Garde impériale

Lanciers lituaniens de la Garde

3e régiment de chevau-légers lanciers de la Garde

1812-1813

Levé en juillet 1812 parmi la noblesse lituanienne au moment où la Grande Armée entre en Russie, le 3e régiment de chevau-légers lanciers de la Garde ne vit que neuf mois. Surpris à Slonim dans la nuit du 19 octobre 1812, il perd la moitié de ses escadrons avant d'être versé dans les lanciers polonais.

Origines et création

Quand la Grande Armée franchit le Niémen en juin 1812, elle est accueillie avec enthousiasme par une partie de la population lituanienne, qui voit dans l'Empereur un possible garant de son avenir face à la Russie. Napoléon entend tirer parti de ce moment : plusieurs corps de troupes sont levés dans les anciennes terres du grand-duché de Lituanie, et l'un d'eux entre dans la Garde.

Le 5 juillet 1812, un décret crée un troisième régiment de lanciers de la Garde impériale, rattaché à la tradition des chevau-légers polonais. Son commandement échoit le jour même au général de brigade Jan Konopka, jusque-là major du 1er régiment de lanciers polonais de la Garde. Deux officiers supérieurs, Kazimierz Tański et Józef Chłusowicz, le secondent à partir des 1er et 3 août.

L'unité n'a pas le temps de s'enraciner. Elle naît en campagne, au rythme des événements de Russie, et sa brève existence est entièrement suspendue à cette première année de guerre.

Organisation et effectifs

Sur le papier, le régiment compte 1 280 hommes, soit 62 officiers et 1 218 cavaliers répartis en cinq escadrons de deux compagnies. Dans les faits, seuls quatre escadrons sont mis sur pied. Deux d'entre eux se forment à Varsovie, les deux autres à Grodno.

Le recrutement se veut aristocratique. Les volontaires doivent s'équiper à leurs frais, uniforme et cheval compris, et le décret fixe la taille des montures entre quatre pieds six pouces et quatre pieds neuf pouces. La solde est celle du 2e régiment de lanciers de la Garde. Napoléon suit l'affaire de près : le 29 septembre 1812, il écrit à Maret que le colonel s'est procuré, à ce qu'il paraît, 1 200 chevaux, et lui fait demander d'en envoyer cinq cents en marche dès qu'ils seront disponibles. Selon les sources, le régiment n'a vraisemblablement jamais reçu d'aigle.

Pendant la campagne, il est rattaché au 7e corps, le corps saxon de la Grande Armée, qui opère sur le flanc méridional du dispositif.

Uniforme, armement et recrutement

Les volontaires viennent de familles propriétaires, âgés de dix-huit à quarante ans. Guy Dempsey observe qu'on y admet des propriétaires et des fils de propriétaires polonais, sans que l'origine lituanienne soit exigée ; beaucoup de recrues sont des étudiants de l'université de Vilna, désireux d'afficher leur attachement à l'Empereur.

Dans un pays en guerre, impossible d'ouvrir un magasin d'habillement. Le lieutenant Cichocki, chargé de la fourniture, traite au fil de la route avec les habitants des villages traversés. La tenue reprend celle du 1er régiment de lanciers polonais : chapska cramoisie à plaque de cuivre, plumet blanc, kurtka bleu à revers cramoisis, avec une différence de détail dans les boutons laiton ou dorés et les passepoils jaunes ou or. L'historien Alain Pigeard y voit sans doute le plus beau de tous les régiments levés en Lituanie, bien monté et vêtu avec beaucoup de luxe.

Ce faste fait partie de l'identité du corps : il dit autant le rang social de ses cavaliers que leur désir d'être reconnus comme des soldats de la Garde.

Faits d'armes

En octobre 1812, à Grodno, le général Konopka reçoit l'ordre de conduire deux escadrons à Minsk. Plutôt que de prendre l'itinéraire le plus direct, il décide de faire étape à Slonim, où sa famille possède une résidence. Les lanciers y cantonnent plusieurs jours, malgré les réserves du major Tański, que Konopka renvoie à Grodno.

Dans la nuit du 19 octobre, les troupes russes du général Eufemiusz Czaplic, du corps d'armée de l'amiral Tchitchagov, surprennent le cantonnement. La résistance est vive, comme en témoignent les lourdes pertes parmi les officiers, mais le régiment est défait. Konopka, blessé, est capturé avec 55 officiers et sous-officiers, cinq trompettes et 186 chevau-légers ; les autres sont tués ou blessés. Les sources ne s'accordent pas sur le total : Paul Lindsay Dawson compte 14 officiers et 253 cavaliers prisonniers, Dempsey 249 prisonniers dont 14 officiers. Les papiers et la comptabilité du corps sont perdus, avec un important matériel.

Les deux autres escadrons, formés à Grodno sous le major Tański, et les rescapés de Slonim constituent désormais tout le régiment, réduit à environ cinq cents hommes. En janvier 1813, soixante gendarmes lituaniens viennent le renforcer.

Héritage et mémoire

Le 3e lanciers n'a donc connu ni grande bataille rangée ni charge fameuse. Il est dissous officiellement le 22 mars 1813, ses éléments étant versés au 1er régiment de lanciers de la Garde, mais la fusion n'est effective que le 11 avril suivant.

Son histoire éclaire un aspect moins connu de 1812 : l'effort de Napoléon pour mobiliser la Lituanie, et la fragilité de cet appui dès que l'armée recule. Elle rappelle aussi qu'une unité d'élite peut être détruite non au feu d'une bataille, mais par une halte imprudente en arrière du front.

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