Origines
La cavalerie lourde cuirassée existe en France bien avant Napoléon ; l'Empire en modernise l'organisation, l'uniforme et l'emploi en masse. Les régiments de cuirassiers deviennent l'outil privilégié de la rupture montée.
Sous le Consulat puis l'Empire, le nombre de régiments augmente avec les besoins des campagnes. Ils forment, avec les carabiniers, le noyau de la cavalerie de réserve.
Leur prestige est considérable : entrer chez les cuirassiers suppose souvent taille, solidité et, autant que possible, un bon cheval — ressource rare après les grandes campagnes.
Organisation
Les régiments de cuirassiers s'organisent en escadrons ; l'effectif monté prêt au combat est presque toujours inférieur aux tableaux théoriques, surtout après 1812.
Sur le champ de bataille, on les regroupe fréquemment en brigades et divisions de grosse cavalerie, tenues en réserve jusqu'au moment jugé décisif. Murat, Nansouty, Latour-Maubourg et d'autres chefs de cavalerie en font un instrument de manœuvre à l'échelle de la bataille.
Le train d'entretien — forgerons, selliers, fourrage — suit difficilement les marches forcées ; la cuirasse et le cheval lourd imposent une logistique particulière.
Uniforme et armement
La cuirasse (plastron et souvent dossière), le casque à crinière, l'habit et les bottes d'écuyères composent la silhouette lourde. Le fer protège contre les coups de pointe et bien des biscaïens, sans rendre invulnérable sous le feu d'artillerie.
L'arme principale est le sabre droit de cavalerie lourde, conçu pour l'estoc dans la charge. Les pistolets d'arçon complètent l'équipement ; la carabine n'est pas le centre de leur doctrine de choc.
Le cheval, de préférence grand et robuste, est aussi important que l'homme. Les pertes en chevaux — Eylau, Russie, 1813 — affaiblissent la grosse cavalerie autant que les pertes humaines.
Tactique
La charge en ligne ou en échelon vise à briser une infanterie déjà ébranlée, à culbuter une cavalerie adverse ou à exploiter une brèche. Contre un carré ferme et un feu nourri, elle peut échouer avec de lourdes pertes.
Les cuirassiers interviennent souvent tard dans la journée, lorsque l'artillerie et l'infanterie ont préparé le terrain. Leur masse, une fois lancée, est difficile à arrêter — et difficile à reformer si la charge se disperse.
Le terrain compte : boue, pentes, cultures hautes ralentissent le cheval lourd. Les grands succès de la grosse cavalerie coïncident souvent avec un sol praticable et un ennemi déjà éprouvé.
Faits d'armes
À Eylau (8 février 1807), la charge massive de la cavalerie de réserve — où les cuirassiers tiennent une place centrale — rétablit une situation critique sous la neige et le feu russe. Le coût en hommes et chevaux est énorme.
À Wagram (1809), la cavalerie lourde participe aux actions de rupture et de poursuite. À la Moskova (1812), elle s'engage dans des combats coûteux autour des redoutes et positions russes.
À Waterloo (18 juin 1815), les charges répétées de la cavalerie française contre les carrés anglo-alliés — dont des cuirassiers — marquent la journée sans parvenir à briser définitivement l'infanterie ennemie. La boue et le feu défensif pèsent lourd.
Héritage
Le cuirassier d'Empire est resté l'archétype européen du cavalier cuirassé du XIXe siècle. Tableaux, gravures et uniformologie en ont figé l'image : casque, cuirasse, sabre au clair.
Pour Empire Napoléon, il incarne le choc monté — splendide et coûteux — de la bataille napoléonienne.