Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont, duc de Raguse, maréchal d'Empire. Aide de camp de Bonaparte à Toulon, en Italie et en Égypte, artilleur décisif à Marengo, il fut peut-être le plus proche confident du Premier Consul. La capitulation de Paris qu'il signe en avril 1814, en transférant son corps aux alliés, fait de lui le traître par excellence de l'épopée napoléonienne — et donne naissance au verbe « raguser ».
L'artilleur de génie — De Toulon à Marengo
Auguste Marmont naît à Châtillon-sur-Seine le 20 juillet 1774, dans une famille de petite noblesse bourguignonne. Il entre à l'École d'artillerie de Châlons en 1792. C'est au siège de Toulon, en décembre 1793, que commence l'amitié décisive de sa vie. Marmont est lieutenant d'artillerie ; Bonaparte commande l'artillerie de l'armée républicaine. Le jeune Bourguignon impressionne par sa vigueur, son intelligence et sa dévotion absolue. Bonaparte le prend comme aide de camp, geste qui vaut engagement solennel dans l'univers napoléonien.
La connexion s'approfondit en Italie (1796-1797), en Égypte (1798-1799). À chaque campagne, Marmont est aux côtés de Bonaparte — présent à Montenotte, Millesimo, Lodi, Arcole. Il apprend la guerre au contact d'un maître, observe ses méthodes, transcrit ses ordres, transmet ses volontés aux généraux. Le 18 Brumaire, il est à Paris, l'un des officiers qui soutiennent le coup d'État. La fidélité est totale, la confiance réciproque. On dit que Napoléon l'appelle parfois "mon Auguste" — affection rare chez un homme peu prodigue en tendresses.
La consécration arrive à Marengo, le 14 juin 1800. L'armée française semble vaincue : Mélas a refoulé les troupes vers l'est, la victoire autrichienne paraît acquise. Marmont commande l'artillerie de réserve. Quand Desaix revient au galop pour tenter une contre-attaque désespérée, Marmont fait avancer ses pièces à la course — manœuvre audacieuse sous le feu ennemi —, ouvre le feu à courte portée sur les colonnes autrichiennes et, combiné à la charge de la cavalerie de Kellermann et à l'attaque de Desaix (qui trouve la mort dans l'assaut), contribue au renversement spectaculaire de la bataille. Marengo, victoire fondatrice du Consulat, doit une part décisive à l'artillerie de Marmont. Il reçoit le commandement de la Dalmatie en 1806, puis le bâton de maréchal en 1809 et le titre de duc de Raguse, du nom de la cité adriatique qu'il avait administrée avec talent.
Salamanque — La catastrophe espagnole
En 1811, Marmont reçoit le commandement de l'Armée du Portugal — les forces françaises du nord-ouest de l'Espagne, coincées entre Wellington, l'insurrection portugaise et les guérilleros castillans. La mission est ingrate : tenir un territoire immense avec des ressources insuffisantes, des lignes d'approvisionnement constamment attaquées, des troupes épuisées par quatre ans de contre-insurrection. Marmont mène cependant plusieurs opérations habiles, manœuvre habilement contre Wellington, tient Badajoz et défend l'Alentejo avec les moyens du bord.
Le 22 juillet 1812, les deux armées se retrouvent face à face près de Salamanque. Wellington, avec environ cinquante mille hommes, affronte Marmont avec quarante mille. La situation est complexe : Marmont tente d'allonger sa gauche pour couper les Anglais de leur ligne de retraite vers le Portugal. Wellington observe depuis une hauteur, guettant la faute. Il la décèle au moment précis où les divisions françaises s'étirent dangereusement — un intervalle dangereux s'ouvre entre deux corps. Il ordonne l'attaque générale. Presque simultanément, un éclat d'obus arrache l'avant-bras gauche de Marmont. Il s'effondre, évanoui. Son successeur, le général Bonnet, est blessé à son tour quelques minutes plus tard. La chaîne de commandement se brise au moment critique. Wellington enfonce le centre français sans pitié. La défaite est totale : douze mille hommes perdus en une heure.
La bataille de Salamanque est l'une des plus grandes victoires de Wellington en Espagne. Elle oblige les Français à évacuer Madrid temporairement et retourne l'opinion européenne en faveur de la coalition. Pour Marmont, la blessure est double : il perd l'usage de son bras pour plusieurs mois et voit sa réputation entamée. Les critiques l'accusent d'avoir allongé son flanc de manière imprudente, d'avoir méconnu les capacités de riposte de Wellington. Il se défend dans ses Mémoires avec insistance, attribuant la faute à la lenteur du général Clausel, qui n'aurait pas soutenu la manœuvre à temps. Cette polémique ne sera jamais véritablement tranchée.
La capitulation de Paris — Naissance du verbe « raguser »
En 1814, la France est envahie de toutes parts. Napoléon livre une série de batailles brillantes en Champagne — Champaubert, Montmirail, Vauchamps —, mais les armées coalisées sont trop nombreuses. En mars, Marmont commande le 6e corps, basé aux environs de Paris, avec mission de tenir les approches de la capitale. Napoléon, retranché à Fontainebleau, essaie de coordonner une dernière résistance. Il envoie à ses maréchaux l'ordre de tenir coûte que coûte. Mais les maréchaux sont épuisés — par les années de guerre, par les pertes, par la conviction croissante que la partie est définitivement perdue.
Dans la nuit du 3 au 4 avril 1814, Marmont prend une décision qui va l'infâmer pour l'éternité. Après des négociations secrètes avec le prince de Schwarzenberg et les émissaires de Louis XVIII, il transfère son corps — environ douze mille hommes — vers les lignes alliées sans en avoir informé ni Napoléon ni ses pairs maréchaux. Cette reddition donne aux coalisés une position décisive aux abords de Paris et prive Napoléon de sa dernière réserve réelle. Quand l'Empereur apprend la nouvelle à Fontainebleau, il reste silencieux un long moment. Il prononce ensuite ces mots rapportés par Caulaincourt : "Marmont est le seul qui m'ait trahi."
L'abdication suit quelques jours plus tard. Le mot "raguser" entre dans la langue populaire française — raguser pour dire trahir, du titre de duc de Raguse. Cette étymologie populaire, même si elle ne figure dans aucun dictionnaire officiel, illustre l'impact de l'acte sur la mémoire collective. Marmont lui-même n'assumera jamais pleinement la nature de ce qu'il avait fait dans ses Mémoires : il parle de "capitulation honorable", de "nécessité militaire", d'un choix dicté par la sauvegarde de la France. Ses contemporains ne le lui pardonneront pas. Le terme "raguser" traversera le XIXe siècle comme une cicatrice dans la langue.
L'exil et les Mémoires — La conscience d'un paria
Après Waterloo, Marmont reste au service des Bourbons. Pair de France, aide de camp du roi, il occupe des postes honorifiques sous Louis XVIII puis sous Charles X, qui lui accorde une confiance particulière et le nomme gouverneur de Paris. En juillet 1830, lorsque la révolution des Trois Glorieuses éclate, Marmont tente de défendre Charles X avec les troupes disponibles. Mais les barricades se multiplient dans Paris, les soldats fraternisent avec les insurgés, l'ordre militaire s'effondre. Marmont donne finalement l'ordre de replier les troupes, évitant un bain de sang inutile, puis accompagne Charles X jusqu'à Cherbourg. Ce geste — protéger le roi jusqu'au bout — ne lui vaudra aucune réhabilitation dans l'opinion.
L'exil commence. Marmont suit la famille royale à Prague, puis erre entre Vienne, l'Angleterre, la Russie, l'Allemagne, l'Italie — cherchant une pension royale, une reconnaissance qui ne vient jamais vraiment. Il observe de loin le culte napoléonien qui se développe en France après le retour des cendres de l'Empereur aux Invalides (1840) : cette apothéose posthume renforce d'autant son image de traître. Il écrit ses Mémoires en huit volumes, publiés de 1856 à 1857, soit après sa mort. Ces mémoires sont une longue autojustification : la campagne du Portugal, Salamanque, la capitulation de 1814 — tout est présenté sous le meilleur jour possible, dans une prose défensive qui trahit l'obsession d'un homme que l'Histoire a déjà jugé.
Il meurt à Venise le 22 mars 1852, presque oublié. Il avait demandé à être enterré en France, dans la terre de Châtillon-sur-Seine qui l'avait vu naître. Sous Napoléon III, ses restes seront rapatriés et reposent désormais au cimetière de Châtillon-sur-Seine. Sur son tombeau : maréchal de France, duc de Raguse. Pas un mot sur la trahison. Pas un mot sur Salamanque. Comme si l'épitaphe elle-même choisissait le silence que Marmont avait toujours préféré au repentir. Les historiens depuis sont partagés : certains reconnaissent qu'il agit dans une situation militairement désespérée ; d'autres rappellent que ses négociations secrètes avaient commencé avant que la défaite fût irréversible. Ce doute-là ne le quittera pas.
Weitere historische Figuren entdecken
Napoléon Bonaparte
Empereur des Français
Jean Lannes
Maréchal d'Empire, duc de Montebello
Louis-Nicolas Davout
Marschall des Ersten Kaiserreichs, Fürst von Eggmühl
Nicolas Oudinot
Maréchal d'Empire, duc de Reggio
Jacques Macdonald
Maréchal d'Empire, duc de Tarente
Claude Victor-Perrin
Maréchal d'Empire, duc de Bellune
Mehr erfahren
Empfohlene Bücher zum Vertiefen (Affiliate-Links)
Napoleon — Eine meisterliche Biografie
Eine umfassende Biografie des Kaisers, auf solider Forschung basierend.
≈ 24,90 €Die Große Armee
Organisation, Taktik und Alltag der Soldaten der Großen Armee.
≈ 29,00 €Austerlitz 1805
Die ausführliche Darstellung der Schlacht der drei Kaiser.
≈ 19,90 €Als Amazon-Partner verdient diese Website an qualifizierten Verkäufen.
Die Enzyklopädie unterstützen
Empire Napoléon ist ein unabhängiges Projekt. Ihre Unterstützung hilft, Inhalte auszubauen und den Betrieb zu sichern.
Spenden