Le VIe corps au camp de Boulogne
Michel Ney reçoit dès 1803-1805 le VIe corps du camp de Boulogne, embryon de la Grande Armée. Maréchal de 1804, il incarne l'attaque frontale, parfois jusqu'à l'imprudence : Napoléon le dirigera de près, sachant que l'élan de Ney doit être canalisé. Le corps compte plusieurs divisions d'infanterie et une cavalerie légère ; l'effectif varie, mais l'esprit reste celui de l'assaut.
Les soldats du VIe apprennent vite que leur maréchal marche au feu. Cette proximité forge une loyauté rude, utile quand les colonnes s'engagent dans des défilés ou sous le feu de batteries ennemies.
Elchingen et la campagne de 1805
Le 14 octobre 1805, à Elchingen, Ney et le VIe corps refoulent les Autrichiens et contribuent à enfermer Mack dans Ulm. La victoire vaut à Ney, en 1808, le titre de duc d'Elchingen. Ensuite, le corps pousse vers le Tyrol, chasse l'archiduc Charles des positions alpines, puis rejoint le théâtre morave. À Austerlitz, Ney n'occupe pas le devant de la scène comme Soult ou Davout, mais le VIe a déjà payé son tribut à la manœuvre d'automne.
Elchingen reste la bataille-emblème du couple Ney–VIe corps : pont forcé, collines reprises, ennemi rejeté vers la nasse d'Ulm.
Iéna, Eylau, Friedland
À Iéna, le 14 octobre 1806, Ney lance ses divisions trop tôt, se retrouve en difficulté ; Lannes le dégage. L'épisode révèle le défaut et la vertu du maréchal : une agressivité qui peut compromettre le dispositif, mais aussi une volonté de presser l'ennemi sans attendre. Erfurt, Magdebourg tombent ensuite sous la pression du VIe.
En Pologne, le corps combat dans l'hiver 1806-1807. À Eylau, Ney arrive tard sur l'aile nord, mais sa présence contribue à stabiliser la fin de journée. À Guttstadt-Deppen puis à Friedland, le VIe reprend sa place dans les chocs décisifs qui mènent à Tilsit.
Ces campagnes forgent la réputation d'un corps d'attaque plus que de manœuvre fine : on lui demande d'enfoncer, de tenir un verrou, de poursuivre.
Espagne : Torres Vedras et la disgrâce relative
En péninsule, Ney et le VIe corps opèrent sous Masséna. Ciudad Rodrigo, le Coa, Buçaco, puis l'échec devant les lignes de Torres Vedras : la guerre anglaise et portugaise use les troupes. Lors de la retraite, Ney est relevé pour insubordination (1811). Le VIe corps est brièvement confié à Loison avant dissolution en mai 1811.
L'Espagne ternit sans détruire la légende : elle montre les limites d'un style d'attaque frontale face à Wellington et à une logistique hostile.
Russie, Waterloo : au-delà du numéro VI
En 1812, le VIe corps reconstitué — alors bavarois — est confié à Gouvion-Saint-Cyr ; Ney, lui, commande le IIIe corps. C'est à la tête de ce IIIe qu'il combat à Smolensk et à la Moskova, puis assure l'arrière-garde de la retraite, surnommé « le brave des braves », l'un des derniers à quitter le sol russe. En 1815, à Waterloo, Ney dirige l'aile gauche et lance les charges de cavalerie ; le VIe corps combat sous Lobau. La légende de Ney dépasse donc largement le seul VIe de 1805-1811.
Pour Empire Napoléon, le VIe corps de Ney reste le creuset où s'est formé le maréchal d'assaut : Elchingen, Iéna, l'hiver polonais, l'Espagne. La Russie et Waterloo prolongent la trajectoire de l'homme, non le même organigramme.
Entre le pont d'Elchingen et les carrés de Waterloo, une constante : Ney cherche le contact. Le VIe corps fut, pendant six ans, l'instrument principal de cette recherche.