Du 20 mars au 21 mai 1799, Bonaparte assiège Saint-Jean-d'Acre, clé de la route de Syrie. Privée de son artillerie de siège, capturée en mer par les Britanniques, l'armée d'Orient se brise sur une place ravitaillée par la flotte de Sidney Smith. Décimée par les assauts et la peste, elle doit regagner l'Égypte : c'est le premier grand échec de Bonaparte.
Forces en présence
Issue : Échec français
République française
- Bonaparte
- Kléber
- Lannes
- Caffarelli
- Bon
12 000 à 13 000 hommes selon les sources, d'abord sans artillerie de siège
Pertes : 4 000 à 4 500 hommes tués, blessés ou disparus selon les sources
Empire ottoman · Royaume-Uni
- Djezzar Pacha
- Sidney Smith
- Phélippeaux
- Haïm Farhi
Garnison d'environ 5 000 hommes au départ, renforcée par mer, et deux vaisseaux britanniques
Pertes : 2 000 à 2 300 hommes selon les sources
Coordonnées de la bataille
Siège de Saint-Jean-d'Acre
Coordonnées 32,9281° N · 35,0818° E
Récit de la bataille
L'expédition de Syrie
Maître de l'Égypte mais coupé de la France depuis la destruction de sa flotte à Aboukir, Bonaparte se tourne au début de 1799 vers la Syrie ottomane. Saint-Jean-d'Acre, sur la côte, commande la route entre l'Égypte et la Syrie ; Bonaparte espère, au-delà, soulever le pays contre la Porte, voire menacer l'Inde britannique. Environ 13 000 hommes entrent en Syrie. Après El-Arich et Gaza, Jaffa est prise d'assaut au début de mars : la ville est livrée au pillage, et plusieurs milliers de prisonniers, en grande partie albanais, sont exécutés sur la plage sur ordre de Bonaparte. Connu à Acre, ce massacre a sans doute durci la résistance des défenseurs, dont beaucoup sont eux aussi albanais.
Djezzar, Phélippeaux et Sidney Smith
Acre est bâtie sur une langue de terre qui s'avance dans la Méditerranée. Son maître, le gouverneur ottoman Ahmed Djezzar Pacha, refuse de se rendre ; son conseiller Haïm Farhi joue un grand rôle dans l'organisation de la défense. Surtout, la ville reçoit un appui décisif de la mer. Le commodore britannique Sidney Smith mouille devant la place le Tigre et le Thésée, dont les bordées battent les approches, et débarque canons et marins. Il intercepte aussi la flottille qui apportait d'Égypte l'artillerie de siège française : ces pièces sont remises en batterie contre les Français. Pour les servir, les défenseurs peuvent compter sur Antoine de Phélippeaux, officier d'artillerie émigré, qui avait été élève à l'école militaire en même temps que Bonaparte.
Un siège sans artillerie lourde
L'armée française paraît devant Acre le 18 mars 1799, et les travaux de siège commencent le 20. Bonaparte pense que la ville tombera vite. Faute de grosses pièces, on bat une tour avec des canons de campagne et des obusiers ; le 28 mars, les grenadiers s'élancent sur une brèche jugée suffisante, mais se heurtent à un fossé large et profond et doivent se retirer sous le feu. Les semaines suivantes sont une guerre de mines, coupée de sorties de la garnison qui ruinent les travaux. La garnison, elle, est ravitaillée par mer. Les munitions manquent tant aux Français qu'une prime est offerte pour chaque boulet ennemi ramassé. Le général Caffarelli, chef du génie, blessé au coude, meurt le 27 avril des suites de son amputation.
Le mont Thabor
Pendant ce temps, une armée de secours se rassemble en Syrie pour dégager Acre. Envoyé à sa rencontre, Kléber se trouve, le 16 avril, au pied du mont Thabor, face à des forces très supérieures : plusieurs dizaines de milliers d'hommes, surtout des cavaliers, selon les récits français. Sa division, réduite à environ 2 000 hommes, est près de succomber quand Bonaparte, parti d'Acre avec la division Bon, arrive sur les hauteurs. Chargé à son tour, l'ennemi se débande vers le Jourdain, où Murat tient le pont de Jacob. Acre ne sera pas secourue par la terre, mais elle continue de l'être par la mer.
Les assauts de mai
Le 15 avril, le contre-amiral Perrée débarque à Jaffa des pièces de siège qui sont amenées devant Acre. Au début de mai, une brèche est enfin ouverte. Le 7 mai, une flotte ottomane apparaît avec des renforts ; Bonaparte lance aussitôt un assaut général avant qu'ils ne débarquent. La tour est prise dans un carnage, et le 8, les grenadiers pénètrent dans la ville. Ils y découvrent qu'une seconde enceinte a été élevée derrière la brèche : un feu nourri part des maisons et des barricades. Le général Rambeaud est tué ; Lannes, blessé au cou, est emporté par ses hommes. Des grenadiers réfugiés dans une mosquée ne doivent la vie qu'à Sidney Smith, qui les fait prisonniers. Le 10 mai, deux derniers assauts échouent ; le général Bon y est mortellement blessé.
La levée du siège
La peste s'est déclarée dans le camp. Les forces françaises fondent, tandis que celles des assiégés ne cessent d'être renforcées. Le 17 mai, Bonaparte annonce à l'armée la levée du siège ; les blessés sont évacués les premiers, puis l'armée se retire, ses derniers canons tirant encore sur la ville pour couvrir son départ. La retraite vers l'Égypte se fait en bon ordre, Kléber formant l'arrière-garde ; l'armée rentre au Caire le 14 juin.
Bilan
Les Français ont perdu de 4 000 à 4 500 hommes tués, blessés ou disparus selon les estimations ; les défenseurs, de 2 000 à 2 300. Les pertes en officiers sont lourdes : Caffarelli, Rambeaud et Bon sont morts, Lannes gravement blessé. Côté assiégé, Phélippeaux meurt peu après la levée du siège, emporté par la maladie. C'est le premier grand échec de Bonaparte. De retour en Égypte, il écrase à Aboukir, le 25 juillet, une armée ottomane débarquée sur la côte, puis s'embarque pour la France en août, laissant le commandement à Kléber.
Le rêve d'Orient
Bonaparte s'est interrogé sur ce qu'aurait changé la prise d'Acre. Selon des propos qu'on lui prête en 1805, il se serait alors fait empereur d'Orient et serait rentré à Paris par Constantinople. Sans cet échec, il ne serait sans doute pas rentré en France dès 1799, l'année du coup d'État de Brumaire. À Acre, la colline où il avait établi son camp, au sud-est des remparts, porte encore son nom.
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