Bataille Victoire française

Bataille des Pyramides

21 juillet 1798 · Embabeh, près du Caire

Le 21 juillet 1798, près d'Embabeh, sur la rive gauche du Nil face au Caire, l'armée d'Orient formée en carrés brise les charges de la cavalerie mamelouke de Mourad Bey, puis enlève le village retranché. La victoire ouvre à Bonaparte les portes du Caire ; il lui donne le nom des pyramides aperçues à l'horizon.

Forces en présence

Issue : Victoire française décisive

Drapeau tricolore (1794)

République française

  • Bonaparte
  • Desaix
  • Reynier
  • Dugua
  • Bon

20 000 à 25 000 hommes

Pertes : 29 tués et 260 blessés selon les rapports français

Pavillon rouge ottoman

Mamelouks · Empire ottoman

  • Mourad Bey
  • Ibrahim Bey

De 12 000 à plus de 50 000 hommes selon les sources, dont environ 6 000 mamelouks

Pertes : De quelques milliers à 10 000 hommes selon les estimations

Coordonnées de la bataille

Bataille des Pyramides

Coordonnées 30,0808° N · 31,2000° E

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Le site aujourd’hui — Gizeh

Récit de la bataille

D'Alexandrie au Nil

Débarquée en Égypte au début de juillet 1798, l'armée d'Orient s'empare d'Alexandrie le 2 juillet. L'Égypte est alors une province de l'Empire ottoman, mais le pouvoir réel y appartient aux beys mamelouks, une caste militaire d'origine servile recrutée surtout dans le Caucase. Deux d'entre eux dominent le pays : Mourad Bey et Ibrahim Bey. Bonaparte veut briser leur puissance et tenir Le Caire avant l'arrivée de renforts ottomans.

La marche vers la capitale, à travers le désert puis le long du Nil, sous une chaleur écrasante, est éprouvante. Le 13 juillet, à Chebreiss, un premier combat tourne à l'avantage des Français : leur artillerie détruit le navire amiral mamelouk sur le Nil et contraint Mourad à la retraite. Le chef mamelouk décide alors de livrer bataille devant Le Caire.

L'armée de Mourad Bey

Mourad Bey s'établit sur la rive gauche du Nil, face au Caire, qui est sur l'autre rive. Sa droite s'appuie au fleuve, dans le village d'Embabeh, retranché à la hâte et défendu par de l'infanterie et une quarantaine à une cinquantaine de canons ; sa gauche s'étend vers le village de Biktil. Au centre se tient sa force principale : plusieurs milliers de cavaliers mamelouks, une cavalerie d'élite lourdement armée et cuirassée. De l'autre côté du fleuve, l'armée d'Ibrahim Bey assiste à la bataille sans pouvoir y prendre part.

Les effectifs de Mourad sont très mal connus : les estimations vont d'environ 12 000 à plus de 50 000 hommes, selon la façon dont on compte les fantassins égyptiens, les janissaires et les cavaliers arabes qui accompagnent les quelque 6 000 mamelouks. Face à eux, Bonaparte dispose de 20 000 à 25 000 hommes.

Les carrés

Le 21 juillet, après une marche de nuit, les Français arrivent devant Embabeh. Pour résister aux charges de la cavalerie mamelouke, Bonaparte forme chacune de ses cinq divisions en un grand carré de plusieurs rangs de profondeur, l'artillerie aux angles, la cavalerie et les bagages au centre. De droite à gauche se succèdent les divisions Desaix, Reynier, Dugua — qui remplace Kléber, blessé à Alexandrie —, Vial et Bon. Les carrés avancent en échelons, la droite en tête, la gauche appuyée au Nil ; Desaix détache une troupe pour occuper Biktil.

C'est à ce moment que Bonaparte aurait lancé à ses soldats : « Du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent. » La formule, devenue célèbre, n'est connue que par des récits postérieurs, et son authenticité est discutée. Les pyramides de Gizeh, elles, se trouvent à une quinzaine de kilomètres : elles ne sont qu'une silhouette à l'horizon.

Vaste plaine au bord du Nil : à droite, une masse de fantassins français en rangs serrés fait feu, au centre et à gauche des cavaliers mamelouks en turbans chargent dans la fumée, les pyramides au loin sur l'horizon
Louis-François Lejeune, Vue générale de la bataille des Pyramides, le 21 juillet 1798, 1808. Château de Versailles, domaine public, Wikimedia Commons.

La charge des mamelouks

Le plan de Mourad est de fixer les Français sur ses deux ailes fortifiées, puis de les frapper au centre avec sa cavalerie. Les mamelouks multiplient les charges contre les carrés ; l'un d'eux, dit-on, s'avance seul à quelques pas des lignes françaises pour réclamer un combat singulier, avant d'être abattu. Vers 15 h 30, Mourad ordonne à son defterdar, Ayyoub Bey, de lancer l'assaut général. La masse des cavaliers vient se briser sur les carrés de Desaix, de Reynier et de Dugua, qui ne rompent pas : la mousqueterie et la mitraille fauchent les assaillants. Une partie des mamelouks se rabat sur le détachement de Desaix, sans plus de succès.

L'assaut d'Embabeh

Bonaparte juge alors le moment venu. Près du fleuve, la division Bon se forme en colonnes d'attaque et se lance sur les retranchements d'Embabeh, qu'elle enlève à la baïonnette. La garnison se débande ; beaucoup de défenseurs, pris entre les Français et le Nil, cherchent à fuir à la nage, et des centaines se noient. Blessé au visage d'un coup de sabre, Mourad Bey rompt le combat et se retire vers la Haute-Égypte avec quelques milliers de cavaliers.

Bilan

Les rapports français font état de 29 tués et 260 blessés. Les pertes de l'armée de Mourad sont beaucoup plus lourdes, mais leur ampleur est incertaine : de quelques milliers d'hommes à 10 000 selon les estimations, parmi lesquels Ayyoub Bey et peut-être 3 000 mamelouks. Les Français s'emparent d'une quarantaine de canons, de 400 dromadaires et d'un butin considérable.

La route du Caire est ouverte : Bonaparte y entre le 24 juillet. Ibrahim Bey se retire vers la Syrie et est battu à Salheyeh le 11 août ; Mourad mènera en Haute-Égypte une longue guerre de mouvement contre Desaix. Bonaparte organise une administration française au Caire et fonde l'Institut d'Égypte, mais il doit bientôt réprimer par la force les révoltes de la population. Surtout, la victoire perd une grande partie de sa portée dès le 1er août : dans la rade d'Aboukir, l'escadre de Nelson détruit la flotte française, et l'armée d'Orient se retrouve coupée de la France.

Un nom pour la légende

La bataille s'est livrée autour d'Embabeh, d'où le nom de bataille d'Embabeh qu'on lui donne parfois. C'est Bonaparte qui choisit de l'appeler « bataille des Pyramides », en référence aux monuments aperçus au loin — un nom plus prestigieux, qui a fait croire à beaucoup qu'on s'était battu à leur pied. Peintres et graveurs ont largement contribué à cette image, de Lejeune à Gros. À Paris, la place des Pyramides en conserve le souvenir.

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