Duc d'Otrante, ministre de la Police sous le Directoire, le Consulat et l'Empire. Ancien révolutionnaire, il bâtit un réseau de surveillance redouté. Président du gouvernement provisoire en 1815.
Du séminariste au régicide
Joseph Fouché naît au Pellerin, près de Nantes, le 21 mai 1759. Fils d'un capitaine de marine, il entre chez les oratoriens et enseigne dans plusieurs collèges — Arras, Nîmes, Paris. La Révolution le transforme. Il renonce à la prêtrise en 1792, est élu député de la Loire-Inférieure à la Convention. Il vote la mort du roi en janvier 1793. Envoyé en mission en province, il mène une politique de déchristianisation radicale à Lyon et dans le Nièvre : fermeture des églises, persécution des prêtres réfractaires. À Lyon, après la répression de la révolte fédéraliste, il organise des fusillades massives — les « mitraillades » — qui font des centaines de victimes. Robespierre le dénonce pour « modérantisme » quand il tente de freiner la terreur. Fouché échappe au 9 Thermidor en ralliant les conventionnels qui renversent l'Incorruptible.
Sous le Directoire, il devient ministre de la Police en juillet 1799. Il crée un réseau d'agents, d'indicateurs, d'ouvre-boîtes. Rien n'échappe à la rue des Saussaies. Quand Bonaparte prépare le 18 Brumaire, Fouché ferme les yeux — ou coopère. En échange, le Premier Consul le conserve à la Police. Fouché sait tout : les complots royalistes, les intrigues des salons, les liaisons des épouses de généraux. « Fouché est partout », dira Napoléon. Sa froideur, son absence de scrupules, en font un instrument redoutable.
Ministre de la Police impériale
Napoléon le destitue en 1802 — Talleyrand et d'autres le jugent trop puissant. Fouché se retire, mais garde des liens avec la Police. En 1804, l'affaire du duc d'Enghien — l'exécution du prince à Vincennes — relance sa carrière. Napoléon a besoin d'un ministre qui ne recule devant rien. Fouché redevient ministre de la Police en juillet 1804. Il crée un système de surveillance sans précédent : agents en France et dans les pays conquis, ouverture du courrier, filature des suspects. Il déjoue le complot de Cadoudal, fait arrêter Moreau. Duc d'Otrante en 1808.
Mais Fouché accumule aussi des gages pour l'avenir. Il entretient des contacts avec les Bourbons en exil, avec l'Angleterre. En 1809, pendant la campagne d'Autriche, il forme un gouvernement provisoire sans en informer l'Empereur — initiative qui lui vaut une disgrâce temporaire. En 1810, Napoléon fusionne la Police avec le ministère de l'Intérieur et confie le tout à Savary. Fouché est écarté. Il reste sénateur, duc, riche. Il attend.
1814-1815 : le grand basculement
En mars 1814, les coalisés entrent dans Paris. Fouché négocie avec Talleyrand, avec les Alliés. Il contribue à la déchéance de Napoléon et au retour de Louis XVIII. Le roi le nomme ministre de la Police. Les ultra-royalistes exigent sa tête — régicide, terroriste — mais Louis XVIII le garde pour son savoir-faire. Pendant les Cent-Jours, Fouché reste à Paris quand Napoléon débarque. Il ménage les deux camps. Quand Napoléon reprend le pouvoir, il le rappelle comme ministre de la Police. Fouché sert l'Empereur tout en préparant l'après : il contacte Wellington, les Bourbons, Metternich.
Après Waterloo, Fouché préside le gouvernement provisoire. C'est lui qui organise la transition vers Louis XVIII, la seconde Restauration. « Il a trahi tout le monde, donc il peut servir tout le monde », dira un contemporain. Louis XVIII le nomme ministre une dernière fois, puis l'exile en Saxe pour satisfaire les ultra-royalistes. Fouché meurt à Trieste le 26 décembre 1820. Sa carrière incarne la survie politique absolue : du séminaire à la guillotine de Lyon, du Directoire à l'Empire, de l'Empire à la Restauration. Aucun régime ne l'a vraiment vaincu — sauf le dernier, qui l'a chassé.
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