Barnabé Chiaramonti, pape de 1800 à 1823 sous le nom de Pie VII. Il signe le Concordat avec la France en 1801, assiste au sacre de Napoléon en 1804, avant d'affronter l'Empereur lors des conflits sur les annexions territoriales et les affaires religieuses — détention à Savone puis à Fontainebleau.
Évêque, conclave et élection
Barnabé Chiaramonti naît à Césène, dans les États pontificaux, en 1742. Issu d'une famille de la noblesse provinciale, il entre très jeune chez les bénédictins et prononce ses vœux à l'abbaye de Santa Maria di Monte. Il y poursuit des études de philosophie et de théologie, enseigne dans plusieurs monastères, avant d'être nommé évêque de Tivoli en 1782. Deux ans plus tard, il est transféré à Imola, en Romagne. C'est là qu'il traverse la tourmente révolutionnaire. Les troupes françaises entrent en Italie en 1796 ; Napoléon Bonaparte impose le traité de Tolentino en 1797. La Romagne est annexée à la République cisalpine. Chiaramonti, évêque d'un diocèse désormais sous administration française, adopte une position pragmatique : dans son homélie de Noël 1797, il soutient que les vertus chrétiennes sont compatibles avec la démocratie. « Soyez de bons chrétiens et vous serez de bons démocrates. » La formule scandalise Rome ; elle lui vaut néanmoins la réputation d'un prélat modéré, ouvert au dialogue.
En 1798, les troupes françaises occupent Rome. Le pape Pie VI est fait prisonnier, déporté à Valence où il meurt en août 1799. La papauté semble menacée de disparition. Un conclave s'ouvre à Venise — la ville est sous protection autrichienne — en novembre 1799. Les cardinaux sont divisés : les « zelanti » refusent tout accommodement avec les puissances révolutionnaires ; les « politicani » penchent pour une politique conciliatrice. Chiaramonti n'est pas cardinal, mais sa réputation d'évêque modéré d'Imola le désigne. Le conclave s'éternise ; l'Autriche et l'Espagne font pression. Le 14 mars 1800, au soixante-quatorzième scrutin, Chiaramonti est élu. Il prend le nom de Pie VII en hommage à son prédécesseur martyr. Il a cinquante-huit ans.
Le Concordat et le sacre
Pie VII entre à Rome en juillet 1800. La situation est dramatique : les États pontificaux sont démantelés, le patrimoine ecclésiastique confisqué en France et dans les territoires annexés. Le Premier Consul Bonaparte souhaite normaliser les relations avec l'Église : la plupart des Français restent catholiques ; une réconciliation sert la consolidation du régime. Des négociations s'ouvrent. Le cardinal Consalvi, secrétaire d'État du pape, et Joseph Bonaparte représentent respectivement le Saint-Siège et la France. Le Concordat est signé le 15 juillet 1801. La religion catholique est reconnue comme celle « de la majorité des Français » — pas comme religion d'État. Les évêques sont nommés par le Premier Consul, investis canoniquement par le pape. Le clergé prête serment à l'État. Les biens confisqués ne sont pas restitués ; en revanche, le gouvernement assurera le traitement des prêtres. Pie VII accepte un compromis douloureux : il consacre la perte des biens ecclésiaux en échange de la reconnaissance officielle du culte.
En 1804, Napoléon convoque le pape à Paris pour le sacre impérial. Pie VII hésite — les exigences de l'Empereur s'accumulent : il veut que le pape assiste à la cérémonie, qu'il couronne Joséphine. Le pape accepte finalement. Il quitte Rome en novembre, traverse les Alpes, arrive à Fontainebleau puis Paris. Le 2 décembre 1804, en la cathédrale Notre-Dame, la cérémonie se déroule selon un scénario minutieusement réglé. Napoléon s'empare de la couronne des mains du pape et se couronne lui-même — geste calculé pour affirmer que le pouvoir émane de l'Empereur et non du Saint-Siège. Pie VII bénit les couronnes, oint le front de Napoléon et de Joséphine. Il est présent, mais son rôle est effacé. Le tableau de David immortalise la scène : le pape, assis, les mains sur les genoux, semble résigné.
Conflits avec Napoléon : annexions, prisonniers, Savone, Fontainebleau
Les relations se dégradent rapidement. En 1806, Napoléon occupe les États pontificaux — les troupes françaises entrent à Ancône, puis à Rome. Le pape refuse d'adhérer au blocus continental et de fermer ses ports aux Anglais. En 1808, les troupes impériales s'emparent de Rome ; les États pontificaux sont annexés à l'Empire en 1809. Pie VII excommunie Napoléon et les auteurs de l'annexion par une bulle du 10 juin 1809. La riposte est brutale : le 6 juillet, le général Radet fait enlever le pape dans le palais du Quirinal. Pie VII est embarqué pour Savone, en Ligurie.
À Savone, le pape est détenu dans l'évêché, isolé du monde. Napoléon exige qu'il renonce à son pouvoir temporel, qu'il s'installe en France, qu'il consacre les évêques nommés par l'Empereur sans investiture canonique. Pie VII refuse. Il ne signe rien. Les cardinaux qui l'accompagnent sont dispersés ; sa correspondance est censurée. En 1811, un concile national se réunit à Paris — sans le pape. Napoléon tente d'obtenir du clergé français une déclaration limitant les prérogatives pontificales. Le concile résiste ; plusieurs évêques sont arrêtés. Pie VII, affaibli, malade, refuse toujours de céder.
En juin 1812, au moment de la campagne de Russie, Napoléon fait transférer le pape à Fontainebleau. Le voyage, éprouvant, dure plusieurs semaines. Pie VII arrive épuisé au château. En janvier 1813, Napoléon lui impose un nouveau Concordat — le Concordat de Fontainebleau — qui limite drastiquement les pouvoirs du pape. Pie VII, sous la pression et la fatigue, signe. Mais dès le 24 mars, il rétracte son accord par une lettre secrète. « Tout ce que j'ai fait depuis le 25 janvier, je l'ai fait par violence. » La rétractation est connue. Napoléon fulmine ; le pape reste captif. La situation ne change qu'avec la chute de l'Empire.
Restauration du pape et dernières années
En janvier 1814, les coalisés envahissent la France. Napoléon, acculé, libère Pie VII. Le 23 janvier, le pape quitte Fontainebleau sous escorte autrichienne. Il traverse la Bourgogne, gagne la Savoie, puis l'Italie. À sa traversée de Rome, la foule l'acclame. Le congrès de Vienne restitue les États pontificaux au Saint-Siège. Pie VII rentre à Rome le 24 mai 1814 — après cinq ans d'absence. Il est accueilli comme un martyr et un vainqueur. Sa résistance à Napoléon a redonné du prestige à la papauté.
Les dernières années du pontificat sont marquées par la restauration des institutions ecclésiastiques et par une politique de prudence face aux mouvements libéraux qui secouent l'Europe. Pie VII rétablit la Compagnie de Jésus en 1814 — les jésuites avaient été supprimés en 1773. Il renforce les liens avec les monarchies restaurées. En 1815, lors des Cent-Jours, il refuse de reconnaître le retour de Napoléon ; il quitte Rome pour quelques mois et se réfugie à Gênes. Après Waterloo, il accueille les Bonaparte en exil avec une certaine bienveillance : la reine Hortense, Madame Mère, Pauline. Lucien Bonaparte, protégé par le pape, s'installe à Rome.
Pie VII meurt au Quirinal le 20 août 1823, à quatre-vingt-un ans. Son pontificat — vingt-trois ans — compte parmi les plus longs de l'histoire. Il a traversé la Révolution, l'Empire, la Restauration. Sa figure incarne la résistance spirituelle au pouvoir temporel : le pasteur qui refuse de plier devant le conquérant, même au prix de la captivité. Canova sculpte son gisant pour la basilique Saint-Pierre ; la main du pape, tendue, semble encore bénir. La mémoire collective retient l'image du souverain pontife face à Napoléon — humble en apparence, inébranlable dans la foi.
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