Bataille Victoire française

Brienne

29 janvier 1814 · Brienne-le-Château, Aube, Champagne

Le 29 janvier 1814, à une quarantaine de kilomètres au nord-est de Troyes, Napoléon livre bataille sous les murs du collège où il était entré enfant. Parti de Paris quatre jours plus tôt avec une armée de conscrits, il cherche à surprendre l'armée de Silésie de Blücher avant qu'elle ne rejoigne les Autrichiens. Un ordre intercepté ruine la surprise : le Prussien se concentre autour de Brienne-le-Château et l'affaire tourne à une mêlée de nuit où l'Empereur manque d'être embroché par un cosaque, et le maréchal prussien d'être pris dans le château qui lui sert de quartier général. Au matin, les Français tiennent le bourg — mais Blücher a décroché, intact.

Forces en présence

Issue : Victoire française : le bourg et le château restent aux Français, mais Blücher décroche intact

Drapeau tricolore (1794)

France

  • Napoléon Ier
  • Victor
  • Ney
  • Marmont
  • Grouchy

30 000 à 36 000 hommes selon les sources : 2ᵉ corps de Victor, 6ᵉ corps de Marmont, divisions de Jeune Garde de Ney, cavalerie de Grouchy et de Milhaud

Pertes : Environ 3 000 hommes selon Petre et Chandler, 3 500 et onze canons perdus selon Smith

Pavillon blanc-bleu-rouge de l’Empire russeDrapeau du royaume de Prusse (modèle de 1803)

Russie · Prusse

  • Blücher
  • Osten-Sacken
  • Olsoufiev
  • Pahlen

25 000 à 30 000 hommes de l’armée de Silésie : corps d’Olsoufiev et de Sacken, cavalerie de Pahlen, hussards de Lanskoï, cosaques de Chtcherbatov

Pertes : Environ 3 000 hommes selon Petre et Smith, jusqu’à 4 000 selon Chandler

Drapeaux : David Liuzzo, Wikimedia Commons

Coordonnées de la bataille

Brienne

Coordonnées 48,3914° N · 4,5208° E

Autres batailles Ouvrir dans OpenStreetMap
Le site aujourd’hui — Brienne-le-Château

Récit de la bataille

Un empereur à court de tout

Au 1ᵉʳ janvier 1814, les coalisés ont franchi le Rhin : la guerre se fait désormais en France. Napoléon quitte Paris le 25 janvier à six heures du matin et dîne le soir même à Châlons-sur-Marne, qui devient le premier quartier général de la campagne. Il y rassemble une cinquantaine de milliers d'hommes — en majorité de jeunes conscrits que l'on surnomme les « Marie-Louise », encadrés par des cadres usés jusqu'à la corde — contre des armées alliées trois à quatre fois supérieures en nombre.

Sa seule chance tient dans la dispersion de l'adversaire. L'armée de Silésie de Blücher descend par la Marne, l'armée de Bohême de Schwarzenberg par le plateau de Langres ; entre les deux subsiste un intervalle que l'Empereur compte exploiter comme il exploitait jadis les intervalles autrichiens en Italie. Il fait distribuer quatre jours de vivres et marche sur Saint-Dizier, où il croit trouver Blücher avec vingt-cinq mille hommes. Le 27 janvier, la cavalerie de Milhaud y bouscule un détachement russe ; mais le gros de l'armée de Silésie n'y est plus, il a filé vers le sud.

L'estafette capturée

La manœuvre imaginée est de celles qui ont fait Marengo : pendant que Mortier, parti de Troyes, attaquerait la tête de la colonne alliée, Napoléon tomberait sur ses arrières. Elle suppose le secret. Une estafette française tombe aux mains des cosaques avec les dispositions de l'Empereur ; Blücher, averti, cesse de marcher à l'aveugle et ramasse ses corps autour de Brienne-le-Château. Au lieu d'une colonne surprise en marche, les Français trouveront une armée prévenue, en position, sur un terrain qu'elle a eu le loisir de choisir.

Le dégel achève de compliquer les choses. Les chemins de la Champagne crayeuse tournent à la boue, l'artillerie s'enlise, les colonnes s'étirent : l'attaque qui devait partir au matin n'est prête qu'en fin d'après-midi.

Empereur en redingote grise chevauchant en tête d'une colonne épuisée sur un chemin boueux d'hiver, le regard fixe
Ernest Meissonier, Campagne de France, 1814, 1864, huile sur toile. Musée d'Orsay. Le tableau dit mieux qu'un récit l'état des chemins et des hommes durant les semaines où se joue Brienne. Domaine public, Wikimedia Commons.

Un château au-dessus du bourg

Brienne-le-Château tient son nom de l'édifice qui la domine : un château du XVIIIe siècle bâti à flanc de coteau, au-dessus des toits, d'où la vue porte sur toute la plaine de l'Aube. Pour un état-major, c'est l'observatoire idéal — Blücher et son chef d'état-major Gneisenau y installent leur quartier. Pour un assaillant, c'est la clef de la position : qui tient le château commande le bourg.

Napoléon connaît l'endroit mieux que personne. De mai 1779 à octobre 1784, de dix à quinze ans, il a été pensionnaire de l'école militaire de Brienne, à quelques centaines de mètres de là. Trente ans plus tard, il revient en empereur livrer l'une des dernières batailles de son règne dans le paysage de son enfance — coïncidence que ses contemporains n'ont pas manqué de relever, et dont il ne dit lui-même à peu près rien.

Trois colonnes et quarante escadrons

Les premiers coups de feu viennent de la cavalerie : la division légère de Piré accroche à Maizières-lès-Brienne trois régiments de cosaques du prince Chtcherbatov, et le général Lefebvre-Desnouettes y est blessé. Vers quinze heures, la cavalerie russe de Pahlen se replie à travers Brienne ; Napoléon ordonne l'attaque générale.

Elle se développe en trois colonnes, dont une seule — celle qui vise le château — mordra durablement. La division Duhesme, du 2ᵉ corps de Victor, entre en ligne vers quinze heures trente ; entre seize et dix-sept heures, la division Decouz, de la Jeune Garde de Ney, attaque la droite du bourg. Pahlen et Vassiltchikov répliquent par une charge d'une quarantaine d'escadrons sur le flanc gauche français : la division Duhesme est rompue et laisse huit pièces aux Russes.

Le pistolet de Gourgaud

C'est dans ce désordre, sur le chemin de Juzanvigny, que des cosaques enveloppent le petit groupe de cavaliers où se trouve Napoléon. L'un d'eux pointe sa lance sur l'Empereur ; son officier d'ordonnance Gaspard Gourgaud l'abat d'un coup de pistolet. L'épisode a nourri toute une imagerie au XIXe siècle et Gourgaud en tira, jusqu'à Sainte-Hélène, une fierté qu'il ne cachait pas. Napoléon, lui, se borne à rallier ses rangs ébranlés et à relancer l'attaque.

Lithographie : Napoléon à cheval au centre, un officier à ses côtés, un cosaque fondant sur lui la lance baissée, d'autres cavaliers aux lances dressées dans la fumée d'un champ de bataille
C. G. Lohse (Dresde), Napoléon encerclé par les cosaques sur le champ de bataille de Brienne, 1814, lithographie, XIXe siècle. L'estampe allemande popularise l'épisode du 29 janvier. Collection des bibliothèques de l'université McGill. Domaine public, Wikimedia Commons.

La prise du château

Pendant ce temps, environ quatre cents fantassins des 37ᵉ et 56ᵉ régiments d'infanterie de ligne découvrent un chemin non gardé qui monte au château et s'y glissent. Blücher et Gneisenau n'échappent à la capture qu'en gagnant précipitamment la sortie. Quatre canons sont enlevés, puis repris dans la contre-attaque.

Olsoufiev tente de reprendre le château et échoue ; Sacken, en revanche, nettoie l'essentiel du bourg. La ville est prise et reprise plusieurs fois dans un combat de nuit que les témoins comptent parmi les plus furieux de la campagne. L'encadrement français y laisse beaucoup : le général Decouz, mortellement blessé, meurt le 18 février ; le contre-amiral Pierre Baste, passé de la marine à la Jeune Garde, est tué sur le coup ; le général Forestier succombe le 5 février.

Minuit, puis quatre heures du matin

À minuit, Blücher donne à Olsoufiev l'ordre de décrocher ; deux heures plus tard, c'est au tour de Sacken. Le mouvement se fait si discrètement que les Français ne s'en aperçoivent pas tout de suite et n'occupent Brienne qu'à quatre heures du matin. Les comptes divergent — environ trois mille hommes de chaque côté selon Petre, trois mille Français contre quatre mille alliés selon Chandler, trois mille cinq cents Français et onze canons perdus selon Smith. Sur trente à trente-six mille Français engagés face à vingt-cinq à trente mille alliés, la saignée est surtout lourde pour l'armée qui ne peut pas remplacer ses pertes.

Victoire sur le terrain, échec dans la manœuvre

Les historiens n'ont jamais tranché du même côté. Bodart et Digby Smith portent Brienne au crédit de Napoléon ; Francis Loraine Petre juge que ce fut « à peine une victoire tactique » et que « stratégiquement, ce fut tout près d'une défaite ». Les deux lectures disent la même chose sous deux angles : les Français ont gardé le champ de bataille, mais ils n'ont obtenu ni la destruction de l'armée de Silésie ni même sa séparation d'avec les Autrichiens.

Blücher se replie sur Trannes, en direction de Bar-sur-Aube, et y opère exactement la jonction que la bataille devait empêcher. Trois jours plus tard, le 1ᵉʳ février, quelque cent vingt mille coalisés attaquent à La Rothière, à quelques kilomètres au sud de Brienne, et infligent à Napoléon la première défaite de la campagne sur le sol français. Il faudra les coups de boutoir de Champaubert, Montmirail et Vauchamps, la semaine suivante, pour que l'Empereur reprenne brièvement l'initiative. Brienne reste ce qu'elle fut : une nuit de mêlée gagnée au prix d'un temps dont il ne disposait plus.

Pour aller plus loin

Livres recommandés pour approfondir (liens affiliés)

Voir toute la boutique →

En tant que partenaire Amazon, ce site réalise un bénéfice sur les achats éligibles.

Soutenir l’encyclopédie

Empire Napoléon est un projet indépendant. Votre aide contribue à enrichir les contenus et à maintenir le site.

Faire un don

En savoir plus sur le projet

Paiement sécurisé sur la plateforme de votre choix.