Alsacien, officier sous l'Ancien Régime, il sauve la République à Valmy le 20 septembre 1792 — le « canon de la patrie » face aux Prussiens de Brunswick. Les guerres suivantes le blessent, l'éloignent du premier plan ; en 1804 Napoléon l'élève maréchal d'Empire pour honorer la légende révolutionnaire. Son fils François Étienne brille à la tête de la cavalerie lourde ; le père présidie sénat et cérémonies jusqu'à sa mort en 1820, figure tutélaire plus que combattant actif.
Valmy — le coup d'arrêt à la monarchie coalisée
Le 20 septembre 1792, sur les hauteurs de Valmy en Champagne, deux armées se canonnent sans livrer la bataille rangée que Brunswick espérait. Kellermann, à la tête du centre français, lance la célèbre acclamation : « Vive la Nation ! » Le mot passe dans les manuels scolaires ; le geste militaire, lui, tient à la tenue des lignes sous le feu prussien. Ce n'est pas une écrasante victoire ; c'est l'impossibilité pour l'ennemi de continuer sans risquer l'engloutissement dans une France insurgée.
De cette journée naît un mythe : la République debout. Kellermann en devient le visage barbou et le sabre court — le général qui n'a pas besoin de phrases napoléoniennes pour entrer dans l'Histoire.
Entre blessures et Sénat — la transition impériale
Les campagnes de 1793-1799 éprouvent Kellermann : blessures, intrigues, rivalités avec d'autres généraux plus jeunes. Bonaparte, au retour d'Égypte, sait qu'il doit cimenter la légitimité révolutionnaire et militaire : faire maréchal le vainqueur de Valmy est un geste politique autant qu'honorifique. En 1804, le vieux soldat reçoit le bâton parmi les premiers ; le titre de duc de Valmy sanctifie la bataille fondateur de sa gloire.
Sous l'Empire, Kellermann siège au Sénat, présidie des cérémonies, supervise la garde nationale de réserve — rôles honorifiques lourds de symboles, légers en campagnes. Sa présence rappelle à chaque parade que l'Empire est aussi héritier de 1792, pas seulement du coup d'État de Brumaire.
Le fils et la postérité — deux Kellermann pour une légende
François Étienne Kellermann, fils du maréchal, devient l'un des grands noms de la cavalerie de ligne impériale — charges à Marengo, à Wagram, à la Moskova. Les bulletins confondent parfois père et fils dans l'imaginaire populaire ; les historiens séparent : l'un incarne 1792, l'autre l'âge d'or des cuirassiers. Le père meurt le 23 septembre 1820 à Paris, entouré des honneurs de la Restauration qui n'oublie pas que Valmy a sauvé une France que les Bourbons prétendent désormais incarner.
Une mort de patriarche
Kellermann disparaît à quatre-vingt-cinq ans, après avoir vu passer Louis XVI, la Terreur, le Directoire, le Consulat, l'Empire, l'abdication, les Cent-Jours, la Seconde Restauration. Peu de maréchaux portent une telle densité de régimes dans un seul regard. Son nom gravé sur l'Arc de triomphe rattache la Révolution à l'Empire comme deux faces d'une même épée nationale.
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