Maréchal d'Empire, comte de Brune

Guillaume Marie-Anne Brune

1763-1815

Portrait de Guillaume Marie-Anne Brune (1763-1815), imprimeur et journaliste révolutionnaire devenu maréchal d'Empire — uniforme de maréchal, traits fermes ; peinture d’Eugène Battaille d’après Marie-Guillemine Benoist (1852) ; Castricum, Boulogne, Hanse, assassinat à Avignon

Guillaume Marie-Anne Brune (13 mars 1763-2 août 1815), fils d’avocat du roi au présidial de Brive, incarne l’itinéraire d’un étudiant en droit parisien devenu typographe, puis rédacteur du Petit Gauthier au cœur du club des Cordeliers, avant que le sabre ne l’emporte sur la plume : garde nationale, adjudant auprès de Dumouriez, général de brigade à Hondschoote, pacification du Midi et siège d’Avignon dès 1795, vendémiaire aux côtés de Bonaparte, général de division sur le champ à Rivoli. L’armée d’Helvétie lui confie la manœuvre en Suisse : Fribourg, trésor de Berne versé au Directoire, puis Italie et surtout Hollande, où Bergen puis Castricum en octobre 1799 brisent l’expédition anglo-russe et imposent la convention d’Alkmaar — triomphe que Napoléon, à Sainte-Hélène, créditera d’avoir épargné un péril majeur à la République. Brumaire le recycle au Conseil d’État ; Marengo le propulse commandant en chef de l’armée d’Italie, Vérone, armistice de Trévise, bataille de Pozzolo — le Premier consul, gêné par son républicanisme, l’expédie ambassadeur à Constantinople. Maréchal le 19 mai 1804 (9e de préséance), grand aigle, il tient le camp de Boulogne puis gouverne les villes hanséatiques ; la campagne de Poméranie en 1807 tourne à la disgrâce : l’acte de capitulation signé avec le roi de Suède dit « armée française » et non « armée de Sa Majesté impériale et royale », prétexte à sept ans d’effacement de la cour jusqu’à l’abdication de 1814. Franc-maçon, rallié Bourbon contraint, croix de Saint-Louis sans enthousiasme, il retrouve grâce aux Cent-Jours : 8e division à Marseille, corps d’observation sur le Var, pair et comte de l’Empire, état de siège, drapeau tricolore à Toulon jusqu’en juillet 1815. Refusant l’embarquement discret pour Le Havre, il remonte le Rhône et tombe le 2 août sous les verdets d’Avignon : calomnie sur la princesse de Lamballe, fusillade dans une chambre d’auberge, corps traîné, poignardé, jeté au fleuve, procès-verbal de suicide forgé. La veuve obtient justice à Riom ; l’inhumation définitive à Saint-Just-Sauvage en 1829 referme une carrière où la Révolution, l’Empire et la Terreur blanche se disputent la mémoire d’un maréchal journaliste. Pour Empire Napoléon, Brune relie la tribune jacobine au bâton d’Empire, la victoire de Castricum au lynchage du palais Royal d’Avignon — le prix d’un républicain sous monarchies restaurées.

Brive, plume cordelière et premiers grades révolutionnaires

Né à Brive-la-Gaillarde, Brune achève les humanités au collège des Doctrinaires avant de monter à Paris en 1785 pour le droit, le Collège de France et les dettes de jeu ; typographe pour vivre, retour décevant en Corrèze en 1787, puis tentative littéraire avec un voyage pittoresque anonyme qui annonce l’ambition de lettres plus que l’obsession du grade.

À Paris il côtoie Marat, Fréron, Fabre d’Églantine, s’attache à Desmoulins et à Danton, entre au club des Cordeliers en 1791 et achète une imprimerie : le Journal général de la Cour et de la Ville — le Petit Gauthier — diffuse l’actualité parisienne et assembléaire avec la chaleur d’un militant qui ne se contente pas du commentaire.

Les armes suivent : garde nationale, 2e bataillon de volontaires de Seine-et-Oise, adjudant-major en octobre 1791, état-major de Dumouriez dans l’armée du Nord, puis adjoint aux adjudants généraux, adjudant général et colonel en 1793 — la ligne droite d’un républicain prêt à réprimer les fédéralistes autant qu’à tenir la feuille du club.

Commissaire à l’armée de Belgique, chef d’état-major de Sepher, il écrase Wimpfen à Pacy-sur-Eure, rentre au Nord, devient général de brigade le 18 août 1793 et participe à Hondschoote avant la tempête politique : dénoncé par Tallien et Ysabeau, proscrit pour avoir « défendu le roi » en septembre 1792, il ne doit qu’à Danton d’échapper au Comité de salut public.

Réhabilité à l’automne 1795, il pacifie le Gard, la Drôme et le Vaucluse contre les compagnies de Jéhu, impose l’état de siège à Avignon en octobre — premier lien durable avec une ville qui, vingt ans plus tard, lui sera fatale.

Pour Empire Napoléon, ce limousin illustre la génération où la presse et l’épée se confondent : Brune n’est pas un roturier de caserne pure ; il est le rédacteur devenu général, objet de méfiance durable pour tout trône personnel.

Suisse, Italie et Castricum : sauver la République dans les marais hollandais

Promu général de division sur le champ après Rivoli et les combats du Tyrol, Brune reçoit l’armée d’Helvétie : Fribourg prise sans pillage systématique, lettre au Directoire annonçant la soumission de la Confédération, trésor de Berne expédié vers Paris pour financer l’Égypte — gestion qui nourrit polémiques sur les commissaires avides mais confirme aussi sa volonté de discipline.

Remplaçant Berthier puis Masséna à l’armée d’Italie, il hérite d’un théâtre déjà brûlant avant de basculer vers le Nord : en janvier 1799, l’armée de Hollande doit contenir l’invasion anglo-russe débarquée sur les côtes bataves.

À Bergen le 19 septembre, il inflige des pertes sévères aux Alliés ; à Castricum le 6 octobre, la manœuvre franco-batave contraint le duc d’York à la convention d’Alkmaar — échec de la stratégie de débarquement, victoire moins spectaculaire qu’Arcole mais décisive pour le moral du Directoire épuisé.

Le gouvernement batave, craignant un coup d’État, le démet en décembre ; le Directoire le jette à l’armée de l’Ouest contre chouannerie et Vendée, mission bref succès où l’on mesure l’outil républicain capable de fermer un foyer civil après avoir fermé une tête de pont étrangère.

Napoléon, plus tard, ne niera pas l’enjeu : la Hollande sauvée, la République épargnée d’un désastre nordique — Brune y gagne une armure offerte par le vainqueur de Marengo, symbole matériel d’une reconnaissance que la cour impériale effacera volontiers.

Pour Empire Napoléon, ce chapitre fixe la stature militaire véritable de Brune avant le maréchalat : non pas la gloire italienne de Bonaparte, mais la bataille des digues et des dunes où l’on tient parce qu’on ne peut pas reculer.

Consulat, ambassade à Constantinople et maréchal républicain

Brumaire ouvre le Conseil d’État : Brune préside la section de la guerre de 1801 à 1802, traduit en institutions le général qui savait écrire des ordres du jour aussi clairs que des articles.

Après Marengo, il remplace Masséna en Italie : Vérone, Vicence, victoire de Pozzolo face aux Autrichiens, armistice de Trévise — campagne de consolidation où le talent tactique ne suffit pas à rassurer un consul à vie inquiet des républicains turbulents.

En septembre 1802 l’éloignement prend la forme diplomatique : ambassade à Constantinople, mission d’alliance impossible mais premiers contacts avec la Perse, séjour où il accepte d’être parrain du fils du général Dumas — chaîne personnelle entre révolution des armes et roman familial.

Le 19 mai 1804, neuvième maréchal de la première promotion, grand aigle de la Légion, il quitte la Sublime Porte pour rentrer au cérémonial impérial — bâton sans illusion : Napoléon sait qu’un Cordelier imprimeur reste une variable politique.

Septembre 1805 : commandement du camp de Boulogne et de l’armée des côtes de l’Océan — masse d’invasion jamais lancée sous sa main seule, puis 1806 gouverneur général des villes hanséatiques, administration d’un espace commercial où l’uniforme remplace la tribune sans effacer les opinions.

Pour Empire Napoléon, cette montée institutionnelle masque une tension constante : utilité militaire et méfiance idéologique, récompense du sabre et marginalisation du citoyen.

Poméranie, disgrâce bourbonnienne et ombre de la cour

1807 : corps d’observation contre la Prusse, prise de Stralsund puis de Rügen — succès tactiques dans une guerre que l’Empereur mène ailleurs, jusqu’à l’entrevue avec Gustave IV Adolphe où le texte de capitulation omet la titulature impériale au profit de la « armée française ».

L’affront protocolaire devient prétexte : Brune disparaît des bulletins, des fêtes, des listes d’honneur de 1807 à 1814 — disgrâce d’un républicain qui refuse la langue du trône même quand le trône est français.

Franc-maçon parmi les maréchaux, il fréquente des réseaux que la police et la chapelle n’aiment guère ; sa silhouette massive de maréchal sans campagne napoléonienne majeure alimente le mépris des mémorialistes courtisans.

1er avril 1814, ralliement contraint aux Bourbons : croix de Saint-Louis en récompense tiède, services refroidis par la méfiance légitimiste envers l’homme des journées révolutionnaires autant que du champ de bataille.

Il survit dans l’ombre parisienne, loin d’Uxbridge et de Schwarzenberg, tandis que l’Europe se répartit sans lui ; la Première Restauration achève de le classer parmi les maréchaux « politiquement incorrects » — utiles par le passé, gênants pour l’avenir blanc.

Pour Empire Napoléon, cette traversée du désert prépare le paradoxe de 1815 : l’Empereur des Cent-Jours se souviendra que Brune connaissait les faubourgs et les vieux cordes de la Révolution mieux que bien des ducs d’Auerstaedt.

Cent-Jours : Marseille, Toulon tricolore et route mortelle vers Avignon

Avril 1815 : Davout ministre de la Guerre lui confie la 8e division à Marseille et un corps d’observation sur le Var — cinq mille hommes pour calmer la guerre civile provençale et tenir la frontière piémontaise, tâche ingrate entre royalisme local et flotte anglaise.

Pair de France et comte de l’Empire le 2 juin, Brune instaure l’état de siège, reçoit Waterloo le 24 juin et, le 4 juillet, proclame encore Napoléon II et la liberté française dans un ordre du jour qui scandalise la partie blanche du pays.

Le drapeau tricolore flotte sur Toulon jusqu’au 31 juillet ; le 22 juillet seulement il reconnaît Louis XVIII, remet son commandement au marquis de Rivière, puis refuse la goélette préparée par Duperré et Grivel pour un retour maritime « indigne » — choix fatal de la route rhodanienne.

Reconnu à Aix, menacé, il congédie à Saint-Andiol l’escorte du 14e chasse à cheval harassée ; à Cavaillon on lui annonce le rappel des soldats vers Toulon. Le maître de poste l’oblige à passer par Avignon malgré les conseils d’évitement.

Le 2 août à dix heures, place de la Comédie, le chef de poste Verger retarde les passeports ; la foule royaliste cerne l’hôtel du Palais-Royal. Le préfet Saint-Chamans et le maire Puy tentent d’éteindre l’incendie ; les verdets de Soullier crient à l’assassinat de la princesse de Lamballe — calomnie historiquement fausse mais efficace.

Refusé en pistolets, criblé de pierres puis abattu dans sa chambre, le corps est traîné, poignardé, jeté dans le Rhône sous huées ; le procès-verbal de suicide est un faux signé par des autorités complices. Pour Empire Napoléon, ce jour-lie Avignon à la Terreur blanche comme Castricum à la République en armes — le fleuve comme sépulture provisoire d’un bâton.

Justice de la veuve, tombeau en Marne et nom gravé sous l’Arc

Amédée Pichot retrouve le corps à hauteur d’Arles ; le baron de Chartrouse permet une inhumation près de Tarascon avant que la maréchale Angélique ne récupère la dépouille en 1817 et ne la garde au salon jusqu’à ce que la vérité judiciaire suive le deuil.

La cour de Riom en 1821 condamne les assassins connus : Fargue mort, Guindon contumace ; on établit que Brune n’a pas porté la tête de Lamballe, qu’il n’a pas détourné de fonds, qu’il ne s’est pas suicidé — triomphe mémoriel d’une veuve contre la Terreur blanche papier.

Le 13 janvier 1829, inhumation pyramidale au cimetière de Saint-Just-Sauvage en Champagne, épouse à ses côtés — pierre qui fixe enfin un maréchal dont la carrière avait fini dans la fange du quai.

Le nom figure sur l’Arc de triomphe (23e colonne) ; les archives nationales conservent les papiers personnels (cote 179AP), Brive le fonds municipal — double mémoire institutionnelle et locale pour un homme sorti de la rue Majour.

Les historiens du XIXe siècle préfèrent Davout ou Masséna ; la recherche récente réévalue le lien presse-révolution-armée et la violence politique de 1815 contre les généraux « suspects ».

Pour Empire Napoléon, Brune demeure le contre-exemple et le symbole : maréchal sans bataille impériale culte, mais héros de Castricum et martyr d’Avignon — la France des Lumières et des cocardes payée au prix du sang sur une place de théâtre devenu Crillon.

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