Événement

Encouragement au sucre de betterave

25 mars 1811

Empire — Grand Empire (1810-1812)

Privé du sucre des Antilles par le blocus, l'Empire finance des écoles de chimie, distribue trente-deux mille hectares de betteraves et accorde des licences à quarante fabriques. Le prix du sucre colonial avait quintuplé : il faut une ressource de remplacement. C'est la naissance d'une industrie sucrière française durable, l'un des rares effets féconds du système continental.

Le sucre devient un problème d'État

Le sucre venait des Antilles. La perte de Saint-Domingue, puis le blocus et la maîtrise anglaise des mers, en ont fait une denrée rare : son prix est monté au point de quintupler, et le café, l'indigo et le coton suivent la même courbe. Le tarif de Trianon, en taxant lourdement les denrées coloniales, achève de les mettre hors de portée.

La solution est connue des chimistes depuis longtemps : Marggraf avait identifié du sucre dans la betterave dès le milieu du XVIIIe siècle, et Achard en produisait industriellement en Silésie depuis 1802. Restait à passer du laboratoire à l'échelle d'un empire.

Le décret du 25 mars 1811

Le texte organise une filière entière par la volonté de l'État. Il ordonne l'ensemencement de trente-deux mille hectares de betteraves, crée six écoles impériales de chimie chargées de former les techniciens, et accorde des licences d'exploitation à une quarantaine de fabriques, exemptées de droits.

Le raffineur Benjamin Delessert met au point à Passy un procédé d'extraction viable. Napoléon vient visiter son usine au début de 1812 ; l'anecdote veut qu'il ait détaché sa propre croix de la Légion d'honneur pour la lui remettre. Delessert sera fait baron.

Ce qui est resté

La paix de 1814 fait revenir le sucre colonial et manque de tuer la filière naissante : la plupart des fabriques ferment. Elle repart cependant, portée par des rendements qui s'améliorent et par la protection douanière, et la France devient au XIXe siècle l'un des premiers producteurs mondiaux de sucre de betterave.

C'est l'un des rares effets féconds du système continental. Contraint de remplacer ce qu'il ne pouvait plus importer, l'Empire a financé de la recherche appliquée et créé une industrie — le contraire exact de ce que produisaient les décrets de saisie.

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