Bataille Victoire française

Aboukir

25 juillet 1799 · Aboukir, Égypte

Le 25 juillet 1799, un an après la destruction de sa flotte dans la même baie, Bonaparte écrase à Aboukir l'armée ottomane débarquée pour reprendre l'Égypte. La charge de Murat, qui capture lui-même Mustafa Pacha, décide de la journée ; un mois plus tard, Bonaparte quitte l'Égypte pour la France.

Forces en présence

Issue : Victoire française décisive

Drapeau tricolore (1794)

République française

  • Bonaparte
  • Murat
  • Lannes
  • Lanusse

Environ 10 000 fantassins et 1 000 cavaliers

Pertes : Environ 220 tués et 600 blessés

Pavillon rouge ottomanUnion Flag de Grande-Bretagne (avant 1801)

Empire ottoman · Royaume-Uni

  • Mustafa Pacha
  • Sidney Smith

15 000 à 18 000 hommes selon les estimations françaises, 5 000 à 7 000 selon Sidney Smith

Pertes : De 8 000 à près de 20 000 tués, noyés ou prisonniers selon les estimations

Coordonnées de la bataille

Aboukir

Coordonnées 31.3167°, 30.0667°

Récit de la bataille

Deux batailles d'Aboukir

Le nom d'Aboukir, petite presqu'île à l'est d'Alexandrie, désigne deux batailles. La première, livrée en mer le 1er août 1798, est une défaite : l'escadre de Nelson y détruit la flotte qui avait transporté l'armée d'Orient, désormais coupée de la France. La seconde, sur terre, le 25 juillet 1799, est une victoire de Bonaparte sur une armée ottomane débarquée pour reprendre l'Égypte. C'est d'elle qu'il est question ici.

Le débarquement ottoman

Poussé par le Royaume-Uni, l'Empire ottoman a déclaré la guerre à la France. Deux armées doivent reconquérir l'Égypte : l'une par la Syrie, l'autre par la mer. Bonaparte a tenté de prendre les devants en Syrie, mais il a échoué devant Saint-Jean-d'Acre et regagné Le Caire en juin 1799. Le 14 juillet, une flotte d'une soixantaine de navires, appuyée par les Britanniques, débarque à Aboukir environ 16 000 hommes sous le commandement de Mustafa Pacha, un vétéran des guerres contre la Russie. Les Ottomans submergent un poste de 300 Français et s'emparent du fort, dont la petite garnison se rend au bout de quelques jours.

Mustafa Pacha ne marche pas sur Le Caire. Il fait fortifier la presqu'île par deux lignes de retranchements appuyées à la mer de chaque côté, pour obliger les Français à l'attaquer de front, sans pouvoir le déborder. Selon un récit souvent cité, Mourad Bey, venu le rejoindre, l'aurait mis en garde contre la facilité apparente de ce premier succès.

La marche de Bonaparte

Bonaparte, qui poursuivait alors Mourad Bey près du Caire, apprend le débarquement le 15 juillet par un rapport de Marmont, gouverneur d'Alexandrie. Il rassemble aussitôt ses troupes à Damanhour et, sans attendre la division de Kléber, marche sur Aboukir avec environ 10 000 fantassins et 1 000 cavaliers. Il arrive le 24 juillet devant la presqu'île. Les effectifs ottomans sont discutés : 15 000 à 18 000 hommes selon les estimations françaises, mais seulement 5 000 à 7 000 au moment de la bataille selon le commodore britannique Sidney Smith, qui soutenait les Ottomans avec ses navires.

25 juillet : la première ligne

Le 25 au matin, Bonaparte attaque. La division Lanusse est à gauche, celle de Lannes à droite, la cavalerie de Murat en avant-garde. À l'ouest, les retranchements ottomans sont inachevés : Lanusse les enfonce après un combat acharné, puis se rabat sur l'arrière de la première ligne. La panique gagne les défenseurs, qui n'ont nulle part où se replier ; beaucoup se jettent à la mer pour tenter de rejoindre les navires, et la plupart se noient.

La charge de Murat

L'attaque contre la seconde ligne, plus solide et battue par les canonnières ottomanes et britanniques, est d'abord repoussée. Des soldats ottomans sortent alors de leurs retranchements pour couper la tête des Français tombés, coutume dont Sidney Smith lui-même constate l'effet : les Français, indignés, reviennent aussitôt à la charge. Bonaparte a fait placer son artillerie de manière à prendre de flanc la droite ottomane ; un intervalle s'ouvre dans la ligne. Murat s'y engouffre avec sa cavalerie et pénètre jusqu'au camp ennemi. Devant sa tente, Mustafa Pacha tire sur lui un coup de pistolet qui le blesse à la mâchoire ; d'un coup de sabre, Murat lui tranche des doigts de la main droite et le fait prisonnier. La déroute devient générale, et des milliers d'Ottomans cherchent à fuir par la mer.

Un général français à cheval, en habit bleu et bicorne à plumes, le sabre levé, au milieu d'une mêlée de cavaliers français et de soldats ottomans en turbans, blessés ou suppliants ; à droite, le fort d'Aboukir et la mer couverte de fuyards
Antoine-Jean Gros, Bataille d'Aboukir, 25 juillet 1799, huile sur toile. Château de Versailles, salle du Sacre, domaine public, Wikimedia Commons.

Le fort d'Aboukir

Quelques milliers de survivants, dont le fils du pacha, se réfugient dans le fort d'Aboukir, renforcés par des soldats de marine britanniques. Bonaparte laisse à Lannes la conduite du siège ; blessé en repoussant une sortie, celui-ci est remplacé par Menou. Pilonnés jour et nuit, privés de vivres et réduits à boire de l'eau de mer, les assiégés sortent en masse le 2 août pour se rendre.

Bilan

Les Français ont perdu environ 220 tués et 600 blessés. Les pertes ottomanes, énormes, sont très diversement estimées : les chiffres avancés vont de quelque 8 000 à près de 20 000 hommes tués, noyés ou prisonniers, estimations difficiles à concilier avec les évaluations de l'armée débarquée. Les Français prennent une centaine de drapeaux et une trentaine de canons. Murat, dont la charge a décidé de la journée, est promu général de division le soir même, comme Lannes. Kléber, arrivé le soir, aurait lancé à Bonaparte : « Général, vous êtes grand comme le monde, mais le monde n'est pas assez grand pour vous ! »

La victoire donne quelques mois de répit à l'armée d'Orient. Mais Bonaparte, qui a appris par des journaux britanniques les revers de la France en Europe, décide de rentrer. Le 23 août 1799, il s'embarque secrètement sur la frégate Muiron avec Berthier, Murat et Lannes, laissant le commandement à Kléber. L'armée d'Orient capitulera en 1801. À Paris, la rue d'Aboukir, nommée en 1865, rappelle la victoire de 1799.

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