Maréchal d'Empire, prince d'Eckmühl

Louis-Nicolas Davout

1770-1823

Portrait de Louis-Nicolas Davout (1770-1823), maréchal d'Empire et prince d'Eckmühl — uniforme sombre à haut col, décorations et épaulettes, regard ferme ; huile sur toile de Claude-Marie Dubufe, Premier Empire

Louis-Nicolas Davout (1770-1823), duc d'Auerstedt et prince d'Eckmühl, incarne le maréchal tacticien et administrateur : discipline, exécution, rigueur que Napoléon résume en « mon Bayard ». Du Rhin et de l'Égypte au maréchalat de 1804, il s'illustre à Austerlitz puis à Auerstedt (14 octobre 1806), où le IIIe corps, presque seul, bat le gros de l'armée prussienne — le « maréchal de fer » de la Grande Armée. Eckmühl, la Moskova, le siège de Hambourg et, sous les Cent-Jours, le ministère de la Guerre achèvent une carrière de pair de France ; il meurt du choléra à Paris en 1823.

Jeunesse, Révolution, Égypte et maréchalat

Louis-Nicolas d'Avout naît à Annoux, en Bourgogne, le 10 mai 1770, dans une famille de petite noblesse d'épée : père et aïeul ont servi la monarchie en cavalerie ; le milieu imprime tôt le sens du devoir et du métier des armes. En 1788 il entre à l'École militaire de Paris et sort sous-lieutenant au régiment Royal-Champagne-Cavalerie, au moment où la crise de l'Ancien Régime accélère les mutations des carrières.

La Révolution l'oblige à choisir : en 1793, suspecté pour son origine noble, il est suspendu ; il se rattache aux républicains les plus déterminés, sert sous Dumouriez puis sous Desaix en Alsace et sur le Rhin, et noue avec ce dernier une amitié de campagne que seule la mort de Desaix à Marengo (1800) interrompra. Ces années forgent l'officier républicain discipliné, peu porté sur les démonstrations d'éclat mais exigeant sur l'exécution.

En 1798 il suit Bonaparte en Égypte : la bataille navale d'Aboukir illustre les limites françaises face à la Royal Navy ; les expéditions en Syrie, les sièges et la retraite, puis la capitulation de l'armée d'Orient en 1801 ramènent en France un noyau d'officiers aguerris qui formera une part des cadres impériaux. Davout y confirme sa constance sous le feu et sa capacité d'organisation dans des conditions extrêmes.

Le Consulat l'accélère : général de division en 1800, commandant de la garde consulaire, il impose une discipline d'exercices, d'inspections et de sanctions qui bâtit des troupes sûres mais lui vaut la réputation d'homme dur. En 1804, à trente-quatre ans, il figure parmi les dix-huit premiers maréchaux d'Empire. Son allure — taille modeste, visage sec, regard perçant — tranche avec l'éclat des Murat ou des Lannes ; Napoléon le cite pourtant en modèle d'exécution : « Davout, c'est mon Bayard. » À Austerlitz (2 décembre 1805), le IIIe corps qu'il mène au combat contribue à la décision sur le plateau de Pratzen. Le personnage est posé : tacticien du terrain, organisateur, peu enclin au pillage systématique que tolèrent parfois d'autres ailes de la Grande Armée.

Auerstedt : le IIIe corps seul face aux Prussiens

Le 14 octobre 1806, la double bataille d'Iéna et d'Auerstedt éclate selon un schéma en deux manœuvres simultanées : Napoléon écrase une fraction prussienne à Iéna tandis que le gros de l'armée commandée par le duc de Brunswick marche vers le nord-ouest et heurte Davout sur le plateau d'Auerstedt — même journée, brouillards et chemins boueux, non une simple « poursuite après Iéna ».

Bernadotte, théoriquement voisin, n'apporte pas la masse décisive que certains ordres impériaux auraient pu laisser attendre ; l'historiographie débat encore désobéissance, interprétation des instructions ou contraintes de marche. Davout reste avec Friant, Morand, Gudin et les divisions du IIIe corps face à des colonnes prussiennes supérieures en nombre, en tenailles de villages et d'échelons, sous une artillerie de ligne particulièrement meurtrière.

Brunswick est mortellement blessé ; la cohésion prussienne se fissure ; à la nuit, la victoire appartient au IIIe corps au prix d'un bilan humain lourd pour Davout. L'Empereur, lui-même vainqueur ce jour-là, mesure l'exploit stratégique de la double vue Iéna-Auerstedt ; le surnom de maréchal de fer s'ancre dans la légende. Davout reçoit en 1808 le titre de duc d'Auerstedt et entre en novembre 1806 à Varsovie au sein d'une armée qui redessine l'Europe germanique et polonaise.

La gravure d'après Thévenin fixe l'imaginaire de cette mêlée : fumée, drapeaux, chevauchées et mousqueterie serrée — le support visuel par lequel les manuels résument l'épreuve où un corps français, presque isolé, tint puis battit une armée prussienne de bataille.

Varsovie, Eckmühl, Wagram et la Moskova

Après Tilsit, Davout commande les forces françaises en Pologne et assume le gouvernement militaire du grand-duché de Varsovie : réorganisation des levées, police des garnisons, encadrement d'une société partagée entre espoirs nationaux et tutelle française. Les témoins soulignent souvent sa relative probité financière par rapport aux exactions que d'autres cercles militaires tolèrent.

En avril 1809, dans la guerre de la Cinquième Coalition, Davout opère sur le flanc sud de la grande manœuvre bavaro-autrichienne : après Abensberg et Eggmühl, la bataille d'Eckmühl (21-22 avril) voit Napoléon et le IIIe corps refermer une tenaille sur l'arrière-garde autrichienne ; l'Empereur crée Davout prince d'Eckmühl sur le champ de bataille. En juillet, à Wagram, le IIIe corps s'inscrit encore dans une bataille de masse sur le Marchfeld, aux côtés des autres ailes de la Grande Armée.

En 1812, à la tête du Ier corps de la Grande Armée, Davout franchit le Niémen, participe aux étapes de la campagne de Russie — Smolensk, puis la grande journée du 7 septembre. À la Moskova, son infanterie enchaîne les assauts contre les flèches et les redoutes du secteur sud ; les pertes sont énormes ; Davout est blessé (selon les sources à la jambe ou à la tête). Moscou vide et incendiée précipite la décision de retraite ; le Ier corps, épuisé, participe encore aux repli et aux passages critiques, dont la Bérézina.

Le tableau de Louis-François Lejeune évoque la bataille dite de « Moscou » dans la nomenclature française de l'époque : même si le calendrier et le titre du peintre fixent une date voisine, l'image résume l'ampleur du choc où le corps de Davout porte une part décisive du combat d'infanterie contre les ouvrages russes.

Hambourg, Cent-Jours, Restauration et mort

En 1813 Napoléon confie à Davout le nord de l'Allemagne : installé à Hambourg, il transforme la ville hanséatique en place forte, organise le blocus et la défense civile, et refuse la capitulation après la défaite de Leipzig (octobre 1813). Prussiens, Russes et Suédois investissent ; le siège se prolonge jusqu'au 31 mai 1814 — semaines après l'abdication de Fontainebleau — avant une reddition négociée qui préserve l'honneur des garnisons. Davout rentre en France bourbonienne, prête serment à Louis XVIII et conserve son titre de maréchal.

Au retour de l'île d'Elbe, Napoléon nomme Davout ministre de la Guerre (mars 1815) : décrets de mobilisation, places fortes, articulation avec l'état-major de campagne — il reste à Paris pendant Waterloo, ce qui alimente encore les débats sur les ordres transmis à Grouchy et sur la coordination de l'armée du Nord. Après la défaite, il participe à la commission de défense de la capitale sous incertitude politique, puis à la capitulation ; la seconde Restauration le raye un temps des cadres et le menace de procès avant que le statut de pair et les négociations ne lui permettent de se retirer puis de reprendre une vie publique limitée.

La monarchie de Juillet le maintient pair héréditaire sans grande influence politique. En 1819, devant la Chambre des pairs, il plaide sans succès une réhabilitation morale autour de la mémoire de Ney — geste qui témoigne de sa loyauté personnelle envers un rival de campagne autant que du poids des polémiques post-1815.

Il meurt du choléra le 1er juin 1823 à Paris, rue de l'Université, à cinquante-trois ans, et est inhumé au cimetière du Père-Lachaise. Les formules prêtées à Napoléon à Sainte-Hélène — capitaine capable de « vingt batailles » — résument l'estime d'un commandant qui avait fait de la rigueur tactique et administrative une marque presque systématique. Du XIXe au XXIe siècle, l'historiographie oscille entre le bourreau disciplinaire et le modèle d'exécution opérationnelle ; Auerstedt et la Moskova restent les deux repères obligés de toute biographie militaire de Davout.

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