Bataille Défaite française

Aspern-Essling

21-22 mai 1809 · Marchfeld, près de Vienne

Les 21 et 22 mai 1809, Napoléon franchit le Danube en aval de Vienne par l'île Lobau et se heurte, autour des villages d'Aspern et d'Essling, à l'armée de l'archiduc Charles. Ses ponts emportés par la crue et par les objets lancés au fil de l'eau, il doit se replier sur l'île : c'est sa première défaite personnelle dans une grande bataille, et le maréchal Lannes y est mortellement blessé.

Forces en présence

Issue : Défaite française

Drapeau tricolore (1794)

France

  • Napoléon
  • Masséna
  • Lannes
  • Bessières

66 000 à 80 000 hommes selon les sources, passés par fractions

Pertes : 20 000 à près de 27 000 hommes selon les sources, dont le maréchal Lannes

Noir et jaune des Habsbourg

Autriche

  • Archiduc Charles
  • Hiller
  • Rosenberg
  • Hohenzollern

95 000 à 98 000 hommes

Pertes : 20 000 à 23 000 hommes

Coordonnées de la bataille

Aspern-Essling

Coordonnées 48,2300° N · 16,4900° E

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Le site aujourd’hui — Aspern-Essling

Récit de la bataille

Vienne prise, l'armée autrichienne intacte

Le 10 avril 1809, l'Autriche, qui veut effacer Austerlitz et profite de l'enlisement de Napoléon en Espagne, envahit la Bavière. En quelques jours de combats, à Abensberg, Landshut, Eckmühl et Ratisbonne, l'Empereur rejette l'archiduc Charles au nord du Danube. Il marche alors sur Vienne, où il entre le 13 mai. Mais l'armée autrichienne n'est pas détruite : Charles l'a regroupée sur la rive gauche du fleuve, au nord-est de la capitale, après avoir détruit les ponts. Pour l'atteindre, Napoléon doit franchir le Danube.

L'île Lobau

Une première tentative en amont de Vienne échoue. Napoléon choisit alors l'île Lobau, en aval : longue de quatre kilomètres environ, boisée, elle permet de dissimuler les troupes. Le grand bras, côté français, large de plusieurs centaines de mètres, est franchi dans la nuit du 19 au 20 mai par des ponts de bateaux ; un pont plus court est jeté sur le petit bras, vers la rive gauche. Mais ces ponts sont fragiles : le Danube est en crue, le courant est violent, et les Autrichiens lancent depuis l'amont des objets flottants de toutes sortes pour les rompre.

Le 21 mai, le corps de Masséna passe sur la rive gauche, dans la vaste plaine du Marchfeld. L'archiduc ne s'y oppose pas : il compte laisser passer une partie de l'armée française pour l'écraser avant que le reste puisse la rejoindre. Il dispose de 95 000 à 98 000 hommes environ ; Napoléon, qui n'en fait passer qu'une partie, ne peut lui opposer d'abord que 30 000 à 40 000 hommes.

21 mai : Aspern et Essling

Les Français s'appuient sur deux villages : Aspern à gauche, tenu par la division Molitor, Essling à droite, tenu par la division Boudet, qui fortifie le grand grenier du village. Entre les deux, la cavalerie de Bessières couvre le centre. L'après-midi, les colonnes autrichiennes attaquent. Aspern change plusieurs fois de mains ; Masséna s'y accroche, et à la nuit les Autrichiens n'en tiennent qu'une partie. À Essling, Lannes et Boudet repoussent trois attaques. Pour soulager l'infanterie, la cavalerie charge à plusieurs reprises les batteries autrichiennes ; le général d'Espagne, à la tête de ses cuirassiers, est tué par un boulet.

Les ponts se sont rompus une première fois dans la journée. Réparés, ils permettent au cours de la nuit le passage du corps de Lannes — la division Saint-Hilaire et les grenadiers d'Oudinot —, de cavalerie et d'artillerie. Au matin, l'armée française sur la rive gauche a presque doublé.

22 mai : l'attaque de Lannes

À l'aube, Masséna reprend Aspern, et la division Saint-Hilaire aide à repousser une nouvelle attaque sur Essling. Vers 7 heures, Napoléon lance Lannes contre le centre autrichien. L'attaque progresse sous le feu de l'artillerie ; la ligne adverse vacille, et l'archiduc Charles doit engager ses grenadiers de réserve. Selon la tradition autrichienne, il saisit lui-même un drapeau pour rallier ses soldats.

L'archiduc Charles, en uniforme blanc sur un cheval blanc, tend le bras vers le champ de bataille au milieu de son état-major ; autour de lui, des blessés et des morts autrichiens et français, dont un cuirassier assis au premier plan, et au loin un village en flammes
Johann Peter Krafft, L'Archiduc Charles et son état-major à la bataille d'Aspern-Essling, 1820, huile sur toile. Vaduz, collections du prince de Liechtenstein, domaine public, Wikimedia Commons.

C'est alors que tombe la nouvelle : le pont du grand bras a de nouveau été emporté, cette fois par un moulin flottant lancé par les Autrichiens. Le corps de Davout, qui attend sur la rive droite, ne peut plus passer ; les munitions vont manquer. Napoléon doit arrêter l'attaque et ordonner le repli sur Aspern et Essling. L'archiduc, qui a compris, reprend l'offensive. Le général Saint-Hilaire est mortellement blessé. Essling est perdu puis repris par la Jeune Garde, conduite par Mouton et Rapp, tandis que près de 150 canons autrichiens pilonnent le centre français.

La mort de Lannes

Au cours de cette canonnade, le maréchal Lannes, qui vient de voir tomber à ses côtés le général Pouzet, son ancien instructeur, est atteint aux jambes par un boulet. Amputé d'une jambe, il meurt le 31 mai. Il est le premier maréchal de l'Empire à mourir de blessures reçues au combat. « Quelle perte pour la France et pour moi ! » aurait dit Napoléon, qui perd l'un de ses plus anciens compagnons d'armes.

À la nuit, l'armée se replie en ordre sur l'île Lobau. Masséna commande l'arrière-garde et fait repasser les blessés transportables, la plus grande partie du matériel et les chevaux ; il est l'un des derniers à traverser, le 23 mai au matin.

Bilan

Les pertes sont énormes et à peu près égales : de 20 000 à près de 27 000 hommes tués, blessés ou prisonniers du côté français selon les sources, de 20 000 à 23 000 du côté autrichien. Pour la première fois, Napoléon a été battu en personne dans une grande bataille. À Vienne comme dans l'Europe entière, les Autrichiens célèbrent une victoire, et la réputation d'invincibilité de l'Empereur en sort ébranlée.

Un échec provisoire

Les deux armées occupent pourtant, au lendemain de la bataille, à peu près les mêmes positions qu'avant, et Charles ne poursuit pas. Côté français, on parle d'un échec provisoire, dû avant tout à la rupture des ponts. Napoléon s'installe dans l'île Lobau ; à partir du 1er juin, le général Bertrand y fait construire des ponts solides, protégés en amont par des palissades. Six semaines plus tard, sur la même plaine du Marchfeld, il franchit de nouveau le Danube et remporte à Wagram, les 5 et 6 juillet, la bataille décisive de la campagne. Masséna, pour sa conduite à Essling, sera fait prince d'Essling.

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