Maréchal d'Empire, duc de Conegliano

Bon-Adrien Jannot de Moncey

1754-1842

Bon-Adrien Jannot de Moncey

Engagé à quinze ans sous Louis XV, il traverse la Révolution sans perdre la tête : Hollande, Italie, puis pacification intérieure. Maréchal d'Empire en 1804 parmi les premiers, il évite les grands champs de bataille impériaux mais assume des missions ingrates — répression, garnisons, en 1814 défense des barrières de Paris avec des Gardes nationaux. Sous la Restauration, son refus de siéger au conseil de guerre de Ney lui vaut une gloire morale ; il meurt en 1842, dernier maréchal d'une époque révolue.

Du soldat de Louis XV au général républicain

Bon-Adrien Jannot naît le 31 juillet 1754 à Moncey, dans le Doubs, fils d'un avocat ; il s'engage enfant au régiment d'infanterie, goûte la discipline du roi puis les tempêtes de 1789. La Révolution le promet successivement : il commande en Vendée, en Suisse, aux Pays-Bas — partout où la République a besoin d'un homme capable de marcher sans se plaindre. Il n'est pas Bonaparte ; il est la colonne vertébrale silencieuse des armées de la Directory.

Le Consulat le retient : gouverneur, inspecteur, figure de continuité entre deux siècles. Quand Napoléon crée les maréchaux d'Empire en 1804, Moncey figure parmi les dix-huit noms — reconnaissance d'une carrière entière, pas d'une seule journée éclatante. Le titre de duc de Conegliano viendra plus tard, du nom italien d'une terre conquise, comme pour beaucoup de ces princes de bataille devenus princes de papier.

L'ombre de l'Empire — garnisons et police militaire

Moncey ne conduit pas la Grande Armée à Austerlitz ; il tient des places, supervise des réserves, incarne l'autorité martiale dans les villes où la population frémit encore sous le souvenir de 1793. Son nom est attaché à la répression des soulèvements intérieurs — tâche que les bulletins de victoire oublient volontiers. Ce n'est pas glorieux ; c'est nécessaire à un État qui veut imposer la conscription et la ligne impériale.

En 1808, la catastrophe de Bailén éclate sous un autre commandement ; Moncey n'en porte pas la responsabilité directe, mais l'Espagne entière devient un cimetière de réputations. Il y passe peu de temps en première ligne — ce qui lui épargne certaines ombres, lui vaut aussi l'étiquette injuste de « maréchal de cabinet ». La vérité est plus banale : à cinquante ans passés, l'Empire utilise les vieux lions pour ce qu'ils font encore mieux que les jeunes — tenir, intimider, veiller.

Paris 1814 — les barrières et la Garde nationale

En mars 1814, les coalisés investissent Paris. Moncey reçoit la mission désespérante : défendre les barrières extérieures avec des troupes hétéroclites, des Gardes nationaux peu exercés, des artilleurs épuisés. Ce n'est pas une bataille pour gagner la guerre : c'est un pari pour gagner du temps ou sauver l'honneur des armes. Les combats de Clichy et du parc de Rosny restent dans la mémoire parisienne comme un ultime sursaut avant l'abdication.

Moncey sort de cette semaine avec le visage buriné de l'homme qui a obéi jusqu'au bout sans croire au miracle. Les Bourbons le réintègrent ; les Cent-Jours le laissent dans une posture ambiguë mais non infâme. Sa vraie gloire postérieure viendra du procès de Ney.

Le maréchal qui ne jugea pas Ney

En 1815, le maréchal Ney est traduit devant une cour martiale de pairs. Moncey, maréchal de France, refuse de siéger : « Je suis le soldat de cinquante-deux campagnes ; je ne puis être le juge d'un homme qui en a livré quarante. » La phrase, qu'on lui attribue traditionnellement, résume une carrière : la fidélité à la fonction militaire au-delà des régimes. Il meurt le 20 avril 1842 à Paris, enterré aux Invalides — symbole du lien entre le roi soldat du Grand Siècle et l'Empire des aigles.

Anzeige

Weitere historische Figuren entdecken

Mehr erfahren

Empfohlene Bücher zum Vertiefen (Affiliate-Links)

Zum vollständigen Shop →

Als Amazon-Partner verdient diese Website an qualifizierten Verkäufen.

Die Enzyklopädie unterstützen

Empire Napoléon ist ein unabhängiges Projekt. Ihre Unterstützung hilft, Inhalte auszubauen und den Betrieb zu sichern.

Spenden
Zurück zu den Personen