Héritage Gribeauval
Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval (1715-1789) a réformé l'artillerie française au XVIIIe siècle : standardisation des pièces, des affûts et du train. L'armée napoléonienne hérite de ce système, perfectionné et massivement employé.
L'artillerie à pied désigne les servants qui marchent à côté des pièces (par opposition aux canonniers montés de l'artillerie à cheval). Elle forme le gros des compagnies de campagne rattachées aux divisions et à la réserve.
Sans cette artillerie de masse, les manœuvres d'infanterie et de cavalerie de l'Empire perdraient une part essentielle de leur préparation de feu.
Organisation
Les compagnies d'artillerie à pied sont réparties entre artillerie divisionnaire et artillerie de réserve. Une division d'infanterie reçoit typiquement plusieurs pièces ; la réserve d'armée concentre des batteries plus lourdes pour les moments décisifs.
Le train d'artillerie — chevaux, caissons, forges de campagne — conditionne la mobilité réelle. Sur mauvaise route ou après la pluie, les pièces de 12 livres deviennent lentes à mettre en batterie.
Les effectifs de servants et de chevaux varient selon les campagnes ; les états officiels et les réalités du terrain divergent souvent.
Matériel et calibres
Les canons de campagne de 4, 8 et 12 livres (système Gribeauval et évolutions) forment l'ossature du feu. Les obusiers (notamment de 6 pouces dans le système français) complètent le tir courbe contre retranchements ou troupes abritées.
Boulets pleins, mitraille à courte distance, obus selon les munitions disponibles : le choix du projectile dépend de la cible et de la portée. La cadence reste limitée par le chargement par la bouche et la discipline de batterie.
La précision au boulet, à distance moyenne, dépend du terrain, de la poudre et de l'expérience des pointeurs — loin des performances des canons rayés ultérieurs.
Tactique
Napoléon concentre souvent le feu avant l'assaut : battre une position, ouvrir une brèche morale, forcer l'ennemi à se découvrir. L'artillerie à pied, une fois en batterie, offre un volume de feu durable.
Contre l'infanterie en colonne ou en ligne, la mitraille à courte portée est dévastatrice. Contre les retranchements, le boulet et l'obus travaillent plus longuement.
La protection des batteries — infanterie d'appui, placement en hauteur, retrait des caissons — fait partie du métier ; une batterie découverte peut être enlevée par la cavalerie.
Faits d'armes
À Austerlitz, le feu français prépare et soutient la manœuvre sur le Pratzen. À Iéna et Eylau, l'artillerie pèse dans des journées où la visibilité et le terrain compliquent le tir.
À Wagram, les grandes concentrations d'artillerie marquent la bataille. À la Moskova, les échanges de feu autour des redoutes russes sont d'une violence extrême ; les pertes chez les servants sont élevées.
À Waterloo, l'artillerie à pied française participe au bombardement initial et aux duels de la journée ; la boue freine les déplacements et l'efficacité des ricochets.
Héritage
Le système Gribeauval et l'emploi napoléonien de l'artillerie de masse ont influencé toutes les artilleries européennes jusqu'à l'arrivée de l'arme rayée et de la culasse.
Pour ce wiki, l'artillerie à pied est la voix sourde de la bataille : moins visible que la charge, souvent décisive dans la préparation du choc.