Origines et création
Héritiers des guides et des chasseurs à cheval de la Garde consulaire, les chasseurs à cheval de la Garde impériale occupent dès 1804 une place unique : non seulement régiment de combat, mais escorte personnelle du souverain. Là où les grenadiers à cheval incarnent la masse lourde, les chasseurs incarnent la rapidité et la présence quotidienne auprès de Napoléon.
Le 19 mai 1804, Bessières devient colonel général des chasseurs et grenadiers à cheval de la Garde. Dans la pratique régimentaire, des chefs de corps comme Lefebvre-Desnouettes marquent durablement l’unité par leur panache et leurs initiatives — parfois audacieuses jusqu’à l’imprudence.
Le régiment croît avec l’Empire, mais demeure une formation de sélection. Être chasseur à cheval de la Garde, c’est vivre au plus près du quartier général impérial.
Organisation et effectifs
Organisé en escadrons, le régiment aligne selon les années un effectif de l’ordre d’un millier de sabres, parfois davantage après les renforcements, souvent moins après les campagnes. Les mamelouks de la Garde sont administrativement liés ou associés à cet ensemble de cavalerie légère d’élite.
Lefebvre-Desnouettes, colonel puis général, incarne le commandement « de panache » du corps. Eugène de Beauharnais a aussi tenu des fonctions auprès de la cavalerie de Garde dans certaines phases. Bessières reste le garant institutionnel auprès de l’Empereur.
Dans la distinction Vieille / Moyenne / Jeune Garde, les chasseurs à cheval appartiennent à la Vieille Garde. Leur prestige égalise celui des grenadiers à cheval, avec une mission plus légère et plus proche du souverain.
Uniforme, armement et recrutement
L’uniforme vert — dolman ou habit selon les évolutions réglementaires — distingue immédiatement le chasseur à cheval. Fourragère, collet, pelisse bordée de fourrure pour la grande tenue : le détail soigné signale le statut. Le sabre courbe de cavalerie légère et les pistolets complètent l’armement.
Le recrutement privilégie les cavaliers déjà formés, de bonne conduite, capables de servir à la fois d’escortes de route et de chargeurs de choc. La proximité avec Napoléon impose une discipline particulière : faute grave devant l’Empereur n’est pas une faute ordinaire.
Les chevaux, plus légers que ceux des grenadiers à cheval, doivent néanmoins soutenir de longues étapes. Les campagnes de 1812-1813 montrent à quel point la perte de montures affaiblit même l’élite.
Faits d’armes
À Austerlitz, les chasseurs à cheval participent à l’action de la réserve de cavalerie de Garde. Leur rôle d’escorte ne les exonère pas du combat : au contraire, ils sont souvent les premiers sabres disponibles autour de l’Empereur.
Ils combattent à Iéna, Eylau, Friedland, puis dans la péninsule et en Autriche. Lefebvre-Desnouettes s’illustre — et se fait parfois capturer ou blesser — dans des affaires où l’audace l’emporte sur la prudence. À Wagram et durant la campagne de 1809, la cavalerie de Garde reste un outil de consolidation.
En Russie, à la Moskova et pendant la retraite, les chasseurs à cheval partagent le sort de toute la cavalerie : chevaux morts, hommes à pied, missions d’escorte de plus en plus difficiles. En 1813-1814, ils continuent de couvrir Napoléon au milieu des revers.
À Waterloo, Lefebvre-Desnouettes est à nouveau engagé dans les charges de cavalerie française. L’échec collectif de ces assauts contre les carrés britanniques et alliés clôt le cycle d’une unité longtemps considérée comme invincible par proximité avec la fortune de l’Empereur.
Héritage et mémoire
Dans l’iconographie, le chasseur à cheval vert de la Garde apparaît souvent à quelques mètres de Napoléon : c’est l’image même du pouvoir mobile. Les mémoires d’officiers insistent sur cette intimité du service d’escorte.
Leur héritage est double : tactique (cavalerie légère d’élite) et politique (garde du corps d’un souverain-soldat). Dissous en 1815, le régiment survit dans la légende des Cent-Jours et dans les collections d’uniformes.