Du 26 au 29 novembre 1812, pris entre trois armées russes, les restes de la Grande Armée franchissent la Bérézina près de Studianka, sur deux ponts construits dans l'eau glacée par les pontonniers d'Éblé. Le passage réussit et sauve l'essentiel de l'armée, mais au prix de pertes effroyables, surtout parmi les traînards restés sur la rive gauche quand les ponts sont incendiés.
Forces en présence
Issue : Passage réussi au prix de pertes énormes
France · Alliés du Rhin · Pologne · Suisse
- Napoléon
- Oudinot
- Victor
- Ney
- Éblé
Quelques dizaines de milliers de combattants, suivis d'au moins 40 000 traînards
Pertes : 20 000 à 30 000 combattants et peut-être 30 000 non-combattants, selon Chandler
Russie
- Tchitchagov
- Wittgenstein
- Tchaplits
Environ 65 000 hommes avec Wittgenstein et Tchitchagov, Koutouzov suivant à distance
Pertes : Au moins 10 000 tués et de nombreux blessés
Drapeaux : TRAJAN 117, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons
Coordonnées de la bataille
La Bérézina
Coordonnées 54,2800° N · 28,5000° E
Récit de la bataille
Une armée prise au piège
En novembre 1812, après avoir quitté Moscou et combattu à Maloïaroslavets, Viazma et Krasnoï, la Grande Armée reflue vers l'ouest. Napoléon compte franchir la Bérézina à Borissov, sur la route de Minsk. Mais le 21 novembre, l'armée de l'amiral Tchitchagov, venue de Minsk, s'empare de Borissov et de son pont ; le 23, une contre-attaque française tente de la reprendre, mais les Russes détruisent le pont et restent maîtres de la rive droite. Au nord, Wittgenstein approche avec environ 30 000 hommes ; derrière, les forces de Koutouzov suivent à distance. Napoléon ne dispose plus que de quelques dizaines de milliers de combattants, suivis d'une foule au moins aussi nombreuse de traînards, de blessés et de civils.
Le temps joue contre les Français : un redoux a fait fondre la glace qui aurait permis de passer, et la rivière, bordée de marécages, charrie des glaçons. Le 23 novembre, faute de cavaliers en état de servir, on forme même un « escadron sacré » composé uniquement d'officiers pour escorter l'Empereur.
Studianka
La brigade de cavalerie du général Corbineau a repéré un passage à gué près du village de Studianka, à une quinzaine de kilomètres en amont de Borissov. La rivière n'y fait qu'une vingtaine de mètres de large, mais ses rives sont marécageuses : il faut construire des ponts. Or le général Éblé, commandant des pontonniers, a désobéi à l'ordre de détruire son matériel pendant la retraite ; il a conservé ses forges et ses outils.
Pour tromper les Russes, Napoléon multiplie les démonstrations au sud de Borissov. Tchitchagov s'y laisse prendre et dégarnit le secteur de Studianka. Le 26 novembre au matin, les Français constatent que le camp russe d'en face est vide. Des cavaliers passent la rivière à gué, des fantassins les suivent en barque, et les pontonniers d'Éblé, en grande partie hollandais, entrent dans l'eau glacée pour dresser les chevalets, avec du bois pris au village.
26-27 novembre : le passage
Vers 13 heures, le 26, le premier pont, réservé à l'infanterie, est achevé : le corps d'Oudinot passe et s'établit sur la rive droite pour tenir le débouché. Le second pont, destiné à l'artillerie et aux voitures, est terminé dans l'après-midi mais cède à deux reprises ; chaque fois, les pontonniers le réparent. Le 27, Napoléon et la Garde franchissent la rivière, suivis des corps de Davout et d'Eugène. Sur la rive gauche, le corps de Victor couvre le passage face à Wittgenstein. Dans la nuit du 27 au 28, la division Partouneaux, restée en arrière près de Borissov, est encerclée et doit capituler.
28 novembre : la bataille sur les deux rives
Le 28, les Russes attaquent enfin des deux côtés. Sur la rive droite, dans les bois de Brili et de Stakhov, Tchitchagov se heurte aux corps d'Oudinot et de Ney, où combattent de nombreux Polonais et les régiments suisses. Oudinot est blessé, Ney prend le commandement, et une charge des cuirassiers du général Doumerc rejette les Russes. Sur la rive gauche, le corps de Victor, environ 10 000 hommes, tient toute la journée les hauteurs de Studianka face à Wittgenstein ; la cavalerie de Fournier charge à plusieurs reprises. Mais au début de l'après-midi, l'artillerie russe parvient à battre les ponts : les boulets tombent sur la foule des traînards, et une cohue terrible se précipite vers les passages ; beaucoup se noient.
À la nuit, Victor passe à son tour sur la rive droite. Les ponts sont alors libres ; mais la plupart des traînards, épuisés, préfèrent rester auprès de leurs feux de bivouac. Éblé fait prévenir que les ponts seront détruits et incendier des voitures pour les convaincre de passer, sans grand succès.
29 novembre : les ponts en flammes
Au matin du 29, Éblé reçoit l'ordre de brûler les ponts à 7 heures. Il retarde l'exécution jusque vers 8 h 30, puis y met le feu, alors que des milliers de traînards, de femmes et d'enfants se pressent encore sur la rive gauche. Beaucoup tentent de traverser dans les flammes ou à la nage et périssent. Les cosaques et les troupes de Wittgenstein les capturent en masse. Sans pont, les Russes ne peuvent poursuivre ; sur la rive droite, les Français détruisent encore les ponts qui franchissent les marais de la route de Zembin, vers Vilna. Selon un décompte souvent cité, une poignée seulement des quelque 400 pontonniers qui ont construit les ponts survécurent ; Éblé lui-même, épuisé, meurt à Königsberg à la fin de décembre.
Bilan
Les pertes ne seront jamais connues avec précision. L'historien David Chandler estime que 20 000 à 30 000 combattants français furent mis hors de combat pendant ces trois jours, auxquels s'ajoutent peut-être 30 000 non-combattants, dont la plupart, capturés, moururent de froid et de faim. Les Russes perdirent au moins 10 000 tués et beaucoup de blessés. Mais l'essentiel a été sauvé : Napoléon, ses maréchaux, la Garde, des milliers d'officiers et de vétérans, et la plus grande partie de l'artillerie ont passé la rivière. Sans eux, il n'aurait pu reconstituer son armée pour la campagne de 1813.
Une victoire devenue synonyme de désastre
La retraite continue : le 5 décembre, Napoléon quitte l'armée pour regagner Paris, et ses débris repassent le Niémen à la mi-décembre. En France, le mot « bérézina » est devenu synonyme de déroute. Beaucoup d'historiens, comme Jean Tulard, rappellent pourtant que la bataille fut, dans des conditions extrêmes, un succès militaire français : la manœuvre russe destinée à enfermer Napoléon avait échoué, et Tchitchagov fut disgracié. Balzac, dans Adieu, puis Victor Hugo, dans L'Expiation (« Il neigeait… »), ont fixé l'image tragique du passage. En Suisse, le Beresinalied garde le souvenir des régiments suisses qui y combattirent.
Pour aller plus loin
Livres recommandés pour approfondir (liens affiliés)
Napoleon the Great
Andrew Roberts · 2014
Biographie monumentale nourrie des 33 000 lettres de Napoléon, écrite par un historien britannique admiratif mais rigoureux.
Voir sur Amazon
Napoléon ou le mythe du sauveur
Jean Tulard · 1977
Le livre qui a renouvelé la lecture du personnage : comment la France s'est donné un sauveur, et ce qu'il lui en a coûté.
Voir sur Amazon
Nouvelle histoire du Premier Empire
Thierry Lentz · 2002-2010
Quatre volumes de référence sur les institutions, la diplomatie et la chute : la synthèse savante du sujet.
Voir sur AmazonEn tant que partenaire Amazon, ce site réalise un bénéfice sur les achats éligibles.
Soutenir l’encyclopédie
Empire Napoléon est un projet indépendant. Votre aide contribue à enrichir les contenus et à maintenir le site.
Faire un donPaiement sécurisé sur la plateforme de votre choix.