Monuments & mémoire

La colonne Vendôme

La colonne Vendôme

De l'Austerlitz en bronze à l'aigle de Paris : monument de la victoire impériale au cœur de la capitale.

Origines et antécédents

La colonne Vendôme, érigée entre 1806 et 1810 sur ordre de Napoléon, occupe le centre de la place du même nom — ancienne place Louis XV, rebaptisée place des Piques sous la Révolution, puis place Vendôme en 1799. Elle célèbre la victoire d'Austerlitz du 2 décembre 1805, « bataille des Trois Empereurs », qui brise la Troisième Coalition.

Le modèle est explicitement romain : le fût s'inspire de la colonne Trajane, avec une spirale de bas-reliefs racontant la campagne de 1805 — marches, bivouacs, combats, pourparlers, entrée à Munich et à Vienne. Napoléon voulait un monument lisible comme un bulletin de victoire gravé dans le bronze.

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Naissance du symbole impérial

Les métaux du monument proviennent des canons capturés sur l'ennemi — près de douze cents pièces fondues à la Monnaie sous la direction de Dominique Vivant Denon, intendant général du musée et conseiller artistique de l'Empereur. La colonne est ainsi à la fois sculpture, propagande et trophée matériel de guerre.

L'architecte Jean-Baptiste Lepère conçoit la structure ; le sculpteur Bergeret et le statuaire Gondouin dirigent les ateliers de bas-reliefs. La statue sommitale représente d'abord Napoléon en empereur romain, couronné de lauriers, tenant le sceptre et la main de justice — image de la toute-puissance pacifiée.

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Usages officiels

L'inauguration en 1810 coïncide avec le mariage de Napoléon et Marie-Louise : Paris doit rayonner pour l'Europe dynastique autant que pour les vétérans. La colonne s'inscrit dans un ensemble de travaux — Madeleine, Carrousel du Louvre, arc du Carrousel — qui transforment la capitale en vitrine impériale.

En 1814, les Bourbons renversent la statue napoléonienne et la remplacent par un drapeau blanc ; en 1830, Louis-Philippe restaure une effigie du général en petit chapeau. Après 1833, sous le règne de Louis-Philippe encore, une nouvelle statue en habits romains est érigée, puis remplacée en 1863 par un aigle impérial sous le Second Empire.

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Dans l'armée et au combat

Le 16 mai 1871, la Commune de Paris renverse la colonne au nom de la lutte contre le militarisme et l'impérialisme. Gustave Courbet, président de la Fédération des artistes, est associé à cette décision ; le bronze s'écrase sur le pavé. L'événement montre que le monument n'est pas un décor neutre mais un enjeu politique majeur.

En 1875, la IIIe République fait réédifier la colonne — Courbet est condamné à payer une partie des frais. L'aigle impérial couronne à nouveau le fût. Le symbole survit donc à l'Empire, à la Commune et aux régimes suivants : il devient monument national disputé.

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Propagande et représentation

Les bas-reliefs spiraloïdes, difficiles à lire du sol, ont été conçus pour une lecture idéale depuis les fenêtres des hôtels particuliers de la place ou depuis un point de vue aérien que l'époque n'offrait pas. Le monument fonctionne comme tableau d'honneur vertical, plus qu comme récit détaillé pour le passant.

Les historiens de l'art y voient le sommet de l'esthétique propagandiste napoléonienne : classicisme formel, récupération de trophées, association du chef et de l'armée dans une seule colonne de victoire. Aucun autre monument parisien ne concentre autant de références impériales au même endroit.

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Postérité et collections

Au XXe siècle, la colonne est plusieurs fois l'objet de débats — restauration après les deux guerres mondiales, polémiques sur son sens colonial ou militaire, discussions sur la « décolonisation » de l'espace public. Elle reste l'un des points de repère les plus photographiés de Paris.

Pour les touristes comme pour les Parisiens, la colonne Vendôme résume souvent Napoléon en une seule image : un aigle au-dessus d'un fût de bronze, entouré de joailliers et de palaces. La bataille d'Austerlitz devient ainsi un paysage urbain permanent.

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Mémoire et débats

Les ingénieurs du XIXe siècle ont admiré la structure en pierre de taille masquée par le bronze ; les restaurations successives ont consolidé le fût sans en altérer la silhouette. Le monument est classé et protégé, mais jamais totalement apolitique.

Pour Empire Napoléon, la colonne Vendôme est la victoire transformée en pierre et bronze : Austerlitz gravé dans le ciel de Paris, sous l'aigle qui domine la ville.

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