Élevé entre 1806 et 1808 par Percier et Fontaine, porte impériale entre Louvre et Tuileries, couronné par le quadrige de bronze pris à Venise.
Origines et antécédents
L'arc de triomphe du Carrousel s'élève entre 1806 et 1808 sur l'axe qui relie le palais du Louvre aux jardins des Tuileries. Conçu par Charles Percier et Pierre Fontaine, architectes officiels de l'Empereur, il commémore la victoire d'Austerlitz de décembre 1805 et affirme la présence impériale au cœur de Paris réinventé.
Plus modeste que l'arc de l'Étoile — dont le chantier débute la même année mais ne s'achèvera qu'après la chute du régime —, l'arc du Carrousel est pensé comme porte d'entrée du palais impérial. Il encadre la perspective depuis la place du même nom jusqu'aux façades du Louvre, prolongeant la mise en scène urbaine voulue par Napoléon.
Naissance du symbole impérial
Le monument reprend le modèle antique de l'arc à un seul fornix, flanqué de colonnes corinthiennes et couronné d'un attique. Les bas-reliefs, exécutés sous la direction des sculpteurs de l'atelier impérial, célèbrent les victoires récentes : paix avec l'Autriche, entrée à Munich, triomphe d'Austerlitz. Chaque panneau relie la pierre de Paris aux campagnes qui ont refait la carte de l'Europe.
Le sommet de l'arc porte un quadrige de bronze : les chevaux de Saint-Marc, enlevés à Venise en 1797 puis rendus à la République de Saint-Marc en 1815, mais remplacés à l'origine par cette charrette antique restaurée pour l'Empire. La Victoire ailée conduit le char ; l'ensemble symbolise la domination impériale sur les arts et les trophées de guerre.
Usages officiels
Percier et Fontaine ne se contentent pas d'un monument isolé : ils intègrent l'arc dans un ensemble urbain cohérent — façades du Louvre, grille du Carrousel, harmonie des proportions néoclassiques. Le projet participe de la transformation de Paris en capitale impériale digne de Rome.
L'arc du Carrousel fonctionne comme porte de parade : les souverains étrangers, les maréchaux triomphants et les délégations diplomatiques franchissent son fornix lors des entrées solennelles. Il matérialise la frontière symbolique entre la ville et le palais.
Dans l'armée et au combat
Par rapport à l'arc de triomphe de l'Étoile, conçu pour immortaliser la Grande Armée tout entière sur la colline de Chaillot, l'arc du Carrousel est plus intime et plus immédiat : il parle au Parisien quotidien, au flâneur des Tuileries, au courtisan qui entre au Louvre. Les deux monuments se répondent sur l'axe historique de la capitale.
Les bas-reliefs et les inscriptions impériales subissent les vicissitudes politiques : effacées ou modifiées sous la Restauration, restaurées au XIXe siècle, elles témoignent de la mémoire contestée du Premier Empire. Le monument survit aux régimes comme pierre de témoignage.
Propagande et représentation
Le quadrige du sommet connaît plusieurs avatars : chevaux de Saint-Marc, puis copies, puis restitutions. Aujourd'hui des répliques antiques couronnent l'arc ; l'histoire des originaux illustre le va-et-vient des spoliations et des restitutions entre Paris et Venise.
Les gravures et les vues panoramiques du Paris impérial représentent l'arc du Carrousel comme pivot du paysage urbain : entre le jardin des Tuileries et la cour Napoléon, il structure l'image que l'étranger se fait de la capitale française.
Postérité et collections
Les historiens de l'architecture voient dans ce monument un laboratoire du style Empire : proportions antiques, ornements martiaux, intégration au tissu urbain. Percier et Fontaine y expérimentent un vocabulaire qui marquera palais, mobilier et décors de toute l'Europe alliée.
Après 1815, l'arc n'est pas démoli : il demeure, ajusté, restauré, parfois un peu oublié derrière l'éclat de l'arc de l'Étoile. Pourtant il reste l'un des rares grands monuments parisiens achevés sous Napoléon lui-même.
Mémoire et débats
Pour le visiteur contemporain, l'arc du Carrousel offre une échelle humaine : on peut le contourner, le toucher presque, lire ses bas-reliefs sans quitter le trottoir. Il raconte une victoire précise — Austerlitz — autant qu'une ambition urbaine globale.
Pour Empire Napoléon, l'arc de triomphe du Carrousel est la porte d'entrée du Paris impérial : pierre, bronze et perspective, entre Louvre et Tuileries, il dit comment la gloire militaire devenait architecture de la capitale.
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