Les 26 et 27 août 1813, Napoléon accourt au secours de Dresde, menacée par la grande armée de Bohême de Schwarzenberg. Sous une pluie battante, il écrase l'aile gauche autrichienne et rejette les coalisés vers la Bohême : c'est sa dernière grande victoire en Allemagne, aussitôt effacée par les défaites de ses lieutenants.
Forces en présence
Issue : Victoire française
France · Saxe
- Napoléon
- Murat
- Ney
- Saint-Cyr
- Victor
100 000 à 135 000 hommes selon les sources
Pertes : Environ 10 000 tués et blessés
Autriche · Russie · Prusse
- Schwarzenberg
- Barclay de Tolly
- Wittgenstein
- Moreau
200 000 à 215 000 hommes
Pertes : 38 000 à 40 000 hommes, en majorité prisonniers, et une quarantaine de canons
Drapeaux : David Liuzzo, Wikimedia Commons
Coordonnées de la bataille
Dresde
Coordonnées 51,0500° N · 13,7380° E
Récit de la bataille
L'été 1813
Après la catastrophe de Russie, Napoléon a reconstitué une armée, faite en grande partie de jeunes conscrits, et remporté au printemps 1813 les batailles de Lützen et de Bautzen. À la fin de l'armistice, en août, l'Autriche rejoint la coalition : Russes, Prussiens, Suédois et Autrichiens alignent désormais plus de combattants que lui. Leur stratégie, arrêtée à Trachenberg, est d'éviter l'Empereur en personne et de battre ses lieutenants séparément.
Le 16 août, Napoléon charge le maréchal Gouvion-Saint-Cyr de fortifier et de tenir Dresde, capitale de son allié le roi de Saxe et grand dépôt de l'armée. Puis il marche vers la Silésie contre Blücher. C'est le moment que choisit la grande armée de Bohême du prince de Schwarzenberg, où se trouvent le tsar Alexandre, l'empereur François et le roi de Prusse, pour déboucher des montagnes et marcher sur Dresde.
Dresde menacée
Saint-Cyr n'a qu'environ 20 000 hommes, Français et Saxons, pour défendre une ville trop vaste, protégée par quelques redoutes. Le 25 août, les trois monarques observent la place depuis les hauteurs. Le tsar et le général Moreau — l'ancien rival de Bonaparte, revenu d'exil aux États-Unis pour conseiller les coalisés — veulent attaquer tout de suite ; Schwarzenberg préfère attendre ses renforts, et se plaint amèrement des interventions de l'entourage des souverains. Ce délai profite à Napoléon. Averti, l'Empereur fait demi-tour : sa Garde parcourt environ 140 kilomètres en trois jours de marches forcées.
26 août : Napoléon arrive
Le 26 août, plus de 200 000 coalisés se déploient autour de la ville : les Autrichiens à gauche, les Russes et les Prussiens de Wittgenstein et de Kleist à droite, les réserves de Barclay de Tolly au centre. Dès le matin, ils tâtent les défenses. Vers 10 heures, Napoléon entre dans Dresde par le nord avec l'infanterie de la Garde, suivie de la cavalerie de Murat. Les coalisés voient les colonnes françaises affluer et hésitent jusqu'au milieu de l'après-midi. Vers 15 heures, ils lancent enfin l'assaut général contre les faubourgs du sud. Les Prussiens enlèvent le Grand Jardin, les Autrichiens une lunette ; mais les attaques se brisent aux abords de la ville.
Vers 17 h 30, Napoléon contre-attaque partout à la fois : la cavalerie à droite, Ney et une partie de la Jeune Garde au centre, Mortier et l'autre corps de la Jeune Garde à gauche. À la nuit, les Français ont repris presque toutes les positions de Saint-Cyr. Une pluie torrentielle se met à tomber et ne cesse pas de la nuit.
27 août : sous la pluie
Renforcé pendant la nuit par les corps de Victor et de Marmont et par la cavalerie de la Garde, Napoléon attaque le 27 au matin, sous une pluie battante. La Weißeritz, gonflée par l'orage, isole l'aile gauche autrichienne de Klenau et de Gyulai du reste de l'armée. Murat, à la tête des carabiniers et des cuirassiers, se jette sur elle. Les fusils des fantassins autrichiens, dont la poudre est trempée, ne font plus feu : des bataillons entiers doivent déposer les armes, et la division du général Mesko est entièrement prise. On rapporte que le général de Bordesoulle, face à un carré autrichien qui refusait de se rendre, fit avancer six canons à trente pas avant d'obtenir sa reddition.
Sur l'autre aile, Ney, Mortier et Saint-Cyr repoussent peu à peu les Russes et les Prussiens, malgré des charges désespérées de leur cavalerie ; au centre, Marmont tient la ligne et les artilleries se répondent. Vers 17 heures, toute l'armée coalisée commence à se retirer, alors même que les réserves de Schwarzenberg n'ont pas été engagées.
La mort de Moreau
Pendant la bataille, alors qu'il s'entretenait avec le tsar, le général Moreau est grièvement blessé par un boulet français. Il meurt le 2 septembre, à Louny, en Bohême. Le vainqueur de Hohenlinden, jadis l'un des généraux les plus célèbres de la République, finit dans les rangs des ennemis de la France ; Louis XVIII le fera maréchal de France à titre posthume.
Bilan
Les coalisés ont perdu de 38 000 à 40 000 hommes, dont une majorité de prisonniers et de disparus, ainsi qu'une quarantaine de canons ; les Français, environ 10 000 tués et blessés. C'est la dernière grande victoire de Napoléon en Allemagne. Mais la pluie, l'état des chemins et une arrière-garde efficace permettent à Schwarzenberg de se retirer en bon ordre vers la Bohême. Napoléon, souffrant — de violentes coliques, selon certains de ses officiers —, ne dirige pas lui-même la poursuite.
Une victoire sans lendemain
Lancé à la poursuite des coalisés vers les montagnes, le corps de Vandamme s'engage trop loin : il est encerclé et détruit à Kulm, le 30 août, et Vandamme est fait prisonnier. Ailleurs, comme le prévoyait le plan des coalisés, les lieutenants de Napoléon sont battus : Oudinot à Großbeeren le 23 août, Macdonald sur la Katzbach le 26, Ney à Dennewitz le 6 septembre. Ces revers effacent le succès de Dresde et préparent la grande bataille de Leipzig, en octobre. Présent dans la ville pendant les combats, l'écrivain E. T. A. Hoffmann parcourut ensuite le champ de bataille et en tira un récit, Vision sur le champ de bataille de Dresde.
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