Événement

Tombeau des Invalides

2 avril 1861

Mémoire et légende (1821-1861)

Vingt ans après le retour des cendres, le sarcophage de quartzite rouge dessiné par Visconti reçoit enfin le corps sous le dôme des Invalides, en présence de Napoléon III. Six cercueils emboîtés reposent dans une crypte ouverte que le visiteur ne peut regarder qu'en s'inclinant. Le monument achève de transformer une mémoire disputée en liturgie nationale.

Vingt ans d'attente

Le testament de Napoléon demandait que ses cendres reposent « sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français » qu'il avait tant aimé. Le retour des cendres, le 15 décembre 1840, l'avait ramené à Paris, mais le tombeau n'existait pas : le cercueil fut déposé provisoirement dans la chapelle Saint-Jérôme des Invalides.

Le concours lancé en 1841 est remporté par Louis Visconti, qui propose une solution radicale : creuser une crypte circulaire à ciel ouvert sous le dôme, plutôt que d'élever un monument. Les travaux, qui exigent de percer le sol de l'église, dureront près de vingt ans.

Le sarcophage

Le bloc, longtemps appelé porphyre, est en réalité un quartzite rouge extrait en Carélie, au bord du lac Onega, et acheminé par mer et par fleuve jusqu'à Paris. Il repose sur un socle de granit vert des Vosges.

À l'intérieur s'emboîtent six cercueils successifs — fer-blanc, acajou, deux de plomb, ébène et chêne. Autour de la crypte, douze figures de la Victoire par Pradier et dix bas-reliefs de Simart résument le règne par ses institutions plutôt que par ses batailles : le Code, le Concordat, l'Université, la Cour des comptes.

Une liturgie nationale

Le corps est déposé dans le sarcophage le 2 avril 1861, lors d'une cérémonie restreinte, en présence de Napoléon III. Quarante ans se sont écoulés depuis la mort à Sainte-Hélène.

Le dispositif est pensé pour le regard. La crypte étant ouverte et en contrebas, le visiteur qui veut voir le tombeau doit s'appuyer à la balustrade et incliner la tête : l'architecture impose le geste de la révérence sans l'écrire. Ce que la Restauration avait interdit de nommer est devenu, en un demi-siècle, le monument le plus visité de Paris avec la tour Eiffel.

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