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La campagne d'Autriche (1809)

D'Abensberg à Wagram, de la première défaite de Napoléon à Essling à la paix de Schönbrunn : comment l'Autriche a repris les armes en 1809, pourquoi elle a perdu, et ce que cette victoire a coûté à l'Empire.

Pourquoi l'Autriche reprend les armes

Quatre ans après Austerlitz, Vienne n'a rien oublié. La paix de Presbourg, signée le 26 décembre 1805, a coûté à la monarchie le Tyrol et le Vorarlberg, donnés à la Bavière, ainsi que la Vénétie, l'Istrie et la Dalmatie, rattachées au royaume d'Italie. En août 1806, François II a renoncé à la couronne du Saint-Empire, que Napoléon avait vidée de sa substance en créant la Confédération du Rhin, et il n'est plus qu'empereur d'Autriche sous le nom de François Iᵉʳ. Pour une dynastie qui régnait sur l'Allemagne depuis des siècles, l'humiliation est profonde.

L'Autriche a pourtant mis ces années à profit. L'archiduc Charles, frère de l'empereur, a réorganisé l'armée : l'infanterie est regroupée en corps d'armée sur le modèle français, l'artillerie est renforcée et une milice, la Landwehr, est créée en 1808 pour fournir des réserves. Charles lui-même doute que l'outil soit prêt. Le ministre des Affaires étrangères, le comte Stadion, pense au contraire que l'occasion ne reviendra pas.

Elle se présente en effet à partir de l'été 1808. La capitulation de Bailén a montré que les armées impériales pouvaient être battues, et la guerre d'Espagne retient en Péninsule des troupes et l'Empereur lui-même. À Erfurt, en octobre, Alexandre Iᵉʳ s'est montré plus réservé que Napoléon ne l'espérait. L'Angleterre promet des subsides. Vienne compte aussi sur un sursaut allemand : l'appel à la « nation allemande » lancé au début de la campagne montre qu'elle veut faire de cette guerre autre chose qu'une revanche dynastique. Au début de 1809, la décision est prise, et Napoléon, qui quitte l'Espagne à la mi-janvier pour regagner Paris, sait déjà qu'il lui faudra faire face à l'Autriche.

Le 10 avril 1809, sans déclaration de guerre, l'armée de l'archiduc franchit l'Inn et pénètre en Bavière, alliée de la France. C'est ce que les historiens appellent la guerre de la Cinquième Coalition, quoique la coalition se réduise, sur le continent, à l'Autriche seule.

Cinq jours en Bavière

La campagne commence mal pour les Français. Napoléon est à Paris et a confié la direction des opérations à Berthier, excellent chef d'état-major mais piètre commandant en chef. Le maréchal disperse ses corps sur un large front, entre Ratisbonne et Augsbourg, et laisse Davout isolé. Les contingents allemands, bavarois et wurtembergeois en tête, forment une bonne part de l'armée, et beaucoup de ses soldats français sont de jeunes conscrits. L'Empereur arrive à Donauwörth le 17 avril et rétablit la situation en quelques jours.

Le 20 avril, à Abensberg, il attaque le centre autrichien avec les Bavarois et les Wurtembergeois et coupe l'armée de Charles en deux. Le lendemain, Lannes prend Landshut. Napoléon croit alors que l'essentiel de l'ennemi fuit vers l'Isar et y envoie le gros de ses forces, ne laissant face au nord que Davout et un corps bavarois, environ 36 000 hommes. Or l'archiduc, qui a pris Ratisbonne et son pont sur le Danube, ramène ses corps sur la rive sud et marche sur Davout. Informé le matin du 22, Napoléon retourne son armée. Lannes parcourt près de trente kilomètres dans la matinée, les Wurtembergeois emportent Eckmühl au troisième assaut, Davout attaque dans les bois voisins, et l'archiduc, voyant le piège se refermer, abandonne le terrain.

Aquarelle : vue plongeante sur une vaste plaine où s'affrontent de longues lignes de troupes dans la fumée, un village et son clocher à gauche, des collines à l'horizon et, au premier plan à droite, des fantassins qui gravissent une pente
Giuseppe Pietro Bagetti, La Bataille d'Eckmühl, le 22 avril 1809, à six heures du soir, aquarelle. Domaine public, Wikimedia Commons.

Le 23, Napoléon donne l'assaut à Ratisbonne, où Lannes mène l'attaque contre les remparts et où l'Empereur lui-même est légèrement blessé au pied. La ville est prise, mais l'armée autrichienne a eu le temps de passer le Danube et de se mettre à l'abri en Bohême. Les Autrichiens ont perdu en avril plus de 30 000 hommes, mais ils ne sont pas détruits. Napoléon aurait jugé plus tard que ces manœuvres comptaient parmi les plus belles de sa carrière ; le résultat, lui, restait incomplet.

Vienne, le Danube et Essling

Le chemin de Vienne est désormais ouvert. Napoléon arrive devant la capitale le 10 mai ; elle est bombardée, capitule le 12, et les troupes françaises y entrent le 13. Il s'installe à Schönbrunn, où il avait déjà logé en 1805. Les Viennois ont été épargnés par un siège long, mais l'essentiel est ailleurs : l'archiduc Charles s'est replié sur la rive gauche du Danube, au nord-est de la ville, et a fait sauter les ponts. Tant que son armée n'est pas détruite, la capitale ne vaut pas une victoire.

Pour la rejoindre, Napoléon choisit de passer le fleuve en aval de Vienne, en s'appuyant sur l'île Lobau, longue d'environ quatre kilomètres et couverte de bois. Dans la nuit du 19 au 20 mai, ses pontonniers jettent des ponts de bateaux sur le grand bras, large de plusieurs centaines de mètres. Mais le Danube est en crue, le courant violent, et les Autrichiens lâchent en amont des barges et des objets flottants pour les rompre. Le 21 mai, Masséna et ses hommes prennent pied dans la plaine du Marchfeld, où ils occupent deux villages, Aspern à gauche et Essling à droite. L'archiduc, qui dispose de 95 000 à 98 000 hommes, a laissé faire : il compte écraser la partie de l'armée française passée avant que le reste puisse la rejoindre. Napoléon n'a d'abord que 30 000 à 40 000 hommes sur la rive gauche.

L'archiduc Charles, en uniforme blanc sur un cheval blanc, tend le bras vers le champ de bataille au milieu de son état-major ; autour de lui, des blessés et des morts autrichiens et français, dont un cuirassier assis au premier plan, et au loin un village en flammes
Johann Peter Krafft, L'Archiduc Charles et son état-major à la bataille d'Aspern-Essling, 1820, huile sur toile. Vaduz, collections du prince de Liechtenstein, domaine public, Wikimedia Commons.

Les 21 et 22 mai, les combats sont acharnés. Aspern change plusieurs fois de mains, et Lannes et Boudet repoussent à Essling trois attaques, depuis le grenier fortifié du village. Le 22, Napoléon lance Lannes contre le centre autrichien, et la ligne ennemie vacille. C'est alors qu'on apprend que le pont du grand bras a de nouveau été emporté. Les munitions vont manquer, le corps de Davout ne peut plus passer, et l'Empereur doit arrêter l'offensive puis replier son armée sur la Lobau. Lannes est atteint aux jambes par un boulet ; amputé, il meurt le 31 mai. Saint-Hilaire et le général d'Espagne sont également tués. Les pertes sont lourdes, à peu près égales de part et d'autre : de 20 000 à 27 000 hommes côté français selon les sources, de 20 000 à 23 000 côté autrichien.

Pour la première fois, Napoléon a été battu en personne dans une grande bataille. L'échec n'est pas une déroute, et l'armée française se retire en bon ordre, mais l'effet est considérable. Dans toute l'Europe, on célèbre la victoire de l'archiduc, et l'idée que l'Empereur n'est pas invincible fait son chemin.

Six semaines sur l'île Lobau

Napoléon reste d'abord pendant trente-six heures dans une inaction qui ne lui ressemble pas, puis se reprend. Il fait de la Lobau une place d'armes : hôpitaux pour les blessés, magasins, casernements, et une puissante artillerie, dont une batterie de 124 canons installée sous les ordres de Songis puis de Lariboisière. À partir du 1ᵉʳ juin, le général Bertrand dirige la construction de ponts solides, protégés en amont par des palissades contre les barges qu'enverraient les Autrichiens. Fin juin, les Français tiennent presque tout le Danube, et le bulletin du 2 juillet peut écrire que le fleuve n'existe plus pour l'armée.

Artillerie et cavalerie françaises franchissant un long pont de bateaux sur le Danube, avec au premier plan une foule d'officiers à cheval
Jacques Swebach, l'armée française franchit le Danube sous la conduite de Napoléon avant la bataille de Wagram, en juillet 1809. Domaine public, Wikimedia Commons.

Les renforts affluent : l'armée d'Italie du prince Eugène, le corps de Marmont venu de Dalmatie, la division bavaroise de Wrede. Du côté autrichien, la victoire d'Essling n'a pas dissipé les doutes de l'archiduc. Il sait qu'il n'a pas exploité sa supériorité numérique, qu'aucun soulèvement général n'a éclaté en Allemagne, que la Prusse ne bouge pas et que le débarquement britannique attendu se fait attendre. Il voudrait négocier ; l'empereur François refuse. Charles fortifie donc la rive en face de la Lobau, puis, le 3 juillet, en retire son armée pour la placer sur les hauteurs qui dominent le Marchfeld, derrière le ruisseau du Russbach. Il y attend Napoléon, et attend aussi son frère, l'archiduc Jean, dont l'armée se trouve près de Presbourg.

Wagram, 5 et 6 juillet

Napoléon ne répète pas le passage de mai. Dans la nuit du 4 au 5 juillet, sous un orage qui aveugle les observateurs autrichiens, il fait déboucher son armée à l'est de la Lobau, en contournant les villages fortifiés. Oudinot passe le premier en barques, Masséna et Davout suivent sur des ponts préparés à l'avance, et au matin la tête de pont est solide. Le 5 au soir, une première attaque contre le plateau de Wagram échoue : les Autrichiens tiennent, et la nuit tombe sans décision.

Le 6, la bataille s'engage dès l'aube. Charles attaque l'aile gauche française, du côté d'Aspern et d'Essling, où Masséna, blessé au pied par une chute de cheval, dirige son corps depuis une calèche. L'Empereur laisse faire. Davout, à l'autre extrémité du front, déborde la gauche autrichienne, tandis qu'Oudinot et l'armée d'Italie remontent le Russbach, et que Napoléon prépare l'effort central : une batterie d'une centaine de pièces, puis la colonne d'infanterie de Macdonald, qui s'avance contre le centre autrichien en subissant des pertes très lourdes. Vers 16 heures, toute l'armée de Charles est en retraite. Elle l'exécute par échelons, en bon ordre, et les Français, épuisés par plus de quarante heures de marche et de combat, suivent sans pouvoir la poursuivre. L'archiduc Jean, retardé, arrive trop tard et rebrousse chemin.

Napoléon sur un cheval blanc observe la bataille à la lunette, entouré de ses officiers, dans une plaine enfumée
Horace Vernet, Bataille de Wagram, 6 juillet 1809 (Salon de 1836). Galerie des Batailles, château de Versailles, domaine public, Wikimedia Commons.

Plus de 300 000 hommes se sont affrontés, et au moins 72 000 sont tués ou blessés : aucune bataille européenne n'avait encore été aussi vaste. Les chiffres exacts restent discutés. Les états officiels français font état de près de 34 000 tués et blessés, alors que le bulletin de la Grande Armée en avouait bien moins ; l'historien Ian Castle estime les pertes autrichiennes à environ 41 000 hommes, les françaises à 37 500. Cinq généraux français sont tués, dont Lasalle. Le 7 juillet, Napoléon élève Macdonald à la dignité de maréchal sur le champ de bataille, ce qui est unique dans l'histoire de l'Empire ; Oudinot et Marmont reçoivent le bâton quelques jours plus tard. Bernadotte, qui s'était attribué dans un ordre du jour le mérite de la victoire de ses Saxons, est écarté de l'armée.

Les fronts secondaires

La guerre de 1809 ne se joue pas seulement sur le Danube. En Italie, l'archiduc Jean bat le prince Eugène à Sacile, le 16 avril, mais doit reculer quand la situation se dégrade en Bavière ; Eugène le bat à son tour sur la Piave le 8 mai, puis à Raab le 14 juin, avant de rejoindre Napoléon devant Vienne. En Pologne, le prince Poniatowski, chef des troupes du grand-duché de Varsovie, arrête à Raszyn, le 19 avril, l'armée de l'archiduc Ferdinand, puis porte la guerre en Galicie : il y prend notamment Sandomierz, Lublin et Zamość, et Cracovie en juillet. La Russie a envoyé un corps en Galicie, mais il reste largement passif, ce qui en dit long sur l'état de l'alliance franco-russe.

En Allemagne, les espoirs de Vienne sont déçus. Le soulèvement de Dörnberg en Hesse, en avril, échoue en quelques jours ; le major prussien Ferdinand von Schill, parti de Berlin avec ses hussards sans l'accord de son roi, est tué à Stralsund le 31 mai ; le duc de Brunswick-Oels, avec sa « Légion noire », traverse l'Allemagne du Nord et s'embarque sur des navires britanniques. Ces épisodes n'ont aucune portée militaire, mais ils annoncent le sentiment national allemand de 1813.

Le Tyrol, lui, se bat vraiment. Passé sous administration bavaroise depuis 1805, il se soulève en avril 1809 sous la conduite d'Andreas Hofer, aubergiste et marchand de la vallée de Passeier. Les paysans tyroliens chassent les Bavarois d'Innsbruck, et le 13 août, sur le mont Isel, au-dessus de la ville, ils battent le corps du maréchal Lefebvre. Après la paix de Schönbrunn, l'Autriche abandonne ses alliés. Hofer, capturé à la fin de janvier 1810, est fusillé à Mantoue le 20 février. Enfin, à la fin de juillet, une expédition britannique de près de 40 000 hommes débarque à Walcheren, dans l'estuaire de l'Escaut, pour attaquer Anvers. Elle s'enlise devant Flessingue, la fièvre décime les soldats, et le corps expéditionnaire est évacué en décembre.

Znaïm, Schönbrunn et la paix

Après Wagram, l'archiduc Charles se replie vers Znaïm, en Moravie, où l'armée française le rejoint les 10 et 11 juillet. Charles demande alors un armistice, sans l'autorisation de l'empereur François ; Napoléon l'accepte, contre l'avis de Berthier et de plusieurs lieutenants, et l'armistice est signé le 12. Il est vrai que l'armée française est à bout de forces. Charles est ensuite relevé de son commandement en chef et ne dirigera plus jamais une armée en campagne.

Les pourparlers durent trois mois. L'Autriche est représentée par le prince Jean de Liechtenstein, la France par Champagny, son ministre des Relations extérieures. Napoléon, installé à Schönbrunn, attend, et la tension monte : le 12 octobre, à la parade quotidienne devant le château, un jeune Allemand de dix-sept ans, Friedrich Staps, est arrêté par Rapp, un couteau sur lui. Napoléon l'interroge lui-même ; Staps avoue vouloir le tuer et refuse de demander grâce. Il est fusillé quatre jours plus tard.

Le traité de Schönbrunn est signé le 14 octobre 1809. Les conditions sont dures. L'Autriche cède Salzbourg à la Bavière, la Galicie occidentale au grand-duché de Varsovie, le district de Tarnopol à la Russie, et à la France les territoires qui formeront les Provinces illyriennes, ce qui la prive de tout accès à la mer. Elle perd plus de trois millions de sujets, paie une lourde indemnité et s'engage à réduire son armée à 150 000 hommes, promesse qui ne sera pas tenue. Le même mois, Stadion quitte le ministère, remplacé par Klemens von Metternich. La politique du nouveau ministre sera de ménager Napoléon et de gagner du temps.

Un empire à son sommet, déjà fragilisé

Sur le papier, 1809 est un triomphe. L'Empire n'a jamais été aussi étendu, et l'Autriche, vaincue pour la quatrième fois depuis 1796, accepte l'alliance : en 1810, François Iᵉʳ donne sa fille Marie-Louise à Napoléon, qui a fait prononcer en décembre 1809 son divorce d'avec Joséphine. Le mariage rapproche l'Empereur d'une dynastie ancienne, et lui donne en 1811 l'héritier qu'il attendait. Berthier reçoit le titre de prince de Wagram, Masséna celui de prince d'Essling, Davout celui de prince d'Eckmühl.

Mais le bilan est plus nuancé. Napoléon a vaincu, mais sans écrasement. Aspern-Essling a montré que l'armée ne pouvait plus s'appuyer sur la seule rapidité de ses manœuvres. À Wagram, il a fallu gagner par le feu : des centaines de canons dans une plaine, des colonnes massives, des pertes comparables à celles de l'adversaire. Les vétérans d'Austerlitz et d'Iéna se font rares, et l'armée compte une part croissante de conscrits et de contingents étrangers. L'archiduc Charles, de son côté, a prouvé qu'on pouvait résister, à condition de le faire en ordre.

La guerre a aussi des conséquences en dehors des champs de bataille. Pendant que l'Empereur est devant Vienne, il décrète à Schönbrunn, le 17 mai, la réunion des États pontificaux à l'Empire ; le pape Pie VII répond par une bulle d'excommunication visant les auteurs de l'annexion, et il est arrêté à Rome dans la nuit du 5 au 6 juillet, celle de Wagram. L'agrandissement du grand-duché de Varsovie aux dépens de l'Autriche inquiète Saint-Pétersbourg. Et, en Espagne, la guerre continue sans lui : Wellesley remporte à Talavera, fin juillet, une victoire qui lui vaut le titre de vicomte Wellington. Trois ans plus tard, ce sont la Péninsule et la Russie, plus que l'Autriche, qui décideront du sort de l'Empire.

Pour aller plus loin

  • Thierry Lentz, Nouvelle histoire du Premier Empire, t. II, L'Effondrement du système napoléonien, 1810-1814, Fayard, 2004.
  • John H. Gill, 1809: Thunder on the Danube. Napoleon's Defeat of the Habsburgs, 3 vol., Frontline Books, 2008-2010.
  • Gunther E. Rothenberg, Napoleon's Great Adversary. Archduke Charles and the Austrian Army, 1792-1814, Batsford, 1982.
  • James R. Arnold, Napoleon Conquers Austria. The 1809 Campaign for Vienna, Praeger, 1995.

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