Reine de Hollande

Hortense de Beauharnais

1783-1837

Portrait d'Hortense de Beauharnais (1783-1837), reine de Hollande, compositrice de « Partant pour la Syrie » et mère de Napoléon III — jeune femme en robe claire d'époque empire, fichu ou col délicat, regard posé ; peinture de portrait du début du XIXe siècle

Hortense de Beauharnais (1783-1837), fille de Joséphine et d'Alexandre de Beauharnais, épouse imposée de Louis Bonaparte (1802) puis reine de Hollande (1806-1810) sous le nom batave de Koning Lodewijk : elle incarne la fusion dynastique Bonaparte-Beauharnais voulue par Napoléon. Le ménage, jaloux et douloureux, la rattache à Malmaison et au salon maternel ; la liaison avec Charles de Flahaut et la naissance de Charles-Louis (1808) alimentent deux siècles de débats sur la paternité — les sources penchent souvent pour Flahaut, sans que Louis ait désavoué l'enfant. Après l'annexion de la Hollande (1810), le divorce impérial puis la mort de Joséphine (1814), Waterloo la contraint à l'exil : proscrite par les Bourbons, elle achète Arenenberg sur le lac de Constance et y façonne l'éducation de celui qui deviendra Napoléon III. Compositeur de romances dont « Partant pour la Syrie » (1807), mémorialiste et hôtesse de salon à Paris puis en Suisse, elle meurt en 1837 sans avoir vu le Second Empire faire de sa romance l'hymne officieux du régime.

Enfance, salon Beauharnais et mariage avec Louis

Hortense de Beauharnais naît à Paris le 10 avril 1783, deux ans après son frère Eugène. Fille de Marie Josèphe Rose Tascher — la future Joséphine — et du vicomte Alexandre de Beauharnais, elle devient en 1794 une enfant du guillotin : le père est exécuté le 23 juillet ; la mère échappe de peu au même sort aux Carmes. Après Thermidor, elle grandit dans le sillage de Joséphine, entre des logis modestes et les salons du Directoire où sa mère tisse le réseau qui sauvera la famille.

Elle fréquente la pension Campan — cette institution célèbre où les jeunes filles de bonne famille apprennent chant, dessin, piano et composition légère. Les chroniques la décrivent gaie, spirituelle, mondaine : un tempérament qui heurtera la mélancolie de Louis Bonaparte. Elle appartient à la première génération qui a vu l'enfance basculer de la Révolution au Consulat, puis à l'Empire.

En 1802, NapoléonPremier consul et époux de Joséphine — impose le mariage avec Louis Bonaparte, son frère cadet. L'alliance doit fondre dynastiquement Bonaparte et Beauharnais et sécuriser la succession. Ni Hortense ni Louis n'y consentent de cœur : on murmure son attachement à Géraud Duroc, grand maréchal du palais ; Louis, malade depuis l'Égypte — fièvres, rhumatismes, humeur sombre —, éprouve peu d'attirance pour cette jeune femme trop vive. Le mariage civil est célébré le 4 janvier 1802 ; le couple obéit sans fabriquer la tendresse.

Les premières années mêlent cérémonial de cour et froideur privée. Hortense reste liée à sa mère et à Malmaison ; Louis suit la carrière que son frère lui assigne. La naissance des fils — Napoléon-Charles en 1802, Napoléon-Louis en 1804 — satisfait l'attente dynastique, mais la mort du premier, emporté par le croup en 1807, plonge Hortense dans un deuil qui creuse les fissures du ménage.

Reine de Hollande et cour de La Haye

En 1806, Napoléon fait roi de Hollande Louis — « Koning Lodewijk ». Hortense devient reine ; la cour réside à La Haye et à Amsterdam. Elle remplit des fonctions cérémonielles mais fuit vers Paris ou Malmaison dès que l'étiquette le permet. Louis, jaloux et soupçonneux, l'accuse d'infidélité ; le ménage bascule dans des crises perceptibles que l'Empereur peine à apaiser.

À Malmaison, elle rencontre Charles de Flahaut, aide de camp de Murat, fils naturel de Talleyrand — brillant, séduisant. Une liaison s'installe. En 1808 naît Charles-Louis ; la paternité (Louis ou Flahaut) se discute depuis deux siècles — les biographes penchent le plus souvent pour Flahaut. Hortense élève tous ses enfants avec tendresse et protège leur place à la cour.

Elle compose des romances au goût du jour ; « Partant pour la Syrie » (1807) demeure la plus célèbre : un chevalier part pour la croisade, la dame lui donne un anneau, il lui jure fidélité. La chanson circule dans les salons et les feuilles imprimées ; elle devient l'écho sonore d'une époque où l'esthétique impériale mêle motifs médiévaux et orientaux.

En 1810, Napoléon annexe la Hollande ; Louis abdique. Hortense reçoit le titre de duchesse de Saint-Leu et oscille entre Paris et les résidences qui lui sont attribuées. La rupture du couple impérial en 1809 et la mort de Joséphine en 1814 la bouleversent ; elle reste ancrée dans la parenté napoléonienne jusqu'à ce que Waterloo accélère la Restauration.

Arenenberg, mémoire bonapartiste et mort

Après 1815, Hortense doit quitter la France ; les Bourbons l'inscrivent sur les listes de proscription. En 1817 elle achète le château d'Arenenberg au bord du lac de Constance — tour médiévale, prairies, vue sur l'eau. Elle y élève Charles-Louis, le futur Napoléon III : bulletins de la Grande Armée, portraits de l'Empereur, récits d'une grandeur perdue structurent son enfance. Exilés bonapartistes et voyageurs y trouvent une hospitalité cultivée.

En 1831, Napoléon-Louis meurt à Forlì lors d'une tentative d'insurrection aux côtés des carbonari ; les espoirs dynastiques reposent sur Charles-Louis. L'échec du coup de Strasbourg en 1836 ébranle la mère. La maladie la pousse à dicter ou rédiger ses Mémoires : portrait attendri de Joséphine, critique de Louis sans le nommer, défense de la mémoire napoléonienne — une source de grande valeur et de partialité avouée.

Elle meurt à Arenenberg le 5 octobre 1837, à cinquante-quatre ans. Son fils, après le coup d'État du 2 décembre 1851, devient Napoléon III le 2 décembre 1852. Hortense n'aura pas vu le Second Empire ; elle aura préparé l'homme dont la filiation biologique se discute encore, mais dont elle fut indubitablement la mère.

Musique, salon et voix dans l'historiographie

Hortense demeure toute sa vie musicienne et hôtesse. À Paris, avant 1815, elle reçoit artistes et gens de lettres ; à Arenenberg, elle prolonge le salon malgré l'isolement. « Partant pour la Syrie » circule sous la Restauration dans les milieux bonapartistes ; sous le Second Empire, Napoléon III en fait l'hymne officieux — cérémonies, régiments, plus tard une version orchestrée par Berlioz. La chanson survit aux régimes comme relique sonore.

Ses Mémoires, publiées après sa mort, idéalisent Joséphine, atténuent ses propres écarts, dressent Louis en mari impossible sans le nommer. Les historiens les utilisent avec prudence : partiales, elles n'en restent pas moins un regard intérieur unique sur une femme entre Tuileries et exil.

Dans la recherche récente, Hortense apparaît moins comme une simple « reine malgré elle » que comme une actrice de mécénat, de stratégie maternelle et de production culturelle — une figure où se croisent héritage Beauharnais, mémoire bonapartiste et art de cour féminin.

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