Vice-roi d'Italie

Eugène de Beauharnais

1781-1824

Portrait d'Eugène de Beauharnais en uniforme d'apparat, manteau sombre et décorations — vice-roi du royaume d'Italie, par François Gérard

Fils aîné d'Alexandre de Beauharnais et de Joséphine, Eugène de Beauharnais (1781-1824) traverse la Terreur adolescent avant d'être pris dans la sphère du général puis du Premier consul Bonaparte, qui en fait un fils adoptif et son représentant au royaume d'Italie : vice-roi de 1805 à 1814, il y applique le Code civil, draine des ressources pour la Grande Armée et s'illustre sur les champs de bataille (Raab, Russie, Bérézina). Après la chute de l'Empire, la Bavière — par son alliance avec Augusta de Wittelsbach — lui confère titres et terres : duc de Leuchtenberg, prince d'Eichstätt (1817). Mort précoce à Munich en 1824, il laisse une descendance mariée dans plusieurs cours européennes ; par sa sœur Hortense, il est l'oncle maternel de l'empereur Napoléon III.

Terreur, Carmes et l'épée du père

Eugène de Beauharnais naît à Paris le 3 septembre 1781, dans un hôtel de la rue Thévenot. Fils aîné de Marie Josèphe Rose Tascher — la future Joséphine — et du vicomte Alexandre de Beauharnais, officier créole lancé dans la carrière politique et militaire. L'enfance est marquée par la séparation des parents : Alexandre part pour la Guadeloupe, multiplie les maîtresses, conteste même la légitimité d'Hortense. Joséphine obtient une séparation de corps et de biens en 1785. Eugène grandit entre Paris et la Martinique, dans un milieu qui oscille entre noblesse d'origine et tourmente révolutionnaire.

En 1794, le drame devient tragédie : Alexandre, député et général, est arrêté, jugé et guillotiné le 23 juillet — deux jours avant la chute de Robespierre. Eugène a treize ans. Joséphine est emprisonnée aux Carmes ; seul Thermidor la sauve de l'échafaud. Après la libération, la veuve et les deux enfants — Eugène et Hortense, née en 1783 — vivent chichement. Joséphine fréquente les salons et cherche des appuis. En octobre 1795, chez Barras, elle croise le général Bonaparte ; le mariage civil est célébré en mars 1796. Eugène, quinze ans, n'a pas encore vu l'homme qui décidera de son sort.

L'anecdote du fils qui réclame au général l'épée de son père, confisquée après l'arrestation, relève de la légende mais dit une vérité symbolique : la fidélité à Alexandre, soldat de la Révolution, et à la lignée paternelle. Bonaparte, touché, le rapproche, en fait son aide de camp. En 1798, Eugène embarque pour l'Égypte. À Aboukir, où Nelson brise la flotte ; à Saint-Jean-d'Acre sous les murs assiégés ; au Caire lors de la répression de la révolte, il montre courage et sang-froid — à dix-sept ans. Le Premier Consul le garde à l'œil.

En 1799, Bonaparte rentre en coup de force ; la crise conjugale avec Joséphine éclate. Eugène se jette aux genoux de son beau-père et supplie — scène que les chroniqueurs retiennent : il fait le lien entre le foyer Beauharnais et le clan Bonaparte en ascension. Au 18 Brumaire, il commande les grenadiers qui gardent les avenues du château de Saint-Cloud. Il appartient au cercle restreint avant que le consulat ne devienne Empire.

Royaume d'Italie et vice-royauté

En 1804, Napoléon est sacré empereur ; Eugène gravit les dignités : « prince français », archi-chancelier de l'Empire — on le voit sur la gigantesque toile du Sacre de David, en uniforme de hussard parmi les grands officiers, au-dessus de Talleyrand. Le geste est symbolique : le fils Beauharnais entre dans le tableau officiel de la nouvelle dynastie avant que l'Italie ne prenne sa place dans le système impérial.

En 1805, Napoléon proclame le royaume d'Italie et se ceint de la couronne de fer ; il demeure roi de nom mais délègue le gouvernement. Eugène devient vice-roi — à vingt-quatre ans une gageure : un beau-fils, pas un Bonaparte de sang, mais loyal. À Milan, au palais royal, il bâtit une administration qui applique le Code civil, ordonne les finances, crée des lycées et une Académie des beaux-arts, supprime les douanes intérieures et noue les élites locales. Paris le critique souvent pour n'avoir pas assez pressé le pays ; en Lombardie, sa réputation d'efficacité et de relative attention aux intérêts locaux grandit.

En 1806, la politique consolide l'alliance bavaroise : Eugène épouse à Munich Augusta, fille du roi Maximilien Ier et sœur de la future impératrice Marie-Louise — prélude dynastique au mariage autrichien de 1810. Le couple reste uni ; plusieurs enfants naissent. Parallèlement, le vice-roi doit fournir des troupes et mobiliser des contingents pour les campagnes de l'empereur : l'Italie est colonne vertébrale et caisse, pas seul décor.

En 1809, lors de la cinquième coalition, il mène l'armée d'Italie contre l'archiduc Jean ; la victoire de Raab, le 14 juin, lui ouvre l'accès à l'armée du Danube et à Wagram. Napoléon le félicite — rare éloge dans une famille Bonaparte où jalousies et rivalités prolifèrent. Eugène demeure, dans l'opinion, le prince « beauharnais » qui doit encore prouver sa valeur au feu.

Général de la Grande Armée : de Raab à Leipzig

En 1812, Eugène commande le 4e corps — Italiens et Bavarois — en Russie. Il couvre le flanc sud lors de la marche sur Moscou. Quand la Grande Armée se disloque, il assume l'arrière-garde ; à la Bérézina, fin novembre, il parvient à faire passer le noyau de ses formations sous le feu russe sur les ponts de fortune — au milieu d'une catastrophe qui dévore des dizaines de milliers d'hommes. En 1813, il combat en Saxe : Lützen, Bautzen, Leipzig. Après la « bataille des nations » en octobre, il regagne l'Italie pendant que la coalition menace la péninsule.

En 1814, la situation devient intenable : Murat, roi de Naples et beau-frère par Caroline Bonaparte, négocie en secret avec Vienne et se retourne contre l'empereur. Eugène, isolé, résiste encore des semaines avec les forces fidèles, évite un bain de sang dans les villes où l'humeur bascule. L'abdication de Napoléon, le 6 avril 1814, tranche l'affaire : le vice-roi négocie une capitulation honorable — retrait sans désarmement complet des troupes, garanties pour les partisans — et quitte la scène avec un calme de transition.

Les Cent-Jours de 1815 le concernent plus marginalement : il demeure en Bavière sans s'engager dans la dernière partie napoléonienne — une réserve que les contemporains interprètent comme prudence politique ou retenue personnelle.

Leuchtenberg, descendance et mort

Après 1815, le cadre bavarois et européen organise un « avenir bavarois » : Maximilien Ier Joseph confère à Eugène en 1817 le titre de duc de Leuchtenberg et celui de prince d'Eichstätt, avec des domaines associés — compensation symbolique pour la perte de l'Italie. À Munich, il mène une vie retirée mais visible en société, sans conspirer contre la Restauration. Les souverains le respectent ; il ne revendique plus rien sur la scène napoléonienne.

Les enfants contractent des alliances dynastiques : la fille aînée Joséphine — prénom hommage à la grand-mère — épouse en 1823 le prince héritier suédois Oscar Bernadotte, futur Oscar Ier ; d'autres branches se lient au Portugal, au Wurtemberg ou à la cour impériale brésilienne. Ainsi le lignage Beauharnais s'insère dans le XIXe siècle — en parallèle du souvenir bonapartiste.

Eugène meurt subitement à Munich le 21 février 1824, à quarante-deux ans ; la cause officielle est une attaque cérébrale (apoplexie), les rumeurs d'empoisonnement restent infondées. Inhumé à Saint-Michel, il laisse l'image d'un homme qui gouverna l'Italie avec un sérieux mesurable et garda son sang-froid dans les dernières campagnes — sans que les sources autorisent la légende d'un « bonapartiste parfait » qu'on lui a parfois prêtée.

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