Les 16 et 17 août 1812, Napoléon attaque Smolensk, où les deux armées russes de Barclay de Tolly et de Bagration viennent de se réunir. Bombardée et en flammes, la ville est évacuée dans la nuit ; mais l'armée russe s'est retirée intacte, et la bataille décisive que cherche l'Empereur lui échappe encore.
Forces en présence
Issue : Victoire française sans résultat stratégique
France · Confédération du Rhin · Duché de Varsovie
- Napoléon
- Ney
- Davout
- Murat
- Poniatowski
45 000 à 50 000 hommes engagés, sur environ 180 000
Pertes : 9 000 à 10 000 hommes selon la plupart des historiens
Russie
- Barclay de Tolly
- Bagration
- Raïevski
- Dokhtourov
Environ 30 000 hommes engagés, sur 120 000 à 130 000
Pertes : 6 000 à 14 000 hommes selon les sources
Drapeaux : TRAJAN 117, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons
Coordonnées de la bataille
Smolensk
Coordonnées 54,7820° N · 32,0450° E
Récit de la bataille
Une armée qui se dérobe
Depuis le franchissement du Niémen, en juin 1812, la Grande Armée s'enfonce en Russie sans parvenir à livrer la bataille décisive que cherche Napoléon. Les deux armées russes de l'Ouest, celle de Barclay de Tolly et celle de Bagration, reculent en préservant leur cohésion. Ce repli nourrit de fortes tensions dans le camp russe : Bagration et une grande partie des officiers réclament le combat, tandis que Barclay veut user l'envahisseur. À Vitebsk, fin juillet, Barclay se dérobe encore, et les deux armées russes font leur jonction autour de Smolensk.
La Grande Armée, elle, fond sans combattre. Détachements, garnisons laissées en arrière, désertions, faim et maladies — surtout la dysenterie — ont réduit à environ 185 000 hommes la masse de manœuvre qui en comptait 375 000 au début de la campagne. Les chevaux meurent en grand nombre, faute de fourrage.
La manœuvre de Smolensk
Au début d'août, Barclay, poussé par l'état-major et par le tsar, tente une offensive vers Roudnia, qui s'enlise dans les hésitations. Napoléon en profite pour lancer une vaste manœuvre : franchir le Dniepr en aval, remonter la rive sud jusqu'à Smolensk, puis couper la route de Moscou derrière les Russes. Masquée par un épais rideau de cavalerie, la Grande Armée passe le fleuve à la mi-août.
Le 14 août, à Krasnoï, l'avant-garde de Murat et de Ney tombe sur la 27e division du général Neverovski, forte de quelques milliers d'hommes. Mal coordonnées, les charges de la cavalerie française ne parviennent pas à la détruire : Neverovski se replie en bon ordre vers Smolensk, au prix de 1 500 à 2 300 hommes et de sept canons. Le corps de Raïevski accourt pour défendre la ville. L'effet de surprise est perdu.
16 août : devant les murailles
Smolensk, sur la rive sud du Dniepr, est une vieille place forte, ceinte d'une muraille médiévale flanquée de tours, précédée de faubourgs. Le 16 août, les corps de Ney, de Davout et de Poniatowski s'en approchent et attaquent les faubourgs ; l'artillerie française prend position sur les hauteurs. Les Russes de Raïevski tiennent bon, tandis que le gros des armées russes arrive sur la rive nord. Napoléon espère que les Russes sortiront pour livrer bataille devant la ville ; Barclay s'y refuse et se contente de la défendre.
17 août : l'assaut et l'incendie
Pendant la nuit, Bagration part vers l'est pour couvrir la route de Moscou, et la défense de Smolensk est confiée à d'autres troupes, dont celles de Dokhtourov, de Konovnitsyne et du prince Eugène de Wurtemberg. Le 17 août, Napoléon ordonne l'assaut : Ney, Davout et les Polonais de Poniatowski attaquent les faubourgs et les portes. Les combats sont acharnés, les faubourgs pris et repris ; faute d'échelles, les Français ne peuvent escalader les murailles. Dans l'après-midi, l'artillerie française, massée devant la ville, la bombarde ; des incendies éclatent de toutes parts, allumés par les obus ou par les Russes eux-mêmes, et Smolensk disparaît dans la fumée.
Plusieurs témoins jugeront ces assauts inutiles. Selon le général Dedem van Gelder, bien des hommes furent envoyés à la mort alors que, dès quatre heures de l'après-midi, l'ennemi semblait se préparer à évacuer la ville. Dans la nuit du 17 au 18 août, en effet, Barclay abandonne Smolensk : ses troupes repassent le Dniepr, détruisent les ponts et les magasins, et une arrière-garde tient encore le faubourg de la rive nord pour couvrir la retraite.
Une ville en ruines
Le 18 août, les Français entrent dans une ville dévastée. L'ampleur des destructions est discutée : selon certaines estimations, plus des trois quarts des maisons ont brûlé, tandis que Jomini écrit qu'à peine la moitié de la ville fut détruite. Les magasins sont vides, et la ville ne peut servir de grande base de ravitaillement. Le chirurgien Larrey soigne environ 10 000 blessés, français et russes, dans une quinzaine de bâtiments transformés en hôpitaux ; faute de linge, il utilise, rapporte-t-il, les papiers et les parchemins des archives pour les pansements.
Bilan
Les pertes sont très discutées. Napoléon n'avoue que 700 tués et un peu plus de 3 000 blessés ; les historiens estiment généralement les pertes françaises à 9 000 ou 10 000 hommes, et des auteurs russes vont jusqu'à 20 000. Les pertes russes sont évaluées, selon les sources, de 6 000 à 14 000 hommes.
Napoléon a pris Smolensk, mais il a manqué son but : l'armée russe lui échappe une fois de plus. Aussitôt après, à Valoutina Gora, sur la route de Moscou, l'arrière-garde russe livre un nouveau combat meurtrier. En Russie, l'abandon de Smolensk rend toute nouvelle retraite inacceptable pour l'armée comme pour l'opinion : le tsar remplace Barclay par Koutouzov, qui prend le commandement le 29 août et cherche un champ de bataille. Ce sera Borodino, sur la Moskova, le 7 septembre. À Varsovie, le tombeau du Soldat inconnu porte l'inscription « SMOLENSK 17 VIII 1812 », qui rappelle la part prise par les Polonais à l'assaut.
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