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La campagne de Russie (1812)

Juin 1812 : plus de 400 000 hommes franchissent le Niémen. Six mois plus tard, quelques dizaines de milliers en reviennent. Récit et analyse de la campagne qui a brisé la Grande Armée.

Pourquoi la guerre

En juin 1807, sur un radeau ancré au milieu du Niémen, Napoléon et le tsar Alexandre Iᵉʳ se sont rencontrés en vainqueur et en vaincu, puis quittés en alliés. La paix de Tilsit fait de la Russie la partenaire de la France et l'oblige à fermer ses ports au commerce britannique : c'est le Blocus continental. Cinq ans plus tard, les deux empereurs sont en guerre, et c'est ce même fleuve que la Grande Armée franchit pour entrer en Russie.

L'alliance s'est défaite peu à peu. Le Blocus coûte cher à la Russie, qui vendait son blé, son bois et son chanvre aux Anglais et leur achetait ses produits manufacturés. En décembre 1810, Alexandre rouvre ses ports aux navires neutres et frappe les marchandises françaises de lourdes taxes. Le grand-duché de Varsovie, créé par Napoléon et agrandi en 1809 aux dépens de l'Autriche, inquiète Saint-Pétersbourg : il ressemble trop à une Pologne en train de renaître. L'annexion du duché d'Oldenbourg, dont l'héritier a épousé une sœur du tsar, puis le mariage de Napoléon avec Marie-Louise d'Autriche, après l'abandon d'un projet d'union avec une grande-duchesse russe, achèvent de brouiller les deux empereurs. Pendant dix-huit mois, chacun arme, et chacun accuse l'autre de préparer l'agression.

Napoléon veut une guerre courte : battre l'armée russe près de la frontière, puis dicter une paix qui ramènerait Alexandre dans le Blocus. Le 22 juin 1812, il annonce à ses soldats le début de « la seconde guerre de Pologne ».

La plus grande armée jamais réunie en Europe

Pour cette campagne, Napoléon rassemble une force sans précédent. Environ 450 000 hommes franchissent la frontière au début de l'été ; avec les renforts envoyés ensuite, plus de 600 000 soldats entreront en Russie. Moins de la moitié sont français. On compte près de 100 000 Polonais, des Allemands de la Confédération du Rhin — Bavarois, Saxons, Westphaliens, Wurtembergeois —, des Italiens, des Suisses, des Croates, des Espagnols et des Portugais, et, sur les ailes, un corps prussien au nord et un corps autrichien au sud, fournis à contrecœur par des alliés vaincus. Les Russes parleront de l'invasion des « douze langues ».

Derrière les troupes suivent plus de 150 000 chevaux, plus d'un millier de canons et des milliers de voitures. La logistique a été préparée avec soin : d'immenses magasins sont constitués à Dantzig et le long de la Vistule, des bataillons de transport sont créés. Mais l'ensemble est pensé pour une campagne de quelques semaines, dans un pays où les routes sont rares, les villages pauvres et les distances immenses.

En face, la Russie aligne près de la frontière deux armées principales : au nord, la 1ʳᵉ armée de l'Ouest de Barclay de Tolly, ministre de la Guerre ; plus au sud, la 2ᵉ armée de Bagration. Ensemble, elles comptent environ 200 000 hommes, auxquels s'ajoute une troisième armée face aux Autrichiens. Les Russes sont moins nombreux au départ, mais ils combattent chez eux, et ils se renforceront au fil des mois.

Une armée qui fond avant de combattre

Dans la nuit du 23 au 24 juin 1812, les premières troupes passent le Niémen près de Kovno, sur des ponts de bateaux. Personne ne s'y oppose. Barclay refuse la bataille et recule en détruisant ce qu'il ne peut emporter. Napoléon entre à Vilna le 28 juin et y reste dix-huit jours, le temps d'organiser le ravitaillement et le gouvernement de la Lituanie.

Il tente de séparer les deux armées russes : Davout marche sur Minsk pour barrer la route à Bagration, pendant que le gros de l'armée poursuit Barclay vers Vitebsk. La manœuvre échoue, en partie parce que Jérôme, roi de Westphalie, avance trop lentement sur l'aile droite ; vexé d'être placé sous les ordres de Davout, il quitte l'armée à la mi-juillet. Bagration s'échappe par le sud, et les deux armées russes se rejoignent à Smolensk au début d'août.

Gravure coloriée : des cavaliers en manteau traversent une rivière à gué, de l'eau jusqu'au poitrail des chevaux, tandis qu'une longue colonne franchit un pont de bateaux vers une rive vallonnée
John Heaviside Clark et M. Dubourg, Le passage du Niémen, aquatinte coloriée publiée en 1816. Domaine public, Wikimedia Commons.

La Grande Armée n'a pas encore livré de grande bataille qu'elle a déjà perdu une part considérable de ses effectifs. La chaleur de l'été, les orages qui changent les chemins en bourbiers, l'eau souillée, la dysenterie puis le typhus font des ravages. Les convois ne suivent pas ; les soldats vivent sur un pays que les Russes ont vidé. Les chevaux meurent par milliers faute de fourrage. D'après les estimations, le corps principal perd environ un tiers de ses hommes en huit semaines, par la maladie, l'épuisement, la désertion et les garnisons laissées en arrière.

Smolensk, puis la Moskova

Devant Smolensk, du 16 au 18 août, Napoléon croit enfin tenir sa bataille. Les Russes défendent la ville, qui brûle, puis l'évacuent de nuit et reprennent leur retraite. En Russie, l'opinion et l'armée ne supportent plus ce recul continu, que l'on reproche à Barclay, d'origine balte. Alexandre confie le commandement suprême à Koutouzov, vieux général populaire, vétéran des guerres contre les Turcs.

À Smolensk, Napoléon hésite. S'arrêter là pour l'hiver, ou marcher sur Moscou, à près de quatre cents kilomètres ? Murat et d'autres le pressent de ne pas aller plus loin. Il choisit Moscou, persuadé que les Russes ne livreront pas leur ancienne capitale sans combattre.

Sur ce point, il a raison. Koutouzov prend position près du village de Borodino, à une centaine de kilomètres à l'ouest de Moscou. La bataille de la Moskova, le 7 septembre, met aux prises plus de 250 000 hommes et fait au moins 70 000 tués et blessés en une journée : la journée la plus sanglante des guerres napoléoniennes. Les Français enlèvent les fortifications russes au prix d'assauts frontaux acharnés, mais Napoléon refuse d'engager sa Garde, sa dernière réserve, à plus de deux mille kilomètres de la France, et l'armée russe se retire en ordre. Le 13 septembre, à Fili, Koutouzov décide d'abandonner Moscou pour sauver l'armée.

Moscou

Le 14 septembre, la Grande Armée entre dans une ville presque vide. Sur environ trois cent mille habitants, il en reste quelques milliers. Napoléon attend en vain la délégation qui, selon l'usage, vient remettre les clés d'une capitale conquise. Dès la nuit suivante, des incendies éclatent en plusieurs points ; le gouverneur Rostoptchine a fait évacuer les pompes à incendie. La ville, bâtie surtout en bois, brûle pendant quatre jours. Napoléon doit quitter le Kremlin pour le château de Petrovski. Quand le feu s'éteint, les deux tiers de Moscou ont disparu, avec une grande partie des vivres sur lesquels l'armée comptait pour hiverner.

Napoléon en redingote grise, les bras croisés, devant une muraille rouge du Kremlin en flammes, entouré d'officiers en grand uniforme ; des briques éboulées jonchent le sol
Vassili Verechtchaguine, Au Kremlin, l'incendie !, série « Napoléon Iᵉʳ en Russie », 1887-1895. Musée de la Guerre patriotique de 1812, Moscou. Domaine public, Wikimedia Commons.

L'Empereur reste cinq semaines à Moscou. Il écrit à Alexandre, envoie Lauriston au camp russe pour proposer la paix. Aucune réponse ne vient. Le tsar a fait savoir qu'il ne traiterait pas tant qu'un soldat ennemi resterait sur le sol russe, et le temps travaille pour lui. Pendant que la Grande Armée s'use dans une ville ruinée, où la discipline se relâche, Koutouzov refait ses forces au camp de Taroutino, au sud de Moscou, et les cosaques et les partisans harcèlent les convois et les fourrageurs.

La retraite

Le 18 octobre, à Taroutino, les Russes surprennent et battent la cavalerie de Murat. Le lendemain, Napoléon quitte Moscou avec encore une centaine de milliers d'hommes et un énorme convoi chargé de butin. Il veut gagner le sud-ouest par Kalouga, région intacte, pour éviter la route qu'il a dévastée à l'aller. Le 24 octobre, à Maloïaroslavets, le corps du prince Eugène se heurte aux Russes ; la ville change plusieurs fois de mains, et Koutouzov reste en position de barrer la route du sud.

Dans une isba au mur de rondins, Napoléon, assis à une table couverte de cartes, la tête dans la main, tourne le dos à ses maréchaux debout près de la fenêtre
Vassili Verechtchaguine, À Gorodnia : percer ou battre en retraite ?, série « Napoléon Iᵉʳ en Russie », 1887-1895. Musée de la Guerre patriotique de 1812, Moscou. Domaine public, Wikimedia Commons.

Au lendemain de la bataille, Napoléon renonce : l'armée reprendra vers l'ouest la route de Smolensk, celle de l'aller, déjà ravagée. Ce choix pèse sur tout le reste. Sur cette bande de terre brûlée, il n'y a plus ni fourrage ni villages intacts. Les Russes n'ont pas besoin de livrer bataille : il leur suffit de suivre, de harceler et d'attendre. Le 3 novembre, à Viazma, l'arrière-garde de Davout manque d'être coupée. C'est vers cette date que Napoléon apprend qu'à Paris, le 23 octobre, le général Malet a tenté un coup d'État en annonçant sa mort.

Les premières neiges tombent début novembre. Les chevaux, qui ne sont pas ferrés à glace, s'abattent par milliers ; il faut abandonner les canons, les voitures, les blessés. Les colonnes se défont en une cohue de traînards que les cosaques et les paysans armés achèvent. À Smolensk, atteint vers le 9 novembre, les magasins espérés ne suffisent que pour quelques jours et sont pillés. Du 15 au 18 novembre, autour de Krasnoï, les Russes tentent de couper la route : Napoléon engage la Vieille Garde pour la dégager, pendant que les corps d'Eugène, de Davout et de Ney passent un à un sous le feu. Ney, coupé avec l'arrière-garde, ne commande plus qu'environ 6 000 hommes ; il leur fait traverser de nuit le Dniepr gelé et rejoint l'armée quelques jours plus tard avec une partie seulement d'entre eux.

Napoléon, sur un cheval blanc, avance tête basse dans la neige au milieu de grenadiers de la Garde en bonnet à poil, enveloppés de manteaux ; au premier plan, des soldats morts ou épuisés gisent dans la neige
Adolph Northen, La retraite de Napoléon de Moscou, 1851, huile sur toile. Domaine public, Wikimedia Commons.

La Bérézina

À la fin de novembre, la retraite bute sur la Bérézina. L'armée russe de Tchitchagov, remontée du sud, s'est emparée de Minsk et de ses magasins, puis du pont de Borissov, qu'elle a détruit le 21 novembre. Wittgenstein arrive du nord, Koutouzov suit à l'est. Napoléon est menacé d'être pris au piège entre trois armées.

Il fait diversion vers le sud et choisit de passer plus au nord, au gué de Stoudianka. Du 26 au 29 novembre, les pontonniers du général Éblé, souvent dans l'eau glacée jusqu'à la poitrine, construisent et réparent sans relâche deux ponts, l'un pour l'infanterie, l'autre pour l'artillerie et les voitures. Les corps d'Oudinot et de Victor se battent sur les deux rives pour tenir les Russes à distance. Au matin du 29, sur ordre de Napoléon, les ponts sont incendiés ; des milliers de traînards restés sur la rive gauche sont tués ou capturés. Éblé, épuisé, mourra quelques semaines plus tard à Königsberg.

Une foule immense de soldats, de cavaliers et de chariots se presse dans la neige vers la rivière, sous un ciel gris ; au loin, une fumée rouge s'élève au-dessus des collines enneigées
January Suchodolski, Le passage de l'armée de Napoléon sur la Bérézina, 1866, huile sur toile. Musée régional de Toruń. Domaine public, Wikimedia Commons.

Sur le plan militaire, la Bérézina est un sauvetage : Napoléon a échappé à l'encerclement et sauvé ce qui pouvait l'être. Mais la Grande Armée a cessé d'exister comme force organisée. En français, le nom de la rivière est devenu synonyme de désastre.

La fin de la Grande Armée

Le 3 décembre, à Molodetchno, Napoléon dicte le 29ᵉ Bulletin, qui avoue pour la première fois l'étendue du désastre en l'imputant au froid. Le 5 décembre, à Smorgon, il confie le commandement à Murat et part en traîneau vers Paris avec Caulaincourt. Il y arrive dans la nuit du 18 au 19 décembre, deux jours après la publication du bulletin, pour reprendre en main un pouvoir que l'affaire Malet a montré fragile. Lors d'un bref arrêt à Varsovie, il aurait lâché devant l'ambassadeur de France, l'abbé de Pradt : « Du sublime au ridicule, il n'y a qu'un pas. »

Derrière lui, le froid s'aggrave encore. Les survivants atteignent Vilna à partir du 9 décembre ; les magasins sont pris d'assaut, les malades abandonnés, et la ville doit être évacuée sous la menace des cosaques. Le 14 décembre, à Kovno, Ney et une poignée d'hommes de l'arrière-garde repassent le Niémen, six mois après l'avoir franchi dans l'autre sens. Au nord, le 30 décembre, le général prussien Yorck, dont le corps servait sous Macdonald, signe avec les Russes la convention de Tauroggen et retire ses troupes de la guerre : c'est le début du retournement de la Prusse.

Le bilan

Les chiffres restent débattus, faute de registres complets, et ils varient selon que l'on compte les ailes autrichienne et prussienne, les renforts ou les isolés. Sur plus de 600 000 hommes entrés en Russie, seule une petite fraction en revient en état de combattre : en janvier 1813, environ 23 000 hommes se regroupent derrière la Vistule, sans compter quelque 35 000 Autrichiens et Prussiens des ailes. D'après l'estimation de l'historien Thierry Lentz, les morts du côté de la Grande Armée atteignent environ 200 000, dont la moitié au combat et l'autre de froid, de faim ou de maladie, et les prisonniers de 150 000 à 190 000, dont beaucoup meurent en captivité. Presque tous les chevaux et la quasi-totalité de l'artillerie sont perdus.

Les pertes russes sont encore plus difficiles à établir. Elles sont très lourdes dans l'armée, qui a combattu, marché et souffert elle aussi du froid, et plus encore parmi les civils, le long d'une route où tout a été brûlé. Toutes causes confondues, la campagne aurait fait de l'ordre d'un million de morts, soldats et civils des deux camps.

Carte en ruban : une large bande beige part du Niémen à gauche et s'amincit jusqu'à Moscou à droite, puis une bande noire, de plus en plus étroite, revient vers la gauche ; en bas, un graphique des températures pendant la retraite
Charles Joseph Minard, Carte figurative des pertes successives en hommes de l'Armée française dans la campagne de Russie 1812-1813, 1869. La largeur de la bande est proportionnelle aux effectifs : en beige l'aller, en noir le retour. Domaine public, Wikimedia Commons.

En 1869, l'ingénieur Charles Joseph Minard a résumé la campagne en une seule image, devenue un classique de la représentation des données. Sa bande part du Niémen avec 422 000 hommes, arrive à Moscou avec 100 000 et revient avec 10 000. Elle montre surtout que l'armée a fondu à l'aller, bien avant l'hiver.

Pourquoi un tel désastre

Dès 1812, on a volontiers accusé le « général Hiver ». Le froid a été terrible, mais il a surtout achevé une armée déjà brisée. L'essentiel des pertes est survenu pendant l'été et l'automne, par la maladie, la faim et l'épuisement, avant les premières neiges. Les historiens insistent aujourd'hui sur d'autres causes.

  • L'espace et la logistique. Le système de ravitaillement, excellent pour une campagne courte en Europe centrale, ne pouvait pas suivre une armée de cette taille sur plus de mille kilomètres de mauvaises routes, dans un pays pauvre et vidé par l'adversaire.
  • La stratégie russe. En refusant longtemps la bataille, en brûlant ce qu'ils abandonnaient et en sacrifiant Moscou, les Russes ont privé Napoléon de la victoire décisive qu'il cherchait.
  • La fermeté d'Alexandre. Napoléon comptait sur une paix négociée après la prise de Moscou. Le tsar n'a jamais répondu, et cette attente a coûté cinq semaines.
  • Les décisions de Napoléon. Les dix-huit jours passés à Vilna, la marche sur Moscou au lieu d'un hivernage à Smolensk, le long séjour à Moscou, puis le retour par la route dévastée après Maloïaroslavets ont chacun aggravé la situation.

Les conséquences

La campagne de Russie a détruit la meilleure armée de l'Empire, ses vétérans, ses cadres et presque toute sa cavalerie. Napoléon lève de nouvelles troupes en quelques mois, mais les jeunes conscrits de 1813 manquent d'expérience et de chevaux : à Lützen et à Bautzen, il gagne sans pouvoir poursuivre. La Prusse change de camp au début de 1813 ; l'Autriche la suit en août. À l'automne, la coalition bat Napoléon à Leipzig, et la campagne de France de 1814 s'achève par sa première abdication.

En Russie, 1812 devient la « guerre patriotique », une épopée nationale. Léon Tolstoï en fait le cadre de Guerre et Paix, publié de 1865 à 1869, et Tchaïkovski compose en 1880 son Ouverture 1812, où le thème de La Marseillaise finit couvert par l'hymne impérial russe et le son des canons. Deux siècles plus tard, la campagne reste l'exemple classique de la puissance vaincue par l'espace, la logistique et l'obstination d'un adversaire qui refuse de négocier.

Pour aller plus loin

  • Thierry Lentz, Nouvelle histoire du Premier Empire, t. II, L'Effondrement du système napoléonien, 1810-1814, Fayard, 2004.
  • Marie-Pierre Rey, L'Effroyable Tragédie. Une nouvelle histoire de la campagne de Russie, Flammarion, 2012.
  • Dominic Lieven, Russia Against Napoleon. The Battle for Europe, 1807 to 1814, Allen Lane, 2009.
  • Adam Zamoyski, 1812. Napoleon's Fatal March on Moscow, HarperCollins, 2004.
  • Deux témoins : Armand de Caulaincourt, Mémoires, publiés en 1933, et Philippe-Paul de Ségur, Histoire de Napoléon et de la Grande Armée pendant l'année 1812, 1824.

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