Maréchal d'Empire, duc de Bellune

Claude Victor-Perrin

1764-1841

Claude Victor-Perrin

Fils d'une famille bourgeoise du plateau de Langres (Charles Perrin, lié à l'administration des domaines royaux), il entre tambour au régiment de Grenoble artillerie en 1781 ; la Révolution fait de lui un général au feu — Toulon avec Bonaparte, Italie, Marengo. Mis en disponibilité en 1804, ministre plénipotentiaire au Danemark, il rejoint la Grande Armée : Iéna, puis Friedland où sa charge aide à briser les Russes — maréchal le 13 juillet 1807, duc de Bellune en 1808. L'Espagne avec Joseph Bonaparte mêle Medellín et revers ; rappelé pour le 9e corps en 1812, il couvre la Bérézina. Leipzig, campagne de France (grièvement blessé à Craonne), fidélité aux Bourbons aux Cent-Jours, ministre de la Guerre en 1821. Mort à Paris le 1er mars 1841.

Du tambour de Grenoble au général de Toulon

Claude Victor-Perrin naît à Lamarche, dans les Vosges, le 7 décembre 1764, dans une famille bourgeoise du plateau de Langres. Le 16 octobre 1781, à dix-sept ans, il s'engage comme tambour au régiment de Grenoble artillerie — la guerre lui vient par le rythme du régiment et la discipline des pièces. Après une période civile à Valence, la patrie en danger le ramène aux frontières : volontaires, adjudant, Italie. Ce n'est pas à Valmy qu'il fixe sa légende, mais au siège de Toulon en 1793, aux côtés d'un capitaine d'artillerie nommé Bonaparte. Blessé grièvement à l'Éguillette, promu général de brigade sur le terrain, il entre dans le cercle des hommes que la République fabrique en quelques mois.

Les Pyrénées orientales sous Pérignon, puis le retour en Italie avec Bonaparte, forment le soldat complet : sièges, batailles en plaine, poursuite sur l'Adige. À Marengo, le 14 juin 1800, sa division tient la ligne à l'aube contre Mélas ; ce n'est pas la gloire du soir — Desaix, Kellermann — mais des heures d'accrochage qui sauvent le temps nécessaire à la manœuvre. Le Premier Consul le remarque : Victor n'est pas une foudre de guerre ; c'est une lame régulière, fiable.

Les fonctions consulaires le mènent à la tête de l'armée de Batavie, puis aux projets de Louisiane avortés — flottes prises dans les glaces, paix fragile. En 1804, « mis en disponibilité » comme tant de généraux que l'Empire range avant de rappeler, il patiente. La relance viendra du Danemark : diplomatie et observation en mer Baltique — l'autre visage de la guerre napoléonienne, loin des tableaux d'honneur.

Iéna, la capture par Schill, Friedland — le 13 juillet 1807

Rentrée dans la Grande Armée à l'automne 1806, Victor gravit vite : état-major du corps de Lannes, Saalfeld, Iéna — blessé par un biscaïen, il n'en poursuit pas moins les Prussiens. En janvier 1807, un coup de théâtre : en route vers Stettin, un partisan prussien, Ferdinand von Schill, le capture avec une poignée de chasseurs. L'Empereur échange presque aussitôt le prisonnier contre Blücher : la valeur des généraux se négocie comme celle des places fortes.

Le 14 juin 1807, à Friedland, Victor remplace Bernadotte blessé à la tête du Ier corps. C'est lui qui lance la charge victorieuse contre le centre russe de Bennigsen — la rivière Alle en lit de retraite, les canons français qui compressent l'ennemi contre l'eau. Huit jours plus tard, Tilsit scelle la paix avec Alexandre. Le 13 juillet, Napoléon élève Victor à la dignité de maréchal d'Empire : pas sur le plateau de Wagram — encore dans l'avenir — mais sur le sang de Friedland. Le titre de duc de Bellune suivra en 1808, du nom italien rappelant ses campagnes. Gouverneur de Berlin, il refuse les deux millions d'or offerts par une ville reconnaissante ; l'anecdote, gravée au marbre à Lamarche, dit assez l'homme : orgueil de probité, distance envers l'ostentation.

À ce stade, Victor incarne le maréchal « technique » : ni frère d'armes du 18 Brumaire ni favori des Tuileries, mais l'un de ceux sans qui les cartes d'état-major ne tiennent pas. Napoléon, qui sait compter, le sait ; il ne lui accordera jamais la tendresse qu'à Lannes, mais lui confiera bientôt l'un des postes les plus ingrats de l'Empire — l'Espagne.

Joseph Bonaparte, l'Espagne et le feu des critiques

Dès août 1808, Victor prend le commandement du 1er corps destiné à l'Espagne : Bayonne, Vitoria, victoire à Espinosa, mais aussi le mauvais pas de Somosierra où il faut la charge polonaise de la Garde pour débloquer. Avec Joseph Bonaparte à Madrid, il enchaîne Uclès, Medellín — journées éclatantes — puis la poussée vers l'ouest et le choc de Talavera, les 27 et 28 juillet 1809, face aux Anglo-Espagnols de Wellington. L'Empereur, dans ses distributions de domaines hanovériens, ne l'oublie pas : la fidélité au feu prime sur l'équivoque stratégique de la péninsule.

Le maréchal s'enfonce plus loin : Andalousie, siège de Cadix pendant des mois, victoire locale à la Barrosa (1811) sans pouvoir achever le blocus. Ce n'est pas un échec personnel : c'est une guerre que les cartes d'état-major ne suffisent pas à gagner. En avril 1812, l'ordre tombe : quitter le théâtre ibérique pour le 9e corps de la Grande Armée, réserve entre Vilna et Smolensk. L'Espagne recule dans le rétroviseur ; la Russie attend.

Les polémiques parisiennes ont beau stigmatiser tel ou tel général, les soldats savent qui a tenu la ligne sous les partisans. Victor, dans ses mémoires, gardera sur cette période un ton de chef de troupes — ni excuse ni fanfaronnade — qui tranche avec le roman national espagnol ou anglais.

Russie, Bérézina, Leipzig — le maréchal qui tient l'arrière-garde

En 1812, Victor marche vers la Russie à la tête du 9e corps, sur le flanc sud de la Grande Armée. Sa mission : tenir le contact avec les corps autrichiens alliés, couvrir les approches, empêcher les Russes de tourner l'aile. Ce n'est pas le centre de la bataille de la Moskova — là où Napoléon concentre masse et artillerie contre Koutouzov — mais sans ces flancs, le dispositif impérial volerait en éclats. Victor exécute, serre les rangs, endure les marches dans la poussière et la faim. Quand Moscou brûle et que la retraite commence, son corps devient l'une des colonnes qui tentent de préserver une cohérence militaire dans le chaos.

La Bérézina restera le nom ultime de cette épopee. Victor n'est pas celui qui construit les ponts — ce rôle revient à Eblé et à l'ingénierie héroïque — mais, le 25 novembre 1812, il couvre la retraite, retient l'armée russe de la Dvina, défend l'accès aux ponts de Studianka alors que des milliers de fantassins traversent la glace. Napoléon, à Sainte-Hélène, reconnaîtra qu'« au passage de la Bérézina, il avait tiré très bon parti de son corps ».

En 1813, le 2e corps en Saxe : Dresde, Wachau, Leipzig — le centre et le sud du front français. La retraite vers l'Elbe, puis la campagne de France : Victor est de Brienne, de La Rothière, de Mormant ; à Montereau, en février 1814, un retard lui vaut la colère de l'Empereur et un temps l'écartement — pardon et Jeune Garde suivent. À Craonne, le 7 mars, un coup de feu le met hors de combat des mois durant. L'abdication le surprend en convalescence ; il prête serment à Louis XVIII, suit le roi à Gand pendant les Cent-Jours. En 1821, ministre de la Guerre ; sous Charles X, il conserve des honneurs. En 1830, il refuse de prêter serment à Louis-Philippe et se retire. Mort le 1er mars 1841 à Paris, à soixante-seize ans — moins une légende de boulevard qu'un monument de l'Arc de triomphe.

Mémoires et silhouette — l'homme que la légende efface

Les Mémoires de Victor, publiés après sa mort, offrent une lecture différente des bulletins impériaux. Le ton est sec, parfois cassant : peu de flamboyance, beaucoup de chiffres, de distances, de pertes. On y sent le général d'antan qui a mesuré chaque victoire au prix du sang payé. Il ne déshonore pas Napoléon — trop de respect professionnel pour cela — mais il décortique les erreurs stratégiques, l'emportement espagnol, la campagne de Russie comme une suite de paris excessifs. Cette lucidité tardive en fait un témoin précieux pour les historiens du XXe siècle, moins pour les romanciers du XIXe, friands de Ney et de Murat.

Sa vie privée reste dans l'ombre : époux, père, collectionneur de livres militaires, amateur de chasse dans les Vosges quand la paix le permet. Le duc de Bellune incarne une France militaire qui croit encore au mérite technique, à la carte d'état-major, à la valeur des instructions écrites — tout ce que la légende napoléonienne, axée sur le génie fulgurant, tend à escamoter. Peut-être est-ce là sa place dans l'épopée : non pas au centre du tableau de David, mais dans la marge où l'on voit les officiers qui tiennent la ligne pendant que le maître peint le geste héroïque.

Aujourd'hui, son nom survit dans les noms de rues, les notices de musée, les thèses sur la guerre d'Espagne. Les visiteurs du site Empire Napoléon peuvent le redécouvrir comme le soldat qui a traversé trois régimes sans jamais trahir son serment d'officier — une constance moins spectaculaire que le courage devant les canons, mais rare à l'échelle d'une vie entière.

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