Événement

Conscription pour la Russie

20 décembre 1811

Empire — Grand Empire (1810-1812)

Un sénatus-consulte lève cent vingt mille conscrits de la classe 1812 et anticipe sur les suivantes pour former l'armée qui entrera en Russie. Le tirage au sort, le remplacement payant et les colonnes mobiles contre les insoumis pèsent de plus en plus lourd sur les campagnes. Depuis 1800, la France a mobilisé plus de deux millions d'hommes ; l'impôt du sang devient le premier grief contre l'Empire.

Comment on levait un soldat

Le système date de la loi Jourdan de 1798 : tous les hommes de vingt à vingt-cinq ans sont inscrits, puis un tirage au sort désigne, dans chaque canton, ceux que le contingent réclame. Les conseils de révision réforment les inaptes ; les familles aisées peuvent acheter un remplaçant, ce qui fait peser l'impôt du sang sur les campagnes pauvres.

Contre les insoumis et les déserteurs, l'administration dispose de colonnes mobiles de gendarmerie et de garnisaires logés chez les parents à leurs frais, jusqu'à ce que le manquant se présente.

Le sénatus-consulte du 20 décembre 1811

Pour l'armée qui entrera en Russie, il faut plus que les levées ordinaires. Le sénatus-consulte du 20 décembre 1811 appelle cent vingt mille conscrits de la classe 1812 et autorise à anticiper sur les classes suivantes — c'est-à-dire à prendre des hommes avant l'âge légal.

La Grande Armée de 1812 ne sera d'ailleurs française qu'à moitié : les contingents allemands, italiens, polonais et des provinces annexées en forment l'autre part. Le recrutement de l'Empire dépasse depuis longtemps les frontières de la France.

Le premier grief

De 1800 à 1814, plus de deux millions d'hommes auront été appelés. Le taux d'insoumission, faible dans les années de victoire, remonte avec les mauvaises nouvelles ; l'Ouest et le Midi cachent leurs réfractaires.

Après le désastre de Russie, les levées s'accélèrent encore : les classes 1813 et 1814 sont appelées par avance, et ces adolescents que la troupe appellera les « Marie-Louise » feront la campagne d'Allemagne. La conscription, acceptée tant qu'elle payait en gloire, devient le premier grief contre l'Empire — et l'une des raisons pour lesquelles la France de 1814 ne se lèvera pas.

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