combat ou noyés ensuite, 1 155 blessés et environ 4 000 prisonniers, et pour l'Espagne 1 022 morts, 1 386 blessés et 3 000 à 4 000 prisonniers. Plus de la moitié des morts et blessés espagnols venaient de Ferrol et de ses environs.

Une victoire loin de la guerre continentale

Trafalgar se livre au lendemain de la capitulation d'Ulm, et Napoléon n'apprend la défaite que des semaines plus tard. Il tient la presse et garde la défaite secrète pendant plus d'un mois. Sur le continent, la bataille ne change rien : le 2 décembre, Austerlitz fait sortir l'Autriche de la guerre. Napoléon avait d'ailleurs renoncé à l'invasion avant Trafalgar, et ne la reprendra jamais.

Sur mer, en revanche, la leçon est définitive : la Royal Navy ne sera plus sérieusement défiée par une flotte française dans une grande bataille. Napoléon relance la construction navale, au point de disposer de quelque 80 vaisseaux de ligne en 1814, mais ils ne sortiront pas ; il cherche ailleurs l'arme contre l'Angleterre et la trouve dans le Blocus continental. Le français en a gardé l'expression « coup de Trafalgar », pour désigner un désastre soudain.

Villeneuve, prisonnier, assiste aux funérailles de Nelson. Libéré sur parole, il débarque à Morlaix en avril 1806 et s'arrête à Rennes ; le 22 avril, il est trouvé mort dans sa chambre d'auberge, frappé de six coups de lame dans la région du cœur. On conclut au suicide, une thèse qui a été contestée. Gravina, lui, meurt de ses blessures à Cadix au printemps 1806 ; il repose au Panthéon des marins illustres de San Fernando.

Nelson, héros national

Le corps de Nelson rentre en Angleterre conservé dans un tonneau d'eau-de-vie. Il reçoit des funérailles nationales et repose dans la cathédrale Saint-Paul de Londres. Des monuments s'élèvent très vite, à Glasgow, à Dublin, à Édimbourg ou à Montréal. À Londres, Trafalgar Square porte le nom de la victoire ; la colonne de Nelson, dessinée par William Railton, y est élevée entre 1840 et 1843. Les bas-reliefs de bronze de son piédestal, dont l'un représente la mort de Nelson, ont été fondus avec des canons pris aux Français ; les quatre lions de Landseer ont été ajoutés en 1867.

Le Victory est conservé en cale sèche à Portsmouth depuis 1922 ; il est depuis 2012 le navire amiral du First Sea Lord. En 2005, pour le bicentenaire, des navires britanniques, espagnols et français ont manœuvré ensemble, le 21 octobre, au large du cap Trafalgar, en présence de descendants des combattants.

Place au crépuscule sous un ciel rose et violet : une haute colonne se détache, entourée de réverbères et d'une statue équestre
Trafalgar Square et la colonne de Nelson, à Londres. Photo Andreas Tille, 2001, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons.
Poupe incurvée d'un vaisseau ancien peinte en noir et ocre, avec ses fenêtres de galerie et le nom VICTORY en lettres dorées
La poupe du Victory, conservé à l'arsenal historique de Portsmouth. Photo mattbuck, 2013, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons.

Turner, Galdós, Pérez-Reverte

La bataille a inspiré une abondante production artistique. Joseph Mallord William Turner peint entre 1822 et 1824 une vaste Bataille de Trafalgar de 2,6 sur 3,7 mètres, aujourd'hui au National Maritime Museum de Greenwich, où un grand trois-ponts domine un chaos de voiles, de fumée et de naufragés.

En Espagne, Trafalgar est aussi un lieu de mémoire littéraire. En 1873, Benito Pérez Galdós ouvre ses Episodios nacionales avec Trafalgar, où un garçon de quatorze ans, Gabriel de Araceli, vit la bataille comme domestique d'un vieil officier de marine. Plus récemment, Arturo Pérez-Reverte a publié Cabo Trafalgar (2004). Au Royaume-Uni, le 21 octobre est resté le Trafalgar Day.

Grande toile lumineuse : un trois-ponts aux voiles gonflées au centre, entouré de mâtures brisées, de fumée et de naufragés agrippés aux débris
Joseph Mallord William Turner, La Bataille de Trafalgar, 1822-1824, huile sur toile, 2,6 × 3,7 m. Royal Museums Greenwich, domaine public, Wikimedia Commons.

Pour aller plus loin

Livres recommandés pour approfondir (liens affiliés)

Voir toute la boutique →

En tant que partenaire Amazon, ce site réalise un bénéfice sur les achats éligibles.

Soutenir l’encyclopédie

Empire Napoléon est un projet indépendant. Votre aide contribue à enrichir les contenus et à maintenir le site.

Faire un don

En savoir plus sur le projet

Paiement sécurisé sur la plateforme de votre choix.