Génie

Pontonniers

Ponts de bateaux — Éblé, Bérézina

1800-1815

Les pontonniers construisent les ponts de bateaux qui permettent à une armée de franchir les fleuves. En novembre 1812, sur la Bérézina, le général Jean-Baptiste Éblé et ses pontonniers sauvent ce qui peut l'être de la Grande Armée — au prix de pertes terribles et dans un froid extrême.

Une spécialité vitale

Sans ponts, la manœuvre napoléonienne s'arrête aux rives. Les pontonniers, rattachés au génie et au train de ponts, mettent à l'eau bateaux-pontons, travées et ancrages pour faire passer troupes, canons et convois.

Leur métier combine charpenterie, navigation sommaire et sang-froid sous le feu ou dans les éléments. Moins célèbres que les cuirassiers, ils décident pourtant du succès d'une campagne quand un fleuve barre la route.

L'équipement — trains de ponts, outils, forges — est lourd à traîner ; l'abandonner, c'est condamner l'armée à l'isolement.

Organisation

Des compagnies ou bataillons de pontonniers accompagnent la Grande Armée avec un matériel de pontage. Des détachements peuvent être affectés à des corps pour des passages locaux.

Le commandement technique revient à des officiers du génie expérimentés. Jean-Baptiste Éblé (1758-1812), général d'artillerie et organisateur réputé des ponts et du train, reste la figure centrale de la Bérézina.

En 1812, une part du matériel de pont a été détruite ou laissée en arrière lors de la marche sur Moscou — décision lourde de conséquences lorsque la retraite atteint les rivières gelées et les berges marécageuses.

Métier du pont

Il faut assembler les bateaux, les amarrer dans le courant, poser le tablier, maintenir l'ouvrage sous le passage incessant des hommes et des voitures. La durée de vie d'un pont de bateaux en pleine retraite se compte parfois en heures.

L'eau glacée, le manque d'outils, l'épuisement et le harcèlement ennemi transforment chaque travée en épreuve. Les récits de 1812 décrivent des hommes travaillant dans l'eau jusqu'à la poitrine.

Quand le pont cède ou brûle, le rétablissement immédiat devient une question de survie collective.

Fin novembre 1812, l'armée en retraite doit franchir la Bérézina près de Borisov, sous la menace des forces russes. Les ponts existants sont impraticables ou tenus ; il faut en construire d'autres.

Éblé fait rassembler ce qui reste de forgerons, d'outils et de bois pour improviser des ponts de chevalets / bateaux. Deux passages sont établis — les détails précis (nombre exact de pontons, horaires heure par heure) varient selon les témoins, mais le fait central est établi : des ponts sont construits dans le froid, permettant à une partie de l'armée de passer les 26-29 novembre 1812 environ.

Des milliers d'hommes, de non-combattants et de traînards périssent malgré tout sur les rives ou dans la débâcle. Éblé lui-même, épuisé, meurt peu après (décembre 1812), usé par l'effort et les conditions.

La Bérézina n'est pas une victoire : c'est un sauvetage partiel, payé au prix fort, qui empêche l'anéantissement total immédiat de ce qui restait de la Grande Armée.

Autres campagnes

Avant 1812, les pontonniers ont permis des passages de fleuves lors des campagnes d'Allemagne et d'Autriche — Danube et affluents jouent un rôle majeur en 1805 et 1809. Wagram, sur la rive gauche du Danube, suppose des travaux de passage et de communication après Essling.

Chaque grande rivière franchie sans désastre prolongé doit quelque chose à ces spécialistes. Leur absence ou leur sous-équipement se paie immédiatement.

En 1813-1814, les retraits successifs rappellent encore le prix des ponts détruits et reconstruits sous la pression de l'ennemi.

Héritage

La mémoire collective a retenu Éblé et ses pontonniers comme des sauveurs obscurs de 1812. Moins célébrés que les maréchaux, ils incarnent le sacrifice technique de la retraite de Russie.

Pour Empire Napoléon, les pontonniers sont la preuve que l'épopée tient parfois à des planches jetées sur l'eau noire — et aux hommes assez obstinés pour les y tenir.

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